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Le Groupe Savoie, champion de la valeur ajoutée

Un important producteur de bois depuis trois décennies au Nouveau-Brunswick.


28 mars 2013
Par Bill Tice

Sujets
L’usine de composantes de bois du Groupe Savoie à St-Quentin au Nouveau-Brunswick possède de l’équipement de pointe, dont cet appareil OptiCut 450.

Alain Bossé a grandi dans la petite municipalité de St-Quentin au Nouveau-Brunswick. À l’époque, l’un de ses professeurs s’appelait Jean-Claude Savoie. Ce fut probablement une bonne chose qu’il ait été un élève appliqué, car Monsieur Savoie, comme l’appelait alors ses étudiants, est aujourd’hui président du Groupe Savoie, un important producteur de bois à valeur ajoutée ayant plusieurs usines de transformation dans les Maritimes. Eh oui! Vous l’aurez deviné, Alain Bossé travaille maintenant avec Jean-Claude Savoie à titre de vice-président et directeur général.

Jean-Claude Savoie a abandonné l’enseignement il y a plus de 30 ans pour s’adonner à son autre passion, les produits du bois. C’était en 1978 alors que son père, Hector, était directeur général de Hardwood Industries, une usine de bois feuillu à St-Quentin, propriété de Southampton Industries. À cette époque, la seule autre usine en ville, une usine de résineux et de bardeaux, était à vendre. Jean-Claude et son père Hector décidèrent de l’acheter. Mais lorsqu’Hector Savoie présenta sa démission à la Southampton pour lancer sa nouvelle affaire, la compagnie demanda aux Savoie s’ils voulaient également acheter son usine! La réponse fut « oui », le Groupe Savoie était fondé.

Au tout début, la chance ne sourit pas aux Savoie : peu de temps après le démarrage de l’entreprise, un incendie détruisit un important volume de l’inventaire. Puis, en 1980, un autre incendie rasa l’usine de bois feuillu. À la suite de cet incendie, ils convertirent l’usine de résineux pour y faire la transformation du feuillu, secteur dans lequel Hector avait acquis son expertise. Toutefois, en raison de l’arrêt de production pendant plus d’un an pour reconstruire et convertir l’usine, et avec des taux d’intérêt tournant autour de 20 %, les Savoie étaient confrontés à des conditions d’affaires extrêmement difficiles. Ils réussirent tant bien que mal à obtenir un prêt et à relancer l’usine.

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Les composantes de bois
La première année, ils produisirent 5 millions de pmp en sciant et vendant du bois feuillu non séché. Ils réalisèrent vite qu’ils se devaient de faire quelque chose d’autre pour se maintenir à flot et, dès 1984 ils se retrouvaient dans la production de produits à valeur ajoutée et fabriquaient des composantes de palettes.

Ce fut le point tournant pour le Groupe Savoie comme l’explique Alain Bossé. « Dans le domaine du bois feuillu dans notre région, près de 90 % des arbres récoltés étaient dirigés pour le bois à pâte, et une proportion de seulement 10 % étaient destinée au sciage. On se retrouvait avec un immense volume de bois à pâte mais aucun marché pour ce bois. On décida donc de construire une usine spécialement vouée à la transformation du bois à pâte de 4 pieds, en matériau pour les palettes et autres produits à valeur ajoutée. Aujourd’hui cette usine s’appelle Scierie Savoie, elle transforme 35 millions de pmp annuellement. »

Au début des années 90, le Groupe Savoie mit de l’avant un autre projet, la construction d’une usine d’assemblage de palettes sur son site de St-Quentin. On y produit aujourd’hui 2 millions de palettes par année, y compris des palettes traitées par chauffage ISPM 15 pour des marchés choisis. L’usine de palettes consomme une grande part de la production de Scierie Savoie. Cependant, le bois de catégorie supérieure de la scierie est transformé en bois de plancher de bois franc dans l’usine de pièces de bois de la compagnie, également implantée sur le même site. « Notre but, de préciser Alain Bossé, a toujours été d’utiliser 100 % des billes. En produisant des palettes et d’autres produits à valeur ajoutée, nous sommes en mesure de le faire. Jean-Claude Savoie a toujours dit que nous devions utiliser tout ce que la forêt pouvait nous offrir, et cette philosophie a orienté la compagnie vers la voie du succès. »

À l’heure actuelle, le Groupe Savoie est l’employeur le plus important de St-Quentin. Installé en périphérie de la ville, on y retrouve la Scierie Savoie, la scierie Restigouche (l’usine originale du Groupe sur ce site), l’usine d’assemblage de palettes, l’usine de composantes de bois et une toute nouvelle usine de fabrication de granules dont l’exploitation a débuté cet été.

Le Groupe possède également une seconde usine de composantes de bois à Kedgwick à 20 km de St-Quentin, une deuxième usine de palettes à Moncton et une autre scierie à Westville en Nouvelle-Écosse qui s’approvisionne en billes surtout auprès des propriétaires de boisés privés et fournit une partie des matériaux utilisés aux usines de composantes et de palettes de St-Quentin.

De plus, la compagnie compte sur sa propre division forestière qui gère, répertorie et récolte annuellement plus de 430 000 mètres cubes de bois sur les terres de la couronne au Nouveau-Brunswick, sur des boisés privés et sur des territoires de locataires industriels. Le Groupe Savoie emploie au total plus de 500 personnes et compte également 150 entrepreneurs qui sont presqu’entièrement au service de la compagnie.

De rutilantes machines
La réussite du Groupe provient non seulement de l’utilisation de près de 100 % des billes, mais aussi de sa compétence à comprendre et à harmoniser les nouvelles technologies à l’intérieur même des opérations de production. On en trouve un exemple parfait à l’usine de composantes à valeur ajoutée de St-Quentin. Le visiteur y est immédiatement saisi par le niveau d’efficacité et de haute performance engendré par la combinaison d’une rutilante machinerie provenant de différentes divisions du fabricant européen Weinig et des systèmes de convoyage du manufacturier Mékanika inc. de Ste-Marie de Beauce.

Cette usine s’approvisionne auprès des scieries Restigouche, Westville et Savoie, et par l’achat direct auprès de partenaires industriels, au besoin. Au total, elle consomme plus de 10 millions de pmp de matériaux bruts par année, lesquels ont tous été soumis au préalable à un processus de séchage hautement précis et contrôlé. Cette usine dernier cri produit une variété de composantes et de panneaux collés, fabriqués selon les spécifications du client. Parmi les principaux équipements, on compte une raboteuse de marque OSI, des scanneurs LuxScan et CombiScan de Weinig, une ligne de sciage en long de Raimann et deux lignes de coupe OptiCut 450. Une paire de ponceuses de marque Timesaver s’y trouve aussi pour poncer des panneaux au besoin.

Les scieries Savoie et Restigouche
Même si la scierie Savoie n’est pas aussi moderne que l’usine adjacente de composantes, elle demeure quand même hautement automatisée et bénéficie des scanneurs de marque Autolog et Inotech à plusieurs postes de production. La plupart des billes qui entrent à la scierie sont du bois à pâte de 8 pieds de longueur. Elles transitent d’abord par une plate-forme de tronçonnage où elles sont coupées en longueurs de 4 pieds avant d’aller à l’écorceuse Fuji King.

La scierie compte sur deux lignes : la plus importante est composée d’une scie de tête à rubans jumelés USNR avec déligneuse et ébouteuse, alors que la petite ligne comprend une équarrisseuse Comact ayant la capacité d’entailler les planches pour la fabrication de palettes. Des équipements de Gemofor sont utilisés au triage et à l’empilement. Une bonne partie de la production de la scierie Savoie est destinée à l’usine de palettes de St-Quentin, là où les pa-lettes sont assemblées, peintes et traitées par chauffage si nécessaire.

