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Cyclofor propose un procédé de cueillette et de traitement des résidus

Le RC-03 : une machine spéciale munie d’un conteneur de récupération.


16 avril 2013
Par Gilles Boucher

Sujets
Alain Brodeur, directeur forestier chez Cyclofor, et Daniel Tardif, le créateur du récupérateur.

Andains ! Un mot que les forestiers ont emprunté aux agriculteurs et qui, originalement, désigne les rangs de foin ou de céréales fauchés et déposés sur le sol. Sur les terres agricoles, ces andains constituent une étape de la récolte et seront ramassés. En forêt, ils sont laissés pour compte. Les andains forestiers s’apparentent plutôt à des tas de rebus et ils comptent parmi les irritants visuels laissés par l’exploitation forestière. Pour remédier à cet état de fait, Gestion Cyclofor inc., propose un concept en deux volets pour récupérer ces résidus : le récupérateur RC-03 et un centre de tri et de traitement.

Le RC-03 est un « récupérateur-compacteur » créé par Daniel Tardif. Cette machine résulte de deux premiers engins expérimentés par M. Tardif. D’abord mécanicien d’entretien industriel, Daniel Tardif compte près d’une trentaine d’années de métier. Il a oeuvré dans le milieu des usines de sciage et autres, notamment comme entrepreneur en mécanique et amélioration de procédés. Il se di-sait, comme beaucoup d’autres, qu’il fallait absolument trouver une utilisation à « tout ce qui reste en forêt » : un volume extrêmement intéressant si l’on pouvait trouver un moyen mécanique efficace et économiquement rentable de récupérer ces résidus.

Le RC-03 est donc devenu le pivot de tout le concept proposé par Cyclofor. On a procédé à son rodage en Abitibi-Témiscamingue, dans la région de La Sarre, ainsi que dans le Nord-Est ontarien, dans la région d’Opasatika.

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La base de la machine est un transporteur Timberpro, modèle TF840, d’une capacité de 22 tonnes avec des tandems de 24 tonnes. Le moteur est un Cummins de 300 c.v. Le châssis de la machine est allongé ce qui lui donne une envergure de 35 pieds de longueur et de 12 pieds de largeur. Le RC-03 roule sur des chaînes de 42 pouces montées sur des tandems de 10,5 pieds. Ainsi, même si la machine a une envergure imposante, la pression au sol est comparable aux autres porteurs de 14 ou 16 tonnes.

Compaction et transport
Le reste, c’est-à-dire « à peu près tout ce qui se trouve au-dessus des roues » soulignera le concepteur, est signé Daniel Tardif et Cyclofor. Ainsi le grappin comporte, à une extrémité, une scie à chaîne et, à l’autre extrémité, un couteau pour découper les rebus plus petits qui ont la fâcheuse habitude de faire dérailler la chaîne de la scie. Cette machine pivote sur 360 degrés, tout comme une excavatrice.

Derrière la cabine, se trouve un système de récupération et de compaction unique. Cet équipement breveté permet de « compresser dans des conteneurs interchangeables tous les résidus des parterres de coupe et de les transporter par la suite de façon sécuritaire par camion remorque, tout en conservant la valeur intrinsèque des matériaux », précise Alain Brodeur, directeur forestier chez Cyclofor et partenaire de M. Tardif.

À la suite des expérimentations, on peut affirmer que le RC-03 ne demande qu’un seul opérateur; qu’il récupère les résidus à un rythme de 15 tonnes et plus à l’heure et qu’il peut travailler de façon continue (de jour comme de nuit) en remplaçant rapidement un conteneur plein par un conteneur vide. De plus, le travail se fait sans que l’opérateur n’ait à descendre de la machine (opération entièrement mécanisée). Enfin, la machine bénéficie d’un suivi informatisé dans les moindres détails, du GPS à l’ordinateur de bord complet.

Une fois rempli de ses 15 tonnes de résidus, le conteneur est déposé au point de transfert où un conteneur vide l’attend. Le conteneur plein est récupéré par un camion qui en transportera deux par voyage, jusqu’au centre de tri et de transformation, ramenant sur les lieux des opérations deux conteneurs vides dans une opération de navette où il ne circule jamais à vide.

