Opérations Forestières

Nouvelles Nouvelles de l’industrie
Le caribou n’est pas menacé par le dollar américain


16 juillet 2020
Par François Laliberté, OIFQ

Récemment, trois biologistes-chercheurs ont tenté d’établir un lien de causalité entre la protection du caribou forestier au Canada et la vigueur du dollar américain (Fortin et al. 2020)1. Interpellé par le sujet, l’Ordre a conduit une analyse de l’étude avec le support d’experts du milieu. Force est de constater que les conclusions des auteurs ne passent pas l’épreuve des faits. Ces conclusions apparaissent inappropriées et se doivent d’être repositionnées par rapport aux principes de foresterie et d’économie forestière, afin de permettre au public québécois d’avoir une lecture plus juste de la situation.

Tout d’abord, voici les conclusions que nous voulons rectifier. Les auteurs affirment avoir découvert que « chaque baisse de 0,05 $ du dollar américain [par rapport au dollar canadien] réduit de 140 km² les superficies coupées dans l’habitat du caribou forestier »2. Après avoir examiné attentivement les résultats présentés par les auteurs, nous concluons que la relation qu’ils établissent n’est pas aussi solide et directe qu’ils le prétendent. De plus, les auteurs affirment que « lorsqu’il y a une réduction des coupes forestières dans l’habitat du caribou, ce n’est ni en raison de la création d’aires protégées ni en raison d’une réduction du volume de bois alloué pour la coupe »2. Ces conclusions représentent un raccourci dangereux qui n’invite pas à avoir une discussion constructive, et voici pourquoi.

Premièrement, on ne saurait contester le lien entre le contexte économique américain et le taux de récolte forestière au Canada et au Québec puisque la récolte et la transformation du bois sont toutes deux soumises aux conditions de marché. D’abord, les auteurs mentionnent avoir trouvé une corrélation significative entre le taux de change et le volume de bois exporté (R²=0,88) ce qui est peu surprenant et a déjà été démontré à de nombreuses reprises par des économistes forestiers. Cependant, les autres résultats présentés font état d’une corrélation beaucoup plus faible entre ce même taux de change et le volume total récolté (R²=0,29) ou encore entre le taux de change et la proportion de la possibilité forestière récoltée (R²=0,40 et R²=0,51). Rappelons que plus la valeur de R² tend vers 1, plus la corrélation est forte, et à l’inverse, plus elle s’approche de 0, moins il est possible d’établir une corrélation entre les variables analysées. Avec ces faibles valeurs de R², force est de constater que le taux de change n’est pas l’unique facteur qui influence le volume récolté annuellement. Si c’était le cas, nous devrions retrouver des niveaux corrélations similaires pour l’exportation et la récolte, ce qui n’est pas le cas.

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