Opérations Forestières

En vedette Nouvelles Nouvelles de l’industrie
Les étoiles de la relève 2021

Pour une 7e année, le magazine Opérations forestières vous présente 10 étoiles montantes au sein de l’industrie forestière, qui font briller les métiers forestiers.


8 octobre 2021
Par Guillaume Roy et Maxime Bilodeau
Yanne Litalien Crédit Yanne Litalien

La camionneuse-entrepreneure
Yanne Litalien, 39 ans
Entrepreneure et camionneuse, Transport Yenne & Yan Côté inc.
Camionneuse depuis plus de 20 ans, Yanne Litalien a été séduite par le monde forestier lorsqu’elle a rencontré son conjoint Yan Côté. « Quand je l’ai rencontré, j’ai lâché les routes des États-Unis pour les routes forestières, comme le faisait mon grand-père qui était aussi camionneur forestier », lance Yanne Litalien.  

Entrepreneure dans l’âme depuis toujours, elle a racheté la moitié des parts de l’entreprise de transport de bois et d’abattage. « C’est grâce à elle si nous avons aujourd’hui autant d’équipement », souligne Yan Côté. 

En plus de conduire un camion autochargeur, elle occupe le poste de vice-présidente de Transport Yanne et Yan Côté, elle fait la comptabilité, en plus de gérer trois camions forestiers, une multifonctionnelle (John Deere avec une tête Waratah) et un transporteur (Rottne).  

Advertisement

En ce qui a trait aux camions forestiers, le couple adore les modèles « old school » et c’est pourquoi ils possèdent un Freightliner classic 2002, un Kenworth 2001 et Peterbuilt 2005.

Après avoir bûché pour le Groupement forestier Montmorency, près de Québec, pour plusieurs années, l’entreprise vient de dénicher un contrat à long terme dans le nord de l’Ontario, après de Timmins. « On a eu un contrat de 5 ans et on va pouvoir bûcher à l’année là-bas », note l’entrepreneure ajoutant que ça améliorera la rentabilité. 

Avec toutes les tâches qu’elle doit accomplir, Yanne Litalien trouve que c’est parfois un métier de fou, mais elle adore ce qu’elle fait. « C’est le fun d’être son propre patron », souligne la camionneuse-propriétaire qui aimerait toutefois voir plus de femmes en foresterie. 


Keven Dubois, Alexandre Dubois, Benoit Renald Créditthewood et fils

Le trio TheWood
Keven Dubois, 37 ans, président
Alexandre Dubois, 27 ans, responsable de la récolte forestière
Benoit Renald, 32 ans, mécanicien en chef
Une opportunité d’affaire en Ontario a complètement transformé l’entreprise familiale lancée par Jean-Pierre Dubois. Ses fils Keven et Alexandre en ont alors profité pour transformer pour croître en ajoutant les volets de construction de chemin, de transport, de chargement et de planification forestière à leurs opérations de récolte pour devenir un entrepreneur général en foresterie. Au passage, ils ont recruté Benoit Renald, pour ajouter un solide bagage en mécanique à leur équipe étoile qui récolte désormais plus de 500 000 mètres cubes de bois dans le nord de l’Ontario pour Produits forestiers Résolu. 

Après avoir fait un diplôme d’études professionnelles en carrosserie, Benoit Renald a travaillé comme employé dans son domaine, puis pour le transport forestier avant de se joindre à l’équipe de TheWood il y a deux ans. En voyant son potentiel et ses aptitudes, Keven et Alexandre lui ont alors offert de devenir le troisième actionnaire du groupe. « C’est un cadeau qui m’est tombé du ciel », souligne l’homme qui est devenu le mécanicien en chef. « Je capote sur les machines et j’adore ça être dans le bois, dit-il, heureux d’être son propre patron au sein d’une équipe tripante. Je m’amuse avec mes chums à l’ouvrage ». 

