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La révolution Taimi

Taimi a créé une révolution dans le domaine de l’hydraulique en faisant passer la durée de vie des raccords tournants de trois mois à plus de deux ans! Après avoir réalisé ses premières ventes locales en 2006, cette innovation a conquis plus d’une centaine de distributeurs et manufacturiers dans 21 pays.


25 juillet 2014
Par Guillaume Roy


Sujets
Sébastien Tremblay, directeur général, présente la famille de produits Taimi.

25 juillet 2014 – Les machines forestières effectuent constamment des mouvements complexes de torsions et requièrent de fortes pressions hydrauliques pour fonctionner. Les boyaux sont extrêmement sollicités et pendant longtemps, la meilleure solution pour réduire l’usure était les raccords tournants (swivels) à billes.

En lançant des raccords tournants sans bille, Taimi a carrément amené la technologie à un autre niveau en augmentant la durée de vie du produit tout en réduisant les fuites et ainsi les périodes d’arrêt. Selon Dave Prévost, propriétaire de Forestier Prétan, les raccords tournants de Taimi durent environ 10 fois plus longtemps que les raccords à billes.

De plus, le produit est plus fiable, soutient le propriétaire de l’entreprise JRBR, Gérald Lavoie, qui travaille dans le nord du Lac-Saint-Jean. « Avant, nos boyaux étaient toujours lousses et on devait attacher ça comme on pouvait. Avec les swivels Taimi, tout est plus stable. Ça ne cogne pas et ça ne bouge pas. En plus, on a beaucoup moins de fuites », dit-il. « Et si ça coule, ça prend seulement dix minutes pour changer le O-ring », explique Dave Prévost. Moins de fuites signifient moins de pertes de temps pour les forestiers.

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Selon Pierre Bouchard, gérant de pièces pour Wajax à St-Félicien, plus de 80 % des clients utilisent maintenant des « swivels » Taimi. Aujourd’hui, le produit a fait ses preuves et plusieurs grands manufacturiers de machines fo-
restières comme Ponsse, Komatsu, Southstar, John Deere, Tigercat et Gilbert conçoivent leurs machines en fonction des capacités que leur offrent les raccords tournants sans billes.

Un monde sépare toutefