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Plus de 50 M$ investis à la scierie l’Ascension

Le Groupe Rémabec a investi plus de 50 M$ pour en faire une des usines les plus performantes dans l’est du Canada.


6 janvier 2022
Par Guillaume Roy


Sujets
Une nouvelle ligne de sciage Comact a permis d’augmenter la productivité de 20%

Depuis plus de deux ans, la scierie l’Ascension est en continuelle transformation et l’équipe travaille d’arrache-pied pour livrer la production tout en opérant un des plus vastes chantiers de modernisation de scierie réalisés au Québec depuis des décennies.

Bien qu’il reste encore du travail à faire dans le cadre de la phase 2 de modernisation, Rémabec était enfin prêt à dévoiler le résultat du travail effectué à la fin du mois d’août. Pour l’occasion, tous les travailleurs avaient pris une pause pour participer à la conférence de presse annonçant les investissements. Pour une rare fois, la production, qui fonctionne 24 heures sur 24, était arrêtée.

« C’est important pour nous de partager ce moment avec toute l’équipe », a lancé Réjean Paré, le président et chef des opérations, où plus de 70 des 225 employés étaient rassemblés. « Notre succès, nous le partageons avec tous les travailleurs qui veulent eux aussi faire progresser l’usine, ce qui nous permet de réaliser de si grands projets et d’envisager le futur avec optimisme », a-t-il mentionné.

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Ces investissements s’inscrivent dans la cadre d’un vaste plan stratégique d’investissements pour l’ensemble des usines Arbec visant améliorer la productivité, la capacité de production et la santé-sécurité des travailleurs.

Dès le rachat de l’usine de sciage par Arbec, la division manufacturière de bois résineux du Groupe Rémabec, en 2014, l’entreprise avait pris la décision d’investir massivement dans les installations de l’Ascension. « C’est une usine stratégique située en plein cœur de la forêt boréale qui a une grosse garantie d’approvisionnement », a souligné Éric Bouchard, le vice-président de Rémabec.

En effet, avec 958 000 mètres cubes de bois en garantie d’approvisionnement, c’est le deuxième plus gros volume pour le sciage après Barette-Chapais. En plus de ces garanties d’approvisionnement, l’usine achète aussi des lots aux enchères et sur les terres privées, ce qui fait gonfler le volume de transformation à plus de 1,1 million de mètres cubes de bois.

« Lors de notre entrée dans le monde du sciage en 2014-2015, nous avons vite constaté que nos usines avaient besoin d’investissements majeurs pour être parmi les meilleures, a souligné Réjean Paré. Nous avons donc élaboré un plan stratégique d’investissements, que nous avons dû réviser à cause de la pandémie : d’ici 2023, nous aurons investi au-delà de 125 millions de dollars, dont plus de 50 millions de dollars à l’usine de L’Ascension. »

Parmi les investissements majeurs à l’Ascension, il y a la nouvelle ligne de sciage de Comact, qui a permis d’augmenter la productivité de 20%, remarque Éric Lebreux, le directeur de l’usine, alors que le rendement matière est passé de 4,25 à 3,85 pmp/m3. « Les billes sont optimisées tout au long du parcours, notamment au tourne-billes et au profileur primaire », dit-il.

En se promenant dans l’usine, Éric Lebreux me montre le pont roulant installé au plafond pour faire la maintenance, avant d’arriver au poste de l’opérateur installé dans une cabine insonorisée de Mecart. « Les cabines sont super sharp, note le directeur de l’usine. Ça permet d’offrir des postes de travail super confortables pour nos opérateurs. »

Assis dans la cabine, Roger Turcotte, l’opérateur de la ligne de sciage qui compte 45 ans de métier, remarque que l’industrie a énormément changé depuis sa première journée de travail. « À mon premier chiffre au rabotage, j’étais assis sur un morceau de bois, alors que là, je suis confortablement assis dans une cabine insonorisée, dit-il. Ça fait toute une différence. »

En suivant le chemin des billes, Éric Lebreux pointe que la ligne d’éboutage a aussi été changée en misant sur un équipement de Carbotech. Toute l’installation électrique a été réalisée par EBI Électric.

