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Une récolte massive pour alimenter en billes la scierie de Domtar à Elk Lake.


28 mars 2013
Par Bill Tice

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Une débusqueuse Cat 535 B de l’entrepreneur Henry Fiset and Sons apporte en bordure de chemin des billes destinées à la scierie de Domtar à Elk Lake.

Alors que partout ailleurs au pays, les scieries ont réduit leur production en raison des conditions économiques et d’une faible demande de produits du bois, la scierie de Domtar à Elk Lake, dans le nord de l’Ontario, fonctionne à plein régime avec trois quarts de travail. Ce qui tient bien occupé Benoît Beausoleil, le directeur des opérations forestières. Ce Québécois d’origine a ficelé un plan d’approvisionnement en fibre qui assure l’usine d’avoir des billes à se mettre sous les dents pour encore longtemps.

« Nous avons besoin d’un assez fort volume de billes pour maintenir les niveaux de production des trois quarts de travail, ce qui en soi ne serait pas un problème. Mais, explique M. Beausoleil, comme nous en sommes à la dernière année de notre plan d’aménagement forestier avec le gouvernement provincial dans la forêt Timiskaming, qui est notre principale source d’approvisionnement, nous n’avons pas autant d’options d’approvisionnement que nous le voudrions, parce que nous de-vons nous assurer que nos volumes rencontrent les quotas à la fin du plan en vigueur. »

La forêt Timiskaming s’étend sur 166 kilomètres à l’ouest de la frontière Québec / Ontario et, vers le nord, du lac Témiscamingue jusqu’au lac Abitibi.

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S’occuper de l’approvisionnement de l’usine fait partie de ses tâches quotidiennes, même si cela signifie que la plupart des journées débutent avant le lever du soleil et se terminent après le coucher. Au total, Benoît Beausoleil et Martin Jean, superviseur des opérations forestières pour l’usine, s’assurent que 500 000 mètres cubes de billes de résineux passent sur la balance de l’usine annuellement. Ceci s’ajoute à un autre volume de 250 000 mètres cubes qui est fourni par Liskeard Lumber, partenaire à un tiers avec Domtar dans la scierie de Elk Lake.

Ils coordonnent également un autre approvisionnement annuel de 100 000 mètres cubes de bois franc qui est livré à l’usine de panneaux OSB de Georgia Pacific (anciennement Grant Forest Products) à Englehart de même qu’à l’usine de True North Hardwood Plywood à Cochrane, qui est une co-entreprise de Kruger et Norbord inc.

Une expérience béton
Benoît Beausoleil connaît bien les hauts et les bas en matière d’approvisionnement en bois. Il a travaillé dans ce domaine pendant 15 ans pour le compte de Domtar : 11 ans à l’usine de sciage de Val d’Or et 4 ans à l’usine de Grand-Remous. Puis, il a occupé un poste chez Louisiana Pacific, à l’usine de panneaux OSB et la scierie de St-Michel-des-Saints. Il est ensuite allé en Sibérie à titre de contractuel pour l’entreprise montréalaise KSH Solutions inc. Il a également été directeur général d’un groupe coopératif de l’industrie du bois à Montréal. Finalement, il y a maintenant un an, il est revenu chez Domtar et a accepté ce poste à Elk Lake.

Dans son nouveau rôle, Benoît Beausoleil constate qu’il peut se concentrer sur l’approvisionnement en fibre et ses aspects opérationnels puisque toutes les fonctions de planification et de sylviculture dans la forêt Timiskaming sont sous la responsabilité de First Resource Management Group Inc.(FRMG), une compagnie privée de gestion forestière et l’agent des organismes Abitibi River Forest Management Inc. et Timiskaming Forest Alliance Inc. (TFAI). Au nom des membres de l’alliance TFAI (les actionnaires, incluant Domtar), le groupe FRMG est responsable de la gestion forestière à l’intérieur des 10 000 kilomètres carrés de la forêt Timiskaming, qui portait auparavant le nom de Kirkland Lake Administrative District.

