Opérations Forestières

Nouvelles Nouvelles de l’industrie
L’inflation afflige les entrepreneurs forestiers


28 avril 2022
Par Guillaume Roy, Le Quotidien

L’inflation frappe durement les entrepreneurs forestiers, qui ont vu leur coût d’exploitation augmenter de 7,56% l’an dernier, alors qu’une autre augmentation d’au moins 10% est prévue cette année. Ce calcul de l’augmentation des taux fait d’ailleurs partie des outils que la nouvelle Association québécoise des entrepreneurs forestiers (AQEF) souhaite développer pour attirer davantage de membres, qui permettra d’aider ces derniers à négocier de meilleurs tarifs auprès des usines de sciage.

C’est l’économiste spécialisé en foresterie Louis Dupuis, consultant pour l’AQEF et associé chez S. Guy Gauthier Évaluateur, qui a présenté l’indice pondéré des variations des coûts des entrepreneurs forestiers du Québec entre 2011 et 2021, en y ajoutant les prévisions pour 2022, vendredi dernier lors d’une assemblée prévue pour présenter la nouvelle association créée en 2021.

M. Dupuis a révélé que les coûts des entreprises ont augmenté en moyenne de 2,2 % entre 2011 et 2020 pour un ceux qui détiennent un kit d’abattage, soit une abatteuse, un transporteur, un camion de service et trois camionnettes. La hausse a été beaucoup plus marquée en 2021, avec une augmentation des coûts de 7,56%.

Pour 2022, les coûts devraient croître d’au moins 10,41%, estime Louis Dupuis. « C’est une évaluation conservatrice, parce que l’inflation est plus haute qu’anticipée », a-t-il souligné.

Advertisement
Sébastien Bouchard, directeur général de l’AQEF.

Ajuster ses prix

Étant donné que certains entrepreneurs ont des ententes avec leurs clients pour ajuster le prix de vente du bois selon le coût du diesel, le consultant a aussi fait le calcul de la hausse sans ce carburant. Pour 2021, la hausse sans diesel a tout de même été de 4,27% et elle devrait être de 7,12% en 2022.

L’indice présenté tient compte d’une répartition des coûts selon les postes de dépenses, soit le coût de la main-d’œuvre (33%), la machinerie (25%), les pièces et la mécanique (17%), le carburant et les lubrifiants (15%), les assurances (4%) et les autres coûts (6%). Les données provenaient notamment de Statistique Canada, des manufacturiers et des fournisseurs de pièces.

L’économiste souligne que l’Indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 22% entre 2011 et 2021, alors que les coûts ont grimpé de 33% pour les forestiers. « L’inflation a augmenté plus pour vous que l’indice des prix à la consommation, alors il faut négocier vos tarifs en conséquence, note Louis Dupuis. Par exemple, si vous acceptez une hausse de 3% cette année, vous allez vous appauvrir », a-t-il lancé à la quarantaine d’entrepreneurs forestiers dans la salle.

Selon ce dernier, l’indice d’augmentation des coûts est un outil fort utile pour les aider à négocier un meilleur tarif. « C’est important de bien connaître son coût horaire d’opération, par ce que la forêt n’est pas égale et le nombre de mètres cubes récoltés n’est pas constant », dit-il.

Une quarantaine de personnes ont assisté à la présentation de l’AQEF vendredi dernier à Dolbeau-Mistassini.

Des outils pour négocier en groupe

L’indice de la variation des coûts pour les entrepreneurs forestiers fait partie des outils qui peuvent être développés par une association comme l’AQEF, souligne Sébastien Bouchard, le directeur général embauché il y a deux mois. « C’est à ça que ça sert une association d’affaires », a-t-il lancé.

« On veut devenir un vrai partenaire d’affaires, avait souligné le président de l’AQEF, Étienne Boucher, lors de sa création. On ne part pas en guerre contre les donneurs d’ouvrage, mais on veut améliorer nos business ». L’AQEF permet aussi de faire connaître les positions des entrepreneurs forestiers auprès des instances décisionnelles, comme les différents ministères.

Jusqu’à maintenant, l’AQEF compte 110 membres entrepreneurs, dont près d’une quarantaine dans la région, en plus d’une trentaine de membres associés.

Difficile de vivre avec l’inflation

Le système de rémunération actuel ne permet pas de bien refléter les augmentations de coûts rapides, comme c’est le cas actuellement, et les entrepreneurs doivent travailler conjointement pour trouver des solutions. Par exemple, des donneurs d’ouvrage demandent la signature de contrats de trois ans à des tarifs déterminés, alors que les coûts augmentent trop rapidement pour pouvoir signer des contrats à long terme.

Étant donné que les forêts sont très différentes d’un endroit à l’autre, le système de rémunération devrait être revu pour assurer d’avoir un prix plancher, et des primes de performance. Des entrepreneurs souhaiteraient même recevoir leur paie directement du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs pour avoir accès à toutes les compensations offertes dans les secteurs à faible rendement. Ces derniers souhaitent aussi des améliorations au niveau de la formation, en misant davantage sur les simulateurs pour améliorer la performance des nouveaux opérateurs.

« C’est en travaillant ensemble qu’on peut améliorer notre sort », a souligné l’entrepreneur forestier Donald Fortin.