Opérations Forestières

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Pour un sauvetage rapide et efficace en forêt

Loin de la civilisation, un accident en forêt peut rapidement tourner au désastre. Dans une situation d’urgence, le transport médical aéroporté devient crucial.


5 juin 2013
Par Guillaume Roy
“En moins de dix minutes, on roule à plus de 300 km/h pour aller vous sauver”, souligne Christian Trudeau, président d’Air Médic. Air Médic

Dans un chemin forestier près de La Doré au Lac-Saint-Jean, un homme transporte des arbres dans une débusqueuse. Il prend une pause et sort de sa machine. Sans avertissement, son confrère qui ne l’avait pas vu lui a reculé dessus. Résultat : fracture multiple du bassin et hémorragie interne. Il n’y a pas une minute à perdre pour le sauver. Un appel d’urgence est logé et en moins de 30 minutes un hélicoptère se pose en dessous d’une ligne de transmission pour lui porter secours.

Il est transporté d’urgence à l’hôpital de Chicoutimi. Grâce à l’intervention rapide, l’homme a été sauvé. Il marche à nouveau et il a repris 97 % de sa mobilité. Il a même recommencé à travailler en forêt.

Cette histoire vraie peut arriver à n’importe qui en forêt ou même dans les usines. « Quand un problème grave survient, comme un arrêt cardiovasculaire (ACV), une crise cardiaque ou un accident, la vitesse est importante. On parle souvent de la “golden hour”. En d’autres mots, si on veut être certain de ne pas avoir de séquelles, il faut consulter un spécialiste en dedans de 60 minutes », explique Christian Trudeau, président d’Air Médic.

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Être transporté au meilleur hôpital selon le problème du blessé en moins de 60 minutes. C’est le défi que s’est lancé Air Médic qui a procédé à une vaste restructuration en 2012. Cette année, six bases sont maintenant opérationnelles au Québec, soit à Québec, Mont-Tremblant, St-Hubert, Trois-Rivières, Sherbrooke et St-Honoré. La base de Chibougamau sera ouverte à compter de juin, pour couvrir les urgences du nord en avion. Grâce à ces bases, Air Médic est en mesure de couvrir plus de 90 % de la population du Québec.

Mais la transformation ne s’arrête pas là. « Un pilote, un paramédical et un infirmer sont prêts à décoller 24h/24 à partir de chacune des bases. Grâce à ce nouveau mode de fonctionnement, en moins de dix minutes, on roule à 300 km/h pour aller vous sauver », lance M. Trudeau. Pour offrir ce service rapide, Air Médic emploie une quarantaine de permanents et plus de 50 personnes sont sous appel.

Des débuts plus modestes
En 1999, François Rivard, alors adjoint médical de vol dans les Forces armées canadiennes, fait un constat : aucun service aéroporté n’est en mesure de répondre rapidement aux appels d’urgence pour les civils. Résultat : c’est l’armée qui doit s’en charger, même si ce n’est pas son rôle.

M. Rivard regarde ce qui se fait un peu partout sur la planète et constate qu’un service de sauvetage aéroporté, public ou privé, existe presque partout, sauf au Québec. « La Suisse a une superficie grande comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean et ils ont 13 bases héliportées. Ils ont des montagnes là-bas, mais nous, on a un très grand territoire. Si tu te blesses à la tête au beau milieu du parc des Laurentides, tu es à une heure de route. En hélico, ça prend 15 minutes de vol. » En Ontario, un service public existe. À Londres, les ambulances transportent les malades entre les hôpitaux. Pourquoi pas au Québec?

Moins d’un an plus tard, en 2000 Air Médic a vu le jour sous la forme d’un organisme sans but lucratif (OSBL). Au départ, l’entreprise offre un service de sauvetage à partir de trois bases. À l’époque, le service était offert à la grandeur du Québec, mais comme tous les secouristes étaient sur appel, le service n’était pas assez efficace, juge M. Trudeau, car les aéronefs décollaient rarement en deçà de 45 minutes. Parl a suite, en 2008, Air Médic a fait l’acquisition de deux hélicoptères usagés, qui ont nécessité beaucoup plus de maintenance que prévu. Les coûts d’opération ont alors explosé et ont mis en péril la santé financière de l’entreprise.

Afin d’offrir un service impeccable à ses clients, Air Médic devait être en mesure de couvrir efficacement le territoire. Pour y arriver, elle avait besoin de fonds pour acheter des hélicoptères, des avions et faire l’embauche de spécialistes du sauvetage. C’est en 2011 et 2012 que François Rivard allait rencontrer deux partenaires clés qui allaient permettre d’amener Air Médic à un autre niveau. D’une part, Christian Trudeau, ancien président de plusieurs compagnies informatiques, allait faire bénéficier l’entreprise de ses qualités de gestionnaire en devenant le président. D’autres parts, l’investisseur Stephan Huot allait allonger plus de 50 M$ pour financer l’achat d’avions et d’hélicoptères de sauvetage. « Ça donne un second souffle à l’entreprise. En travaillant avec nos propres aéronefs et notre personnel, on décolle beaucoup plus rapidement », explique M. Rivard, qui est le chef des opérations aéromédicales. Fait à souligner : Air Médic n’a reçu aucune subvention ni prêt du gouvernement.