Produire plus… et sécher plus
L’augmentation du rendement de la ligne de sciage a fait en sorte que les installations de séchage ne convenaient plus pour traiter tout le volume de bois qui sort de l’usine. La scierie installera prochainement un séchoir électrique de séchoir MEC, alors que l’installation électrique sera réalisée par Idéa Contrôle, question de profiter des bons tarifs offerts par Hydro-Québec et pour délaisser les carburants fossiles. Une nouvelle bouilloire Deltech, alimentée avec une partie des écorces produite à l’usine permet d’alimenter cinq séchoirs à la vapeur en plus de chauffer l’usine en hiver. Plus de 50% des écorces sont tout de même acheminées vers l’usine de cogénération de Saint-Félicien.

Asphalter la cour à bois
Fait plutôt rare en Amérique du Nord, la scierie a décidé d’asphalter sa cour à bois, une pratique répandue en Europe qui réduit les bris pour les équipements roulants et limite la contamination des sous-produits. Ainsi, on retrouve moins de sable dans les écorces, qui sont brûlées dans la bouilloire, ce qui réduit les bris. Idem pour les chargeuses à bois, qui usent moins rapidement sur l’asphalte. « Ça permet d’augmenter la durée de vie des équipements roulants de près de 50 % », estime Éric Lebreux.

Et comme les équipements roulants dans la cour à bois sont opérés par des coentreprises détenues à 50% par Rémabec, les entrepreneurs peuvent faire des opérations plus profitables. Avec l’arrivée de l’asphalte, de nouveaux équipements de chargement ont fait leur apparition, dont une nouvelle chargeuse Liebherr LH50 et des chargeuses sur roues Volvo.

Alors que l’investissement pour l’asphaltage a coûté plus de 7 millions de dollars, et de nombreux casse-têtes logistiques, car la cour à bois a été en réfection pendant deux ans, il est difficile d’évaluer le temps de retour sur investissement, mais Réjean Paré est convaincu d’avoir pris la bonne décision. « Je remercie mon partenaire d’affaires, monsieur Saputo, de croire en nos projets », a-t-il lancé, fiers d’avoir pu réaliser la majorité des investissements avant la flambée des prix du bois d’œuvre. Ainsi, Produits forestiers Arbec, la filiale de transformation du bois d’œuvre de Rémabec, a pu profiter pleinement des bons prix du bois depuis le début de la pandémie.

D’ici la fin de l’année, la deuxième phase des travaux dans la cour à bois devrait être complétée. L’an prochain, l’optimiseur au rabotage sera remplacé, et par la suite, la scierie compte investir dans une nouvelle raboteuse Gilbert.

La scierie de l’Ascension s’est aussi dotée d’une emballeuse de DO2 Solutions, en 2018.

L’usine, ouverte en 1975, produit 285 millions de pmp par année, avec un volume de 65% d’épinette noire, 30 % de sapin et 5 % de pin gris. Lors de son lancement, il y a 46 ans, l’usine était alimentée directement avec le flottage des billes sur la rivière Péribonka, et ce jusqu’en 1996!

Le ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, était aussi présent lors de la conférence de presse en août dernier, même si Québec ne participe pas à cette ronde d’investissement. Il a souligné l’importance de l’investissement de 50 M$ à même les fonds privés pour les communautés forestières. « La modernisation et l’innovation font partie de la recette du succès », a-t-il dit. Québec avait financé 2,5 M$ pour l’acquisition d’un séchoir en continu en 2018.

Le maire de l’Ascension-de-Notre-Seigneur, Louis Ouellet, a pour sa part ajouté que l’usine est le moteur économique le plus important dans le nord de la MRC Lac-Saint-Jean. « C’est la plus belle nouvelle depuis que je suis maire, il y a 16 ans, dit-il. Ça démontre que le développement forestier est encore possible ».