Keven Dubois a pour sa part fait un DEP en abattage et façonnage des bois au CFP de Chicoutimi. Ce dernier est très fier de voir le chemin parcouru au cours des dernières années, et surtout la solidité de l’équipe sur laquelle il peut compter. « Avec l’ajout de Forexpert, notre filiale de planification forestière, on est rendu vraiment sur la coche, parce qu’on contrôle toutes les étapes de la récolte », dit-il. Le forestier a notamment suivi une formation pour parfaire ses connaissances d’entrepreneur forestier avec le Centre en entrepreneuriat multiressource. 

Fait à noter, Keven se faisait surnommer TheWood pendant sa jeunesse et c’est ce nom qui est devenu la marque de commerce de l’entreprise familiale, Forestier R.P.G.M. 

La vitalité et la jeunesse du groupe ont une forte influence sur les activités, notamment sur les réseaux sociaux où TheWood est très actif, comptant plus de 5000 abonnés. Sur cette page, l’entreprise veut démontrer une image positive et dynamique de la foresterie, en organisant notamment des concours photo. Avec une forte image de marque, TheWood a même lancé sa propre gamme de produits, dont des t-shits, des casquettes et des tuques. 

De son côté. Alexandre Dubois a fait deux diplômes d’études professionnelles au CFP Dolbeau-Mistassini, en voirie en abattage et façonnage des bois, tout en intégrant l’entreprise familiale dès l’âge de 17 ans. « J’ai été élevé en forêt et j’ai toujours tripé de toute la liberté que ça apporte », dit-il, fier des innovations amenées pour faire croître TheWood. Par exemple, l’entreprise a mis en place un système de navette aérienne pour transporter ses travailleurs. Ce système permet de travailler 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. 

À voir la croissance de l’entreprise depuis cinq ans, il est difficile de prédire le futur qui semble radieux pour les jeunes entrepreneurs. « Si tu m’avais dit ou on serait rendu aujourd’hui il y a cinq ans, je ne t’aurais jamais cru, alors « Sky is the limit » », conclut Alexandre. 


Alex Marchand
Crédit remabec

La forêt dans le sang
Alex Marchand, 37 ans
Ingénieur forestier et entrepreneur
Forestier de père en fils depuis quelques générations, Alex Marchand n’a jamais douté de l’idée de travailler en forêt. « Je ne me suis jamais vraiment posé la question parce que c’était naturel pour moi de travailler dans le bois », souligne-t-il. Il faut dire que toute sa famille a travaillé en lien avec l’industrie forestière. Son grand-père était entrepreneur forestier. Après avoir travaillé dans le bois toute sa vie, son père est même devenu le directeur de l’École forestière de La Tuque. 

Avant même d’entamer des études en génie forestier à l’Université Laval, Alex avait déjà mis un pied dans l’industrie forestière, en travaillant un an pour Rémabec. Avec son diplôme en main, ce dernier a poursuivi sa carrière en gravissant les échelons avec Rémabec, en commençant par l’inventaire et les suivis forestiers. Il a ensuite travaillé sur les projets majeurs d’infrastructures, puis il a effectué les tâches de contremaître de coupe et de chemins, d’assistant-surintendant, de surintendant et finalement, de directeur des opérations forestières en Mauricie, secteurs de La Tuque et Parent, un territoire de 1,1 million de mètres cubes. Rigoureux, travaillant et talentueux, il a progressé de façon soutenue.

En 2021, il est devenu le troisième actionnaire dans Forélie, une filiale de Remabec qui fait la construction de chemins et la récolte. « Je suis vraiment content de relever ce nouveau défi professionnel, dit-il. J’ai toujours voulu devenir mon propre patron et l’opportunité s’est présentée avec Forélie. »

Axé sur la performance, Alex vise l’amélioration et l’optimisation des opérations forestières afin de poursuivre la croissance de Forélie. Alex s’implique dans l’entreprise et il prend part aux décisions. Il est devenu un grand gestionnaire en développant ses aptitudes en communication, en supervision d’équipe et en leadership par le biais de formation sur mesure. 