L’alliance TFAI est un consortium d’entreprises forestières, comprenant de petits entrepreneurs jusqu’aux grands producteurs. En échange de la cession de leurs permis historiques de récolte, des parts ont été proportionnellement allouées et attribuées au sein de cette coopérative d’aménagement forestier, à six compagnies de produits de bois et à douze opérateurs d’équipements forestiers. Un certain nombre d’acquisitions et de transferts d’actions ont eu lieu depuis l’incorporation. « C’est un système unique qui fonctionne très bien pour nous, explique Benoît Beausoleil. »

En plus de travailler conjointement avec l’alliance TFAI, le fait d’avoir de bons entrepreneurs forestiers en place a également permis à l’usine de Domtar à Elk Lake et à son directeur, Benoît Beausoleil, de se démarquer. Il travaille en étroite collaboration avec les entrepreneurs Henry Fiset and Sons Ltd à Elk Lake, Rosko Forestry à Kirkland Lake, Caron Équipement à Timmins ainsi que deux petits entrepreneurs autochtones, Wincikaby Logging et Heritage Logging qui récolte à l’aide de chevaux.

Quatre générations de forestiers
Le plus important entrepreneur sous la responsabilité de Benoît Beausoleil, est Henry Fiset and Sons, avec un contrat de 180 000 à 200 000 mètres cubes par année. Les Fiset sont connus depuis longtemps dans la région; ils en sont maintenant à la quatrième génération de forestiers. « Mon grand-père Henry a fondé la compagnie en 1954 et trois de ses fils y ont travaillé, incluant mon père Norm, explique Jérôme Fiset. Aujourd’hui, c’est moi et mes deux frères, Terry et Dennis, qui nous occupons de l’entreprise. Mon fils Travis, qui est maintenant âgé de 30 ans, et le fils de Terry, Addison, qui a 22 ans se sont joints à nous. Un jour, quand nous nous retirerons, nous espérons qu’ils prendront la relève avec leur famille. »

Les Fiset récoltent du bois en longueur et l’ébranchent en bordure de route, ils travaillent toute l’année à l’exception de la relâche du printemps. À cette période, explique Jérôme Fiset, ils ramènent la plupart des équipements dans l’atelier de 7000 pieds carrés de l’entreprise à Elk Lake pour toutes les tâches d’entretien, des changements d’huile aux réparations majeures.

Jérôme Fiset ajoute que l’entreprise compte environ 25 employés annuellement mais, si l’on tient compte des sous-traitants, le nombre est plus près de 40 employés. La plupart des opérations de l’entrepreneur servent à alimenter les installations de Domtar à Elk Lake, quoique quelque fois, en raison des décisions de l’alliance TFAI, son bois est dirigé vers d’autres usines.

La plupart du temps, les Fiset effectuent cinq triages : trois pour le bois résineux et deux pour le bois franc. Pour les résineux, le triage est strictement en fonction des essences : pin gris, épinette, sapin. Pour les bois francs, un triage rassemble les billes de 14 pieds pour l’usine de panneaux OSB de Georgia Pacific à Englehart alors que l’autre triage est pour les billes de déroulage qui sont surtout envoyées à l’entreprise True North Hardwood Plywood.

Équipes mécanisées
Les Fiset travaillent à l’aide d’abatteuses, de débusqueuses et d’ébrancheuses en bordure de route. Au total, ils possèdent quatre abatteuses : trois Timberjack 900 et une John Deere 953 acquise l’an dernier. Elles sont toutes munies de têtes Waratah standard qui peuvent couper d’un trait des arbres d’un diamètre maximal de 18 pouces. « Tout ce qui a un diamètre plus large nécessitera deux opérations, de préciser Jérôme Fiset. »

Le débusquage est effectué au moyen de trois machines Cat modèle 535, toutes dotées d’un grappin. S’y ajoutent pour l’ébranchage, un porteur John Deere 2154 et un autre John Deere 230 plus vieux, équipés de têtes d’ébranchage Denis. Sur la route, quatre camions Kenworth avec remorques pour bois en longueur font le travail.

L’entreprise se charge également de la construction de chemins. Elle construit, selon Jérôme Fiset, entre 80 et 90 kilomètres de chemins secondaires et principaux annuellement. « Des travailleurs spécifiques sont affectés à la construction de chemins lorsqu’ils ne sont pas occupés à la récolte d’arbres. Pour ces tâches, ils utilisent trois excavatrices Cat (modèles 322, 324 et 325), une bouteuse John Deere 850, une chargeuse frontale John Deere 744 ainsi qu’une niveleuse Champion 760. La construction de chemins est normalement une activité qui se déroule toute l’année durant, précise M. Fiset, afin de nous permettre de devancer les autres opérations. Cette année cependant, nous avons davantage mis l’accent sur la récolte pour s’assurer de ramasser toutes les tiges possibles afin que l’usine puisse continuer de rouler avec trois quarts de travail. »

