Opérations Forestières

Nouvelles Nouvelles de l’industrie
Les temps changent

La biomasse n’est certes pas gratuite, mais nous pouvons en tirer beaucoup plus d’énergie que celle que nous y investissons en pratiquant une récolte efficace.


9 avril 2013
Par Mark Ryans
Avec une proportion de seulement 3 % de la valeur énergétique des copeaux nécessaire pour la récolte, la transformation et le transport en bordure de route, la balance énergétique de la récolte des résidus semble excellente.

Il ne fait plus aucun doute, l’utilisation de la biomasse forestière est en pleine expansion partout au Canada. J’effectue des recherches sur ce sujet depuis 1978 en dépit du fait que la bioénergie fo-restière ait connu des hauts et des bas, ayant été à tour de rôle sujet chaud ou thématique négligée pour l’industrie forestière au cours des 30 dernières années.

Cependant si vous m’aviez demandé en 2005 si mon orga-nisme (FPInnovations – division FERIC) était pour mettre sur pied, en 2008, un programme national sur les approvisionnements forestiers comprenant plus de dix chercheurs ainsi que des activités dans tous les coins du Canada, je vous aurais répondu que vous fumiez…une certaine sorte de biomasse!

Malgré tous les scénarios sombres et l’étendue des changements structuraux s’abattant sur l’industrie forestière, il existe encore quelques secteurs encourageants. L’industrie forestière est en effet bien positionnée dans le contexte d’une bioéconomie émergente, et elle est déjà un leader dans la réduction des émissions de carbone et dans la production d’une énergie verte. À l’heure actuelle, l’utilisation de biomasse sert à la production de chaleur et d’énergie, mais les bioraffineries à base de résidus forestiers représentent la voie de l’avenir. Ces dernières prendront diverses formes, grandes ou petites, mais il s’avère qu’une usine de pâte et papiers constitue le complexe idéal pour produire non seulement de l’électricité, de la vapeur et de l’eau chaude pour le chauf-fage, mais également des produits chimiques et des carburants pour le transport.

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Malheureusement le changement est habituellement accompagné d’obstacles ou, à tout le moins, d’un environnement d’affaires plus complexe. La source conventionnelle de carburant homogène à bas prix à partir des rejets de bois déchiquetés, s’est asséchée en raison des réductions de quarts de travail, des arrêts ou des fermetures définitives de scieries locales. De plus, les ateliers de préparation de bois sont devenus choses du passé dans la plupart des usines de pâte. De ce fait, la chaîne d’approvisionnement en simples rejets déchiquetés, principalement constitués d’écorces acheminées des scieries vers la chaudière d’une usine de pâte, sera en grande partie remplacée par un approvisionnement plus hétérogène et complexe d’origine forestière.

Détruire les mythes
Le modèle traditionnel de relations d’affaires d’une entreprise à l’autre, ou de propriété unique des « déchets » à l’intérieur d’une même entreprise, évoluera vers des sources multiples de biomasse (scierie et forêt) et inclura de nombreux entrepreneurs forestiers et divers lieux d’origine. Le besoin d’un approvisionnement à longueur d’année imposera au secteur de l’approvisionnement en biomasse des contraintes similaires à celles auxquelles nous sommes habitués dans nos activités forestières traditionnelles. Les problèmes de gestion, tant les nouveaux que ceux existants depuis des décennies, devront être éclaircis, comme la propriété des résidus, les impacts sur la productivité forestière, etc. Dans plusieurs régions administratives, de nouvelles relations d’affaires devront être établies.

Le but premier de cette article est de discuter du développement de chaînes efficaces d’approvisionnement en biomasse forestière. Nous devons d’abord nous attaquer à deux mythes communs.

Mythe no 1 : Il faut plus d’énergie pour livrer la biomasse forestière que la valeur que nous en retirerons
Je me souviens d’une critique bien précise d’un vice-président de la compagnie Reed Inc à l’endroit de nos projets subventionnés ENFOR, formulée lors d’une assemblée annuelle de l’ancienne Association canadienne des producteurs de pâtes et papiers, division des Bois et Forêts (ACPPP).