Tri et transformation
La seconde étape du processus mis au point par Cyclofor suppose un centre de tri et de transformation. Un tel centre, selon Cyclofor, entraînerait la création d’environ 150 emplois pour chaque secteur où l’on compte un volume d’opérations forestières suffisant pour générer environ un million de tonnes de résidus par année.

« Le défi était d’effectuer des opérations ayant un minimum d’impacts sur l’environnement, en récupérant un maximum de matériel et en rendant l’opération rentable, précise M. Brodeur. Les grands fabricants de machinerie avaient déjà mis au point quelques systèmes, mais le grand nombre de machines utilisées (immobilisation) pour faire le travail faisait que machinerie et personnel rendaient tout cela économiquement non rentable. Il s’agissait donc pour nous, d’accomplir le travail avec un minimum de machinerie, dans une opération simple et efficace, en adaptant des composantes connues mais à des fins différentes. Le RC-03 relève ce défi avec une seule machine et un seul opérateur. »

Arrivés au centre de tri et de transformation, les résidus sont subdivisés en quatre principaux produits. Ils deviendront bois écorcé blanc, de résineux ou de feuillus, dont on fera un produit répondant aux attentes des clients : copeaux, rabotures, sciures, écorces ou matière ligneuse de biomasse à être transformée en énergie. Les rebus de certains serviront d’approvisionnement pour d’autres.

Impact sur l’environnement
Par ailleurs, la décomposition de ces tas de rebus produit peu d’engrais organiques mais plutôt des gaz à effets de serre alors que les utiliser sous forme de biomasse est, tant du point de vue économique qu’environnemental, beaucoup plus intéressant. En outre, les andains ou tas de rebus diminuent sensiblement la surface de terrain disponible au reboisement ou à la régénération naturelle, tout en étant une cause éventuelle de lixiviation.

Les effets de la circulation du RC-03 sont négligeables puisqu’il circule dans les précédents sentiers de débardage. Quant au ramassage des résidus, il n’endommage pas la couche d’humus. Au contraire, il dégage les débris laissés par les engins multifonctionnels qui limitent et retardent la régénération.

« Ce que propose Cyclofor, c’est une augmentation de la surface disponible pour la remise en production comparativement aux méthodes traditionnelles de préparation du terrain, précise M. Brodeur. De plus, tous les travaux sylvicoles et suivis d’inventaires sont ainsi facilités étant donné qu’il y a beaucoup moins de matières résiduelles sur les secteurs traités. Ce traitement fera d’ailleurs l’objet d’un rapport et d’une demande auprès du ministère des Ressources naturelles et de la faune afin qu’il soit reconnu comme préparation sylvicole. »

Plusieurs consultants de l’Abitibi-Témiscamingue, en foresterie, métallurgie, comptabilité, ressources humaines, informatique, dessin technique, et architecture, contribuent déjà, avec Cyclofor, à jeter les bases du premier centre de tri, éventuellement à La Sarre.

De son côté le Gouvernement du Québec a émis une autorisation permettant la récupération des résidus forestiers dans différentes zones d’intervention de cette même grande région. Un modèle d’entente (collaboration et opérations) a déjà été développé avec un industriel forestier et d’autres démarches ont été entreprises auprès de l’Agence de mise en valeur des forêts privées et de l’Union des producteurs forestiers dans le but de varier l’approvisionnement. Le concept intéresse également d’autres régions que les deux premiers secteurs visés de La Sarre et d’Opasatika.

Les études entourant les opérations de rodage seront dévoilées bientôt. Foresterie Kékéko, Le Groupe CAF et FERIC sont engagés, chacun selon sa spécialité, dans les suivis entourant les opérations de récupération.

Reste à l’équipe de Cyclofor à finaliser la dernière pièce du puzzle, à savoir l’écorceur spécialisé du centre de tri qui permettra la mise en valeur du bois de plus de quatre centimètres. Il s’agit de trouver une façon d’écorcer plus efficace que ce que fait les écorceurs actuels. Cette amélioration à réaliser en matière d’écorçage cons-tituera un avantage indéniable car c’est évidemment la valeur économique du bois blanc, sous toutes ses formes, qui permettra la rentabilité des opérations d’un centre de tri.