Depuis le 1er mai 2012, Air Médic a donc été racheté par les trois investisseurs, François Rivard, Christian Trudeau et Stephan Huot, et elle est devenue une entreprise privée. Après une année pour structurer le service, recruter le personnel et acheter le matériel nécessaire, 2013 devenait la 1ère vraie année de couverture complète et efficace pour Air Médic.

Après tous ces investissements, il fallait rapidement rentabiliser le tout. Le modèle d’affaires a comme principe de base de recruter des membres. Pour 120 $ par an, n’importe qui au Québec peut bénéficier d’une couverture de sauvetage sur tout le territoire. Pour une famille, le coût monte à 250 $. Un coût ridicule si on compare aux 3000 $/h en coûts d’opérations d’un hélicoptère.

« Lorsqu’un membre a un problème de santé grave, que ce soit dans le bois, à son chalet, ou même à sa résidence, si la vitesse de transport est cruciale, Air Médic ira vous chercher. Et la différence majeure avec le transport héliporté, c’est qu’on vous transportera à l’hôpital où sont les meilleurs médecins pour traiter votre condition », précise M. Trudeau, car certains hôpitaux régionaux n’ont pas tous les experts pour traiter les cas graves. Dans certains cas, Air Médic peut envoyer une ambulance si elle est mieux placée pour gérer l’urgence.

Pour financer un tel service, il faut beaucoup de membres. Avant l’arrivée des nouveaux partenaires, Air Médic en comptait 12 000. Au 1er mai 2013, il y en avait 40 000 et l’entreprise souhaite recruter un total de 100 000 membres d’ici la fin de l’année.

En plus des membres individuels, Air Médic assure le service de transfert inter hospitalier pour les hôpitaux du Québec. Et il y a également un énorme potentiel de développement auprès des entreprises. Pourvoiries, campings, centre de ski, mines, compagnies d’éoliennes et forestières font partie de la clientèle cible d’Air Médic. Et les compagnies forestières répondent déjà à l’appel. Huit des 40 coopératives de la Fédération des coopératives forestières du Québec viennent de s’abonner au service d’Air Médic, ce qui représente plus de 1000 personnes. « Pour les entreprises privées, on établit un tarif en fonction du nombre d’employés, qui sont couverts seulement lorsqu’ils travaillent », explique M. Trudeau.

Priorité à la sécurité des employés
Un investissement qui en vaut la chandelle, estime Benjamin Dufour, adjoint au directeur des approvisionnements chez Boisaco. « Notre priorité est la sécurité de nos employés. Dans les cas où des vies sont en danger dans des secteurs éloignés, Air Médic assure un service efficace par des gens compétents. » Dans le passé, certains de ses employés ont été contraints d’utiliser les services aéromédicaux.

Dans un cas, un arbre est tombé sur le cou d’un opérateur de multifonctionnelle qui allait changer de chiffre. Le chemin d’accès le plus près était à plus de 2 km, donc impossible de le sortir sur une civière. Malgré les multiples fractures à l’épaule et aux vertèbres du cou, il s’en est bien sorti sain grâce à l’intervention d’Air Médic. Dans un autre cas, Air Médic est intervenu alors qu’un accident est survenu sur un chemin forestier à plus de 300 km de Forestville. Trop loin pour un transport routier.

Communication nécessaire
La clé du succès pour être secouru rapidement lors d’un accident grave est la communication. En forêt, les travailleurs ont souvent accès à un quelconque système de communication. Pour améliorer le service, Air Médic est en discussion avec différents fournisseurs afin que des appels d’urgence de leurs membres, envoyés à partir d’un appareil de localisation SPOT, leur soient communiqués directement afin d’accélérer le sauvetage. Une application iPhone devrait également être lancée prochainement.

Métier : sauver des vies
Sauver un homme qui s’est infligé un coup de scie mécanique dans la jambe. Transporter un homme qui doit recevoir un don d’organe d’urgence. Venir à la rescousse d’une autre personne qui souffre d’hypothermie après avoir passé une journée entière sans bottes à -30 degrés. « C’est valorisant, car notre paye, c’est de venir en aide aux gens. On reçoit beaucoup de remerciements et c’est très gratifiant comme métier », témoigne M. Rivard. M. Trudeau abonde dans le même sens. « On a fait au-dessus de 300 missions en 12 mois. Là-dessus, on a sauvé un paquet de vies. C’est sur qu’on doit rentabiliser nos activités, mais plus in fera d’argent, plus de vies on sera en mesure de sauver. »

Dans un futur rapproché, Air Médic souhaite implanter des bases à LG2 et sur la Côte-Nord pour améliorer la couverture dans le nord du Québec.    •