Pour peaufiner ses connaissances en entrepreneuriat forestier, Alex Marchand a déjà suivi deux sessions de cours au Centre en entrepreneuriat multiressource et il en fera une troisième à l’automne. « Ça me permet d’apprendre et de grandir en partageant les différentes réalités des autres entrepreneurs qui vivent les mêmes difficultés », souligne l’homme natif de La Tuque qui adore le sentiment de liberté que lui procure la forêt. « Être forestier permet de vivre un sentiment de liberté qu’on ne retrouve pas dans une usine ou dans un bureau », conclut-il. 


Marta Trzcianowska
Crédit Marta Trzcianowska

La petite Polonaise qui voyait grand
Marta Trzcianowska, 33 ans
Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP),Conseillère stratégique pour la modernisation des opérations forestières, du transport et des cours à bois
Marta Trzcianowska a quitté sa Pologne natale en 2014 pour réaliser son doctorat au Québec et y agir à titre de spécialiste des cours à bois et de la modernisation des opérations forestières. Elle est rapidement devenue une référence en la matière. « C’est un sujet qui a été peu étudié, dit-elle avec un français impeccable. On veut déterminer les critères de performances pour améliorer la gestion des cours à bois et permettre aux entreprises d’être plus rentables ». 

Après avoir terminé son doctorat, elle a été embauchée par le MFFP  en tant que Conseillère stratégique pour la modernisation des opérations forestières, du transport et des cours à bois.

Avec son travail, elle souhaite optimiser la gestion de la fibre en réduisant les pertes au minimum. Avec acquérant des données sur les cours à bois, il sera possible de déterminer les caractéristiques qui influencent la performance des scieries et trouver où se font les pertes. « C’était un trou noir avant qu’on commence à s’y intéresser », souligne la chercheuse de 33 ans. Par exemple, de simples changements design, d’allocation des produits et de l’utilisation de la machinerie peuvent permettre de faire des gains d’efficacité importants. « En minimisant les distances, les entreprises peuvent faire d’importante économie de carburant, ce qui permet aussi de faire des gains pour les changements climatiques », se réjouit-elle. 

Avant même la fin de son doctorat, elle a travaillé avec le MFFP sur la mise en pratique directe des résultats obtenus dans le cadre d’une mesure budgétaire visant à implanter et à utiliser des cours de triage pour maximiser l’utilisation du bois et réduire les coûts. Après son embauche, elle est devenue Conseillère du MFFP pour le programme MASTE (Mesure d’accompagnement et de soutien technique destinée aux entreprises forestières québécoises) pour appuyer le transfert technologique ainsi que conseillère pour l’Offensive de transformation numérique – opportunités de financement pour les entrepreneurs en opérations forestières. Elle travaille aussi pour établir un réseau de travail sur les «opérations forestières» avec les partenaires, dont Forêt Compétences, Groupements Forestiers Québec, la Fédération québécoise des coopératives forestières, Groupe de travail sur l’entrepreneuriat forestier, FPInnovations et l’Université Laval.

« Au-delà de ses connaissances de pointe, celle que tout le monde appelle Marta, nom de famille imprononçable, est une leader positive axée sur la recherche de solution consensuelle », lance Maxime Renaud, directeur à la Direction de l’aménagement et de l’environnement forestiers du MFFP, qui apprécie le savoir forestier de sa collègue, notamment en ce qui a trait à la vodka au cassis et…au sapin!

Au cours des prochaines années, Marta aimerait obtenir la résidence permanente pour s’implanter durablement dans la belle province. 


Lindsay McLaren Polson
Crédit Lindsay McLaren Polson

La gardienne du territoire
Lindsay McLaren Polson,
Directrice du développement durable
Première nation Timiskaming
Lindsay McLaren Polson est une anishinaabe de la Première Nation de Timiskaming. Elle est directrice du développement durable pour le Ni Dakinan, qui est le département « Land and Resources » du département de développement économique de la communauté. Après avoir fréquenté le Confederation College en Tourism and Travel, à Thunder Bay, elle est entrée sur le marché du travail à titre de technicienne de terrain pour le Conseil tribal de la Nation algonquine dans le cadre du Programme de gestion de l’habitat du poisson.

