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Mettre en valeur le « filet mignon » de la forêt

En transformant le bois surdimensionné, la Coopérative forestière de Girardville souhaite créer le maximum de valeur ajoutée au bois mis en marché avec le nouveau régime forestier.


16 avril 2014
Par Guillaume Roy


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Guillaume Roy

À l’extérieur du moulin CFG Tradition, derrière le bureau administratif de la Coopérative forestière de Girardville (CFG), d’énormes poutres de 12 par 16 d’une longueur de 16 pieds attendent d’être livrées. Un peu plus loin dans la cour à bois, les « filets mignons » de la forêt, des centaines d’arbres de grosse dimension, gisent au sol avant d’être écorcés et triés. Seule la crème de la crème entrera dans l’usine. Le bois croche, ou de faible qualité sera envoyé directement à la déchiqueteuse pour la biomasse.

En entrant dans l’usine, j’aperçois les énormes planches de peu-plier faux tremble de 12 pouces, d’une longueur de 16 pieds, accotées contre le mur. Un peu plus loin, l’ébouteur François Gagné trie les morceaux selon la qualité reçue. D’un côté, des pièces artistiques, avec des courbes intéressantes, sont conservées pour donner le maximum de valeur au bois. Tout ce beau bois, qu’on n’a pas l’habitude de voir, est inspirant. Ça donne des idées pour lancer mille et un nouveaux projets.

De plus, toute la structure pour accueillir l’équipement et traiter le bois dans l’usine a été fabriquée en bois. Avec les banques frileuses et le financement difficile, « on a dû réaliser le moulin avec les moyens qu’on a, commente François Girard, propriétaire du moulin avec la CFG. Avec une structure en bois, on baisse les coûts de 50 % par rapport à une structure en fer. » De plus, le plancher en bois, d’une épaisseur de trois pouces, réduit énormément la vibration de la machinerie, que l’on sent à peine, malgré la taille des équipements.

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Valoriser les « irritants »
« On ne voulait pas entrer en compétition avec les usines traditionnelles, car ce sont aussi nos clients qui nous font vivre en achetant de gros volumes de bois, explique Jérôme Simard, directeur général de la CFG. Pour la plupart des scieries, une bille de plus de 17 pouces de diamètre est un irritant. »

Créer de la valeur avec les irritants des autres usines est le concept qui a fait naître le Moulin CFG Tradition. Mais l’usine, qui avait appartenu à la Coop entre 1994 et 2000, puis à Bowater jusqu’en 2003 avait perdu son approvisionnement. Pour la ressusciter, il lui fallait du bois. Et l’opportunité est venue grâce au système de mise aux enchères du bois qui a vu le jour avec le nouveau régime forestier lancé en avril 2013. « Le nouveau régime forestier a justement été mis en place pour favoriser les projets innovateurs des entreprises de transformation afin de créer plus de valeur », note Luc Bouthillier, économiste forestier et professeur de politique forestière à l’Université Laval.

Pour remporter certains lots aux enchères comme celui de Nesteocano qui représente 261 000 m3, la CFG a misé jusqu’à 5 $ de plus du mètre cube que le prix estimé par le Bureau de mise en marché des bois (BMMB). « Il y a avait une surenchère naturelle pour ce secteur, car plusieurs usines voulaient ce bois-là », commente M. Simard. L’an dernier, la CFG a remporté huit mises aux enchères du BMMB et cinq enchères de Résolu pour un total de 898 150 m3.

Grâce à cet approvisionnement, la CFG peut fournir amplement de matière ligneuse de grosse dimension à son usine. Le Moulin CFG Tradition a acheté un peu de bois de Produits forestiers Petit-Paris et « quand on aura besoin de plus de bois, on n’aura qu’à faire le tour des usines et on en trouvera amplement, car on scie une petite quantité », relate Jérôme Simard.

Peu de bois, grosse valeur
Annuellement, le moulin, qui débuté ses activités en octobre 2013, devrait transformer entre 15 000 et 20 000 m3 de bois. Cinq personnes opèrent le moulin pendant un quart de travail de 10 heures alors que deux employés s’occupent du tri et de l’écorçage dans la cour. L’été prochain, l’usine aimerait ajouter un quart de travail en soirée pour augmenter la productivité.

La quantité de bois transformé est certes petite, mais la valeur ajoutée est plus qu’intéressante. « Alors que le prix du 2 x 4 à Boston avoisine le 420 $/pmp, ce qui est un bon prix, nous on peut créer jusqu’à 3000 $/pmp. Et en sciant un 12 x 12, on produit beaucoup de pmp à la fois », souligne Jérôme Simard. Selon les produits, la valeur au pmp varie entre 900 et 3000 $.

En ce début du mois de mars, la scierie transformait du peuplier faux-tremble, « un autre irritant » qui ne trouve pas preneur dans les scieries du Lac-Saint-Jean. Les équipements de l’usine sont hybrides. Selon les commandes, ils peuvent transformer du résineux ou du feuillu. « Avec le résineux, on relève le grade. Ce qui veut dire que l’on va chercher la qualité du bois autour du cœur pour faire de grosses poutres. Avec le feuillu, c’est le contraire. On cherche à diviser le cœur de façon à aller chercher les meilleurs morceaux vers l’extérieur de l’arbre, car c’est au centre que l’on retrouve le plus de nœuds », explique François Girard.

Ainsi, selon les commandes, le peuplier est transformé en planches et le pin gris, l’épinette noire et le mélèze sont transformés en poutre de grosse dimension allant jusqu’à un 12 x 16 de 26 pieds de long! Ces poutres sont destinées au marché de la construction haut de gamme.

Pour transformer ces monstres, François Girard a dû adapter des équipements et former le personnel de la coop. « Les équipements qu’on opère sont faits pour le gros bois et demandent une expertise personnalisée », dit l’homme qui a opéré une scierie de gros bois avec Boisaco pendant 4 ans avant de déménager son équipement dans le nord du Lac-Saint-Jean. Il a entre autres modifié son chariot Hardy et frères de 16 pieds pour qu’il puisse recevoir des pièces d’une longueur allant jusqu’à 25 pieds. Il utilise également une déligneuse à scie multiple Cornell et une déligneuse surfaceuse Tronco. De plus, il a modifié complètement la transmission du moteur du chariot afin d’utiliser un moteur au lieu de cinq, grâce à l’ajout d’une roue d’inertie de 1000 livres.

À seulement 28 ans, François Girard, qui a fait « capoter » sa mère en achetant sa première scie à 14 ans, est déjà un expert dans son domaine. Le passionné du gros bois s’avère une relève en or sur laquelle mise la CFG pour continuer à innover et développer de nouveaux produits. « On veut maitriser à 100 % le sciage pour éventuellement développer des articles de structure de bois », conclut le jeune homme qui a également une formation en charpenterie et menuiserie.