Jérôme Fiset et ses hommes font tout ce qu’il est possible de faire pour assurer la bonne marche de l’usine, même s’il admet que les tarifs ne sont pas ce qu’ils devraient être. « Nous comprenons que les temps sont difficiles pour les usines de sciage à l’heure actuelle, si bien que nous sommes en mode survie avec des tarifs plus bas et en faisant tout ce que nous pouvons. Nous avons de nouveaux équipements, des employés bien formés et le taux d’utilisation de nos machines est au plus élevé dans les circonstances. Nous espérons seulement qu’à long terme ce sera profitable et que les tarifs augmenteront quand le marché aura récupéré. Être en mesure de travailler avec sa famille, dans son village, est un avantage unique et nous ne voulons pas que ça change. »

Opérations équestres
À l’autre extrémité de l’échelle des vo-lumes de production, Benoît Beausoleil travaille avec Heritage Logging, une entreprise formée par des autochtones qui utilise des chevaux. Cette dernière livre environ1000 mètres cubes par mois à l’usine de Elk Lake, sous forme de bois tronçonné en longueur.

« Nous travaillons pour Domtar depuis les cinq dernières années, affirme Jim Bruce, directeur des opérations chez Heritage Logging. » Il est également surnommé « Dad » par l’équipe de direction composée du frère et de la sœur, Jim Bruce Jr et Carolynne Windich.

Jim Bruce Senior affirme travailler dans un créneau unique qui a son importance pour l’industrie. « Nous effectuons un abattage manuel dans des parcelles qui requièrent un abattage sélectif comme le long des rives de lacs. Vous ne sauriez probablement pas que nous y sommes passés à moins de faire de la randonnée et d’y découvrir les souches. Nous faisons également de la coupe à blanc dans des zones trop petites pour être rentables avec les équipes mécanisées. Et encore là, une parcelle sera récoltée sur une période d’une année ou plus, pas en un mois. Si bien que la régénération est fantastique, il y a moins de perturbation et nous laissons les branches et les cimes se décomposer naturellement sur place et retourner les nutriments dans le sol. »

La gestion d’une entreprise de récolte à l’aide de chevaux est bien différente de celle d’une équipe mécanisée. D’abord, les chevaux sont utilisés en alternance et ils ne travaillent que la moitié du temps des bûcherons qui abattent les arbres.

« De façon générale, nous travaillons huit heures par jour, avec une heure pour dîner, et cinq jours par semaine, ajoute Jim Bruce Senior. Chaque cheval travaillera seulement l’équivalent de la moitié de cette période, et ils rentrent à la maison avec nous les fins de semaine. »

L’entreprise possède trois chevaux de travail (Jack, Jenna et Stacy), chacun pesant autour de 2000 livres. Les autres chevaux qui travaillent pour Heritage Logging sont loués et ils sont tous des chevaux de trait de race belge, à l’exception d’un Percheron qui est également une race de trait.

« Ils mangent à profusion, précise Jim Senior lorsqu’on lui demande de nous décrire la journée de travail typique d’un cheval. Lorsqu’ils ne travaillent pas, ils disposent d’un abri si la température leur déplaît, et ils peuvent manger autant qu’ils le veulent. Chaque cheval avale, en plus de son foin, environ 9 kg de grains et d’aliments hautement énergétique chaque jour, ce qui leur donne beaucoup d’énergie. »

Pour Benoît Beausoleil, le volume supplémentaire de bois tronçonné en longueur obtenu des opérations équestres, est bienvenu. « Ça ne représente qu’une petite proportion de nos volumes, mais nous sommes heureux de pouvoir compter là-dessus, » affirme-t-il en ajoutant qu’ils aiment bien avoir une diversité dans ses équipes, comme celle-ci avec des chevaux.

En se questionnant sur l’avenir, Benoît Beausoleil n’entrevoit pas de diminution de production à l’usine de Elk Lake, particulièrement en raison de la remontée des prix du bois d’œuvre et la relance progressive des producteurs de bois canadiens. Si bien qu’à l’heure actuelle, pour conserver la régularité de ses approvisionnements en billes, il devra continuer à trouver du bois, que ce soit de sources traditionnelles et non-traditionnelles. Un défi? « Oui », répond-il, mais ça fait partie de ses tâches quotidiennes.