Son travail comprend de nombreux projets et la plus grande réussite à ce jour est sans conteste « The Wild Basket » auquel elle a contribué avec sa partenaire au travail et dans la vie Tara Dantouze. Cette initiative vise à enseigner comment récolter et transformer les produits forestiers non ligneux et les plantes médicinales issues de la forêt, mais au-delà de cela, c’est également un moyen pour la communauté de retrouver sa souveraineté sur le territoire et son identité en tant qu’Anishinaabe.

Bien qu’elle aime être dans le bois tous les jours, elle savait qu’elle pouvait contribuer davantage. C’est pourquoi, il y a un an, elle a accepté le poste de directrice du développement durable. Dans son rôle, elle doit mettre de l’avant les intérêts de sa communauté dans le cadre de toutes les consultations, y compris celles en foresterie, entre autres choses. Elle travaille notamment avec la forestière RYAM sur la planification des opérations forestières sur le territoire. Elle s’assure du respect des intérêts de la communauté tout en maintenant un dialogue ouvert et constructif dans le cadre des harmonisations sur le territoire.

Selon elle, la science et les connaissances traditionnelles sont des approches complémentaires. En tant que Directrice du développement durable, elle ne voit pas l’un sans l’autre et aspire à un dialogue ouvert pour concilier les deux dans notre façon d’aménager le territoire. Bien qu’elle soit nouvellement en poste, son enthousiasme et sa contribution sont déjà bien reconnus et appréciés par ses homologues de l’industrie et du gouvernement. 


Un trio de Bérubé en relève chez Cedrico
Cédric Bérubé, superviseur au rabotage
Samuel Bérubé, Transport et expéditions
David Bérubé, étudiant en management
Bois d’œuvre Cedrico, fondée en 1977 par Gilles Bérubé et sa conjointe Camilla Malenfant, pourra compter non pas sur un, mais bien trois Bérubé pour assurer sa relève. Cédric, Samuel et David, respectivement âgés de 33, 25 et 22 ans, succéderont à leur père Denis, l’actuel président et directeur général, d’ici les 5 à 10 prochaines années. « Quand on naît dans une famille de scieurs, on n’échappe pas à son destin! Même si notre volonté d’assurer sa pérennité s’est manifestée dans les dernières années, nous sommes impliqués dans la compagnie depuis toujours », raconte Cédric Bérubé, superviseur au rabotage à l’usine de Causapscal. Détenteur d’une technique en transformation des produits forestiers, l’aîné a occupé plusieurs postes en production chez Cedrico dans la dernière décennie.

Les benjamins ont suivi un parcours similaire. Samuel s’occupe actuellement de la logistique du transport des produits finis, lui qui a étudié en administration. David complète pour sa part une formation universitaire en finances à l’Université Saint-Mary’s, à Halifax – il complétait un stage estival aux achats au moment de l’entrevue, en août dernier. « De travailler au sein de l’entreprise permet de se mettre dans les bottes des employés. On comprend mieux leur réalité », souligne David Bérubé.

Ce parcours initiatique fait d’ailleurs partie intégrante du processus de transfert d’entreprise, qui a été confiée à une firme externe spécialisée. C’est que reprendre le flambeau à trois n’est pas une mince tâche. « Cet accompagnement facilite certaines discussions qui seraient autrement difficiles à avoir. Heureusement, nos profils sont complémentaires, ce qui permet de répartir le fardeau de la compagnie sur plusieurs épaules », fait valoir Samuel Bérubé.

En plus d’être commune, leur vision du futur de Cedrico est teintée par leur jeune âge. « Le sciage du bois est un vieux procédé qui bénéficie de nouvelles méthodes », affirme Cédric. « Nous voyons des usines 4.0 modernes et performantes », ajoute son frère David, qui fait ainsi écho aux 35 millions de dollars investis à l’usine de Causapscal depuis 2013. « Et pourquoi pas investir le marché de la transformation des sous-produits de sciage? », conclut Samuel.