La scierie Restigouche est elle aussi localisée à St-Quentin. Elle a recours à une écorceuse VK Brunette et à une scie à rubans jumelés USNR. En plus de fournir des pièces aux usines de composantes et de palettes, cette scierie fabrique également des traverses de chemin de fer et d’autres produits grands formats. Les installations St-Quentin comprennent aussi huit séchoirs Nardi d’une capacité de 45 000 pmp, qui sont alimentés par des chaudières KMW de 250 CV et 400 CV.

Dans la localité de Kedgwick, le Groupe Savoie fabrique des composantes d’armoires et de meubles de même que des pièces de plancher de bois franc. À cet endroit, quatre séchoirs MEC sont en exploitation. Plus loin, à Moncton, une seconde usine de palettes aide l’entreprise à atteindre ses objectifs en matière d’utilisation maximale de la ressource : elle recycle et réutilise les palettes et les composantes de l’usine de St-Quentin afin de fabriquer de nouvelles palettes et de réparer les usagées. La capacité de production de l’usine est de 300 000 palettes par année.

Granules et briquettes
Les plus récentes réalisations du Groupe Savoie concernent le secteur énergétique afin de récupérer les résidus de ses installations, tels le bran de scie, les écorces, les cimes et branches. L’an dernier, on a installé à Saint-Quentin deux machines de marque Ruff pour la fabrication de briquettes. Elles ont la capacité de produire annuellement 4000 tonnes de briquettes principalement utilisées pour le chauffage domiciliaire.

Cet été, la compagnie a mis en marche une toute nouvelle usine de fabrication de granules d’une capacité de 8 à 10 tonnes par heure. En son centre, on trouve une machine à granules de marque Andritz ainsi que des broyeurs à marteaux fournis par Cardinal, un séchoir rotatif de MEC, une chaudière Wellons FEI, un système de détection des incendies de Vipond et un système d’emballage automatisé fabriqué par Premier Tech. La construction du bâtiment a été confiée à Bâtiments d’acier Finar, de Saint-Nicolas.

Le procédé sera entièrement autosuffisant puisqu’en ayant recours à la chambre de combustion avec grille à gradins de Wellons FEI, l’usine brûlera des écorces pour alimenter le séchoir rotatif servant à la fabrication des granules. Cette chambre de combustion est munie d’un système automatique d’extraction des cendres, ce qui permet de brûler des écorces humides sans avoir à arrêter les opérations pour nettoyer les grilles. En utilisant des écorces pour enclencher le séchage, non seulement on récupérera un combustible de moindre qualité mais on gardera ainsi toute la fibre de valeur pour la fabrication du produit final. Plus besoin de sacrifier une partie des fibres qu’on vient de sécher pour alimenter un brûleur.

Engagement
Comme pour la plupart des entreprises de produits du bois, les dernières années ont été extrêmement difficiles pour le Groupe Savoie. L’entreprise a quand même réussi à maintenir son niveau d’emploi dans les Maritimes et elle a continué à apporter son soutien à la communauté par le biais de la Fondation Hector Savoie. Le Groupe distribue également des bourses d’études par l’entremise de l’Université de Moncton. Au sein même de l’entreprise, tous les enfants des employés peuvent compter sur un programme interne assurant une certaine assistance financière pour l’éducation postsecondaire.

En pensant à l’avenir, le vice-président Alain Bossé entrevoit de très bonnes années pour la compagnie. « Nous espérons ne jamais revoir des années difficiles comme celles de 2008 et 2009 mais, précise-t-il, nous sommes des gens très optimistes. Nous croyons que tout ce que nous avons réalisé antérieurement, nous servira pour l’avenir. Et nous croyons en l’avenir de cette industrie. Quand vous pouvez compter sur l’approvisionnement en fibre, les équipements, les employés, les clients ainsi que sur la détermination et la volonté, vous pouvez bien faire. Il n’y a aucun doute pour ma part que le Groupe Savoie possède tous les éléments appropriés et continuera à connaître du succès et à croître. »