En lisant les mentions ENFOR, Reed et ACPPP, certains lecteurs pourront en déduire qu’on revient plusieurs années en arrière, lors de la première crise pétrolière. C’était une période trouble pour les économies mondiales et pour l’industrie forestière canadienne. Cette critique était : « Pourquoi utiliserions-nous un litre de carburant que nous voulons et dont nous avons besoin, pour fournir quelque chose (biomasse) que nous ne voulons pas et dont nous n’avons pas besoin ? »

Les temps ont changé et la valeur de la biomasse forestière change rapidement; cependant, c’est toujours une croyance répandue qu’il faille plus d’énergie pour fournir la biomasse forestière que la valeur qu’on en retire. Pourtant, rien n’est plus loin de la vérité!

À partir de nos études et de nos évaluations du bilan énergétique, réalisées à l’aide du logiciel BiOS (Biomass Opportunity Supply model) de FERIC, nous pouvons déterminer les litres de carburant consommés pour récupérer une tonne anhydre de biomasse à partir de résidus ligneux en bordure de route. Le bilan est étonnant : la valeur énergétique de la biomasse est de 30 à 40 fois supérieure au contenu énergétique de la consommation totale en carburant requise pour le pré-empilement, le broyage et le transport par camion.

Mythe no 2 : La biomasse est gratuite
Il s’agit d’une autre perception répandue, particulièrement auprès d’éventuelles entreprises conjointes en bioénergie extérieures au secteur forestier. Celles-ci croient qu’il y a beaucoup de biomasse tout autour, en apparence gratuite et mûre pour la cueillette. Il est vrai que les résidus en bordure de route représentent une option attrayante d’approvisionnement. Il y a cependant déjà eu des sommes investies pour les apporter jusque-là et, s’ils doivent être utilisés efficacement, une plus grande attention doit être portée à leur manutention.

Les résidus en bordure de route doivent également être regroupés (pré-empilés) pour améliorer l’efficacité de la phase de déchiquetage. Pour en faciliter le transport, la manutention et l’utilisation, les résidus doivent être broyés en bordure de route, puis transportés sur une longue distance jusqu’à l’usine. Des coûts de livraison de 50 $ à 60 $ par tonne séchée en séchoir seront considérés comme normaux, dus principalement aux distances de transport parcourues. D’autres coûts doivent être considérés également, comme les dépenses liées à la gestion forestière, à l’utilisation de la route et à son entretien, etc.

Il nous faut donc considérer le besoin de développer des chaînes d’approvisionnement plus efficaces pour la récolte et la livraison de la biomasse. À l’heure actuelle, la plupart des opérations sont de nature expérimentale et les coûts devraient diminuer en fonction de l’expérience. Je présume toutefois aussi que le prix de la biomasse forestière pourrait augmenter : une simple question d’offre et de demande. Il existe également deux autres facteurs. D’abord, le coût de la biomasse est principalement déterminé par la distance de transport et, si le volume augmente considérablement, nous aurons à parcourir de plus grandes distances pour s’en procurer. Deuxièmement, les opérations actuelles laissent derrière les blocs plus petits et plus difficiles d’accès, ceux dont les coûts de récupération de biomasse seraient plus élevés. Si on a besoin de plus grande quantité, ces blocs devront être exploités.

Les dix règles à succès
FERIC considère que les dix facteurs suivants sont les pierres angulaires dans l’établissement d’un système efficace d’approvisionnement en biomasse.

  1. L’usine détermine les types de biomasse qui peuvent être utilisés et, en bout de ligne, l’efficacité du procédé.
  2. Utiliser des systèmes d’approvisionnement simples et flexibles.
  3. Choisir et mettre au point des équipements sur mesure pour la tâche de récupération de la biomasse.
  4. L’harmonisation (ou l’interface) entre le broyage et le camionnage est un point d’équilibre crucial.
  5. Évaluez vos options de camionnage.
  6. Pré-empilez pour améliorer l’efficacité et la valeur.
  7. Minimisez l’entreposage de biomasse broyée.
  8. Planifiez la possibilité d’une capacité d’appoint à l’intérieur du système, et utilisez-la pour augmenter la valeur.
  9. Mettez en place un système de gestion pour contrôler la valeur énergétique et en suivre l’évolution.
  10. Dernière règles, mais non la moindre : intégrez les opérations de récupération des résidus aux pratiques conventionnelles de récolte.

Je développerai ces différents facteurs dans de prochains articles. En conclusion, j’insiste sur le fait qu’à moins d’une augmentation spectaculaire de la valeur de la biomasse forestière, la bioéconomie émergente de source forestière continuera de dépendre d’uneindustrie forestière forte et intégrée.          


Mark Ryans travaille pour FPInnovations-Division de FERIC. On peut le rejoindre au  mark@fpinnovations.ca