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Le renouveau du secteur forestier : vers un supercycle?

En 2013, la bourse a même prévu l'arrivée d'un prétendu « supercycle » pour l'ensemble du secteur forestier. La plupart des titres forestiers étaient fortement en hausse.


13 novembre 2014
Par Jean-François Larue économiste en chef de l'Association canadienne des produits forestiers
Jean-François Larue, économiste en chef de l'Association canadienne des produits forestiers, est notre nouveau chroniqueur sur le marché forestier.

Tout le monde sait que l’industrie des produits forestiers a connu récemment le pire ralentissement des 50 dernières années. Pour faire une analogie médicale, entre 2008 et 2011, l’hémorragie a emporté des usines et des emplois et le patient était dans un état critique. On peut dire aujourd’hui que le pire est passé. Le patient se rétablit, prend des forces et est prêt à affronter le monde. En fait, l’industrie a conçu Vision2020 pour montrer son assurance face aux nouveaux défis qu’elle doit relever. L’initiative se donne trois objectifs : générer 20 milliards de dollars en nouveaux produits et marchés, recruter 60 000 nouveaux employés et améliorer sa performance environnementale de 35 % supplémentaires d’ici la fin de la décennie.

La reprise économique, bien que lente, va relativement bien. Le secteur forestier a cessé de perdre des milliers d’emplois chaque année et a réussi à mettre au point de nouveaux produits innovateurs et à ouvrir de nouveaux marchés; nous constatons les premiers signes d’une période d’expansion pour le secteur. En 2013, la bourse a même prévu l’arrivée d’un prétendu « supercycle » pour l’ensemble du secteur forestier. La plupart des titres forestiers étaient fortement en hausse.

Le terme « supercycle » fait référence à la convergence de trois moteurs fondamentaux de croissance pour l’industrie : un secteur de l’habitation fort aux États-Unis, une croissance soutenue de la demande pour nos produits en Asie, en particulier en Chine, et des prix solides pour les produits forestiers, notamment pour le bois d’œuvre.
Il est clair que l’économie américaine prend du mieux, car les prévisions de croissance du PIB s’établissent bien au-delà de 3 % pour les trois prochaines années. L’une des principales caractéristiques d’une économie forte au sud de la frontière sera le renforcement du billet vert et donc un taux de change plus faible. C’est déjà commencé et cela devrait se poursuivre pour les trois prochaines années. Jusqu’où la valeur du dollar canadien peut descendre n’est pas clair. Ce qui l’est par contre, c’est que la baisse de la valeur de notre monnaie améliorera considérablement notre position concurrentielle à l’échelle internationale, ce qui aidera notre industrie à maintenir une forte demande pour ses produits. C’est déjà commencé, car la demande pour les exportations de produits forestiers est en voie de connaître une croissance à deux chiffres pour une deuxième année consécutive. Cependant, les mises en chantier aux États-Unis sont encore à un niveau assez bas, soit environ un million par année, bien moins que le sommet de 2,1 millions atteint en 2005. Il ne fait toutefois aucun doute qu’elles se remettront bientôt à augmenter, mais seulement après que la croissance économique et la création d’emplois se seront pleinement déployées aux États-Unis.

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Par ailleurs, la Chine connaît un ralentissement économique. Aucune économie ne peut continuer à croître à un rythme de 15 % par année, mais on prévoit encore une croissance très saine de 7 % pour 2014. La principale nouveauté est que le marché immobilier chinois semble subir une correction. Néanmoins, la Chine poursuit son industrialisation, ce qui favorisera la demande de produits forestiers. Sa propre industrie ne peut en effet produire suffisamment de fibre pour répondre aux besoins qui s’annoncent, qui devraient augmenter de bien plus que 20 % par année au cours des cinq prochaines années. Par exemple, la Chine a instauré un plan d’architecture verte qui stipule que 20 % des nouveaux édifices en milieu urbain doivent respecter les exigences de la norme de construction écologique. La Chine continuera donc d’avoir une forte influence sur la demande en fibre.

Les prix du bois d’œuvre se sont stabilisés en 2014 après avoir augmenté considérablement en 2013. Avec la nouvelle hausse des mises en chantier aux É.-U., nous nous attendons à ce que ces prix atteignent de nouveaux sommets beaucoup plus tôt dans le cycle qu’auparavant.

Alors, comment nous positionnons-nous pour saisir les occasions suscitées par ce supercycle potentiel? L’industrie doit continuer à améliorer sa compétitivité, en tirant parti des gains immédiats rendus possibles par l’amélioration du taux de change. Une étude récente du Centre d’étude des niveaux de vie montre que malgré la récession, l’industrie se classe au 2e rang de toutes les industries canadiennes, avec une croissance moyenne de 2,5 % de sa productivité du travail, par rapport à 0,7 % pour l’ensemble des entreprises. C’est dire que notre industrie a réussi à se restructurer et continue d’améliorer son rendement malgré le pire ajustement structurel qu’elle ait connu. Le secteur vise aussi plus haut par Vision2020 – il conçoit et transforme de plus en plus de produits innovateurs, des pièces d’auto aux vêtements et aux produits chimiques écologiques tirés de la fibre de bois. Pas si mal, pour un secteur qu’on considérait comme moribond.