Opérations Forestières

Nouvelles de l’industrie Politiques
Libre-échange : entente plus restrictive en vue


23 mars 2016
Par Guillaume Roy
Carl Grenier, chargé de cours à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) et à l’Université Laval

La prochaine entente sur le bois d’œuvre entre le Canada et les États-Unis ne se fera pas cette année. Si le passé est garant du futur, l’entente risque d’être encore plus restrictive que la dernière, estime Carl Grenier, chargé de cours à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) et à l’Université Laval.

L’entente sur le bois d’œuvre paraphé en 2006 représente le pire accord conclu par le Canada, a lancé d’emblée le professeur et consultant Carl Grenier lors du conférence présentée au Congrès de Montréal sur le bois. «Les couts directs de cette entente s’élèvent à 4,7 milliards de dollars pour l’industrie. Sur cette somme, un milliard a été payé aux industriels américains par le gouvernement canadien», s’insurge ce dernier.

Selon les prévisions, le libre échange devait prévaloir au moins la moitié du temps, lorsque les prix du bois seraient assez élevés. Mais depuis 2006, les prix ont presque toujours été bas et le libre échange n’a prévalu que 23 % du temps, comme ce fut le cas en 2014. 

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En dressant l’historique des échanges de bois commerciaux entre les deux pays, M. Grenier a relevé certaines tendances. Entre autres, à chaque fois qu’Ottawa a pris le chemin des tribunaux pour contester les allégations de «dumping» des Américains, le gouvernement canadien l’a emporté. Avec une plus grande volonté politique, le Canada aurait pu s’en tirer avec de bien meilleures ententes.

Lors des négociations de 2006, le Canada a d’ailleurs laissé tomber une somme de 5 milliards de dollars, qui devait revenir aux producteurs canadiens d’après une décision de la cour. «Cette somme appartenait pourtant aux industriels canadiens», note M. Grenier.

Depuis 10 ans, peu d’efforts ont été consacrés pour préparer le terrain à une nouvelle entente, alors que 23 millions de dollars ont été consacrés pour faire la promotion de Keystone XL, ajoute ce dernier. Faute de volonté politique forte, la prochaine entente sur le bois d’œuvre sera plus restrictive croit M. Grenier.

Une lueur d’espoir existe toutefois pour le Québec, qui se retrouve dans une meilleure position que le Nouveau-Brunswick il y a 30 ans, pour demander à être exclu de cette entente. «Le nouveau régime forestier octroie 25 % du bois disponible aux enchères et le prix du 75 % du bois restant est fixé par le prix du bois vendu lors des enchères», explique l’expert. Reste à voir si le gouvernement américain verra la situation de la même façon.