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La torréfaction du tremble

Innovacèdre, une petite entreprise du Témiscouata se lance dans le bois torréfié.


16 avril 2013
Par Martine Frigon

Sujets
Le bois torréfié par Innovacèdre est transformé en bases de douche pour Aciflex, de Saint-Hubert, qui fabrique des bains et des douches qui sont vendus par la chaîne Home Depot.

Il y a deux ans, Paul Pelletier a eu l’idée d’offrir des produits en bois torréfié, un procédé s’inscrivant dans les nouvelles tendances « vertes ». Il mise sur le cèdre et lance une petite entreprise sous le nom d’Innovacèdre, qui a pignon sur rue dans le parc industriel de Notre-Dame-du-Lac au Témiscouata. Il démarre avec une subvention du Centre local de développement de sa région, puis il reçoit une aide gouvernementale plus importante en 2008 du ministère des Affaires municipales et des Régions du Québec.

Son premier client est Sherlic, un manu-facturier de l’Estrie qui lui commande des bases de spas et de douches en cèdre torréfié, un produit bien accueilli par les consommateurs (voir l’article « L’abc de la torréfaction » à la page 22). Deux ans plus tard, son client majeur devient Aciflex, une entreprise de Saint-Hubert spécialisée dans la fabrication de bains et de douches. Les produits d’Aciflex sont distribués dans plus de 150 magasins de la chaîne Home Depot au Canada et Innovacèdre lui fournit hebdomadairement un volume de 3400 pieds linéaires de bois torréfié transformé en bases de douche. L’entreprise de Paul Pelletier propose plus de 22 modèles parmi lesquels les plus vendeurs sont les bases de dou-
ches de 48 et de 60 po, ainsi que les bases rectangulaires ou arrondies dont les formats varient de 32 à 60 po.

L’entrepreneur de 33 ans connaît bien les propriétés du bois. Il a étudié au Centre de formation et d’extension en foresterie à Causapscal, en abattage et façonnage du bois ainsi qu’en aménagement forestier à Dégelis. Originaire de Sainte-Louise dans le comté de Kamouraska, il a exercé le métier d’opérateur d’abatteuse multifonctionnelle durant sept ans au Québec, dans le Nord ontarien et au Nouveau-Brunswick.

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Changement de cap
Bien qu’au départ le projet visait essentiellement la torréfaction du cèdre, Paul Pelletier a finalement lancé la serviette après une suite de malencontreuses expériences. « Les scieurs avec lesquels je traitais me livraient du bois de mauvaise qualité. J’ai également essayé de créer un réseau dans ma région, mais les scieries de mon coin n’étaient pas intéressées à se lancer dans le sciage et le séchage du cèdre. C’est un concours de circonstances qui m’a amené à changer d’essence et à opter pour le tremble, explique-t-il. »

Ce concours de circonstances, c’est la visite de Jacques Cartem, directeur de l’organisme Valoritremble, un regroupement de sept entreprises spécialisées dans la deu-xième transformation du tremble (voir notre numéro de décembre 2007). Ces entreprises exploitent huit usines localisées dans le Bas-St-Laurent et la Gaspésie. Il s’agit de Bois CFM, Damabois, Groupe N.B.G., Industries Massé et d’Amours, Multibois et les scieries St-Fabien et SerDam.

« Jacques Cartem est venu me parler de son organisme. J’étais plus ou moins intéressé au départ, mais c’est son approche et sa façon de faire qui m’ont convaincu d’essayer le tremble. Il faut ajouter que j’avais des problèmes d’approvisionnement de qualité alors j’ai décidé de changer de cap, ajoute M. Pelletier. »

Le tremble provient en totalité de la région du Témiscouata. Acheté et scié chez Groupe N.B.G. à Rivière-Bleue, il est séché chez Bégin et Bégin à Lots-Renversés. Le procédé de torréfaction est effectué par Deniso Lebel à Cacouna, puis le bois torréfié est raboté par Tremtech, une entreprise située à proximité d’Innovacèdre à Notre-Dame-du-Lac. « Je tenais à ce que toutes les opérations soient faites localement. C’est une valeur importante pour moi. Sans compter que cette façon d’agir est un atout important pour les crédits nécessaires à l’obtention d’une certification LEED. »

Humidité à 2.9 %
Le bois est torréfié dans un four de marque Perdure, le modèle PC6. « Il s’agit d’un des trois modèles que nous fa-briquons», de préciser Jonathan Lapointe, directeur du marketing et des ventes chez PCI Industries, un fabricant de l’arrondissement Jonquière à Ville Saguenay, qui utilise une technologie française brevetée (voir photo p. 4). « Un des avantages du bois torréfié, c’est que l’on peut utiliser des essences communes et domestiques telles que le tremble, et lui donner une valeur ajoutée, explique-t-il. »

Le processus de torréfaction comporte trois cycles : l’élimination de l’eau libre, qui consiste à éliminer l’eau contenue dans les canaux du bois; l’élimination de l’eau liée, contenue dans les cellules du bois; et le traitement. La charge de bois doit être disposée dans l’unité de traitement de façon à ce qu’il y ait un espace entre chaque rangée afin d’obtenir une bonne circulation d’air.

Pour le tremble séché, l’humidité est en moyenne de 7.9 %, alors que dans le tremble torréfié elle est abaissée à 2.9 %. Pour Paul Pelletier, nul doute que ses produits seront en demande chez les consommateurs. « L’achat local, la proximité des partenaires et l’économie de transport, ajoutés au processus de torréfaction, sont parfaitement en concordance avec les préoccupations environnementales. Cela va remplacer les bois traités avec des produits chimiques, lance-t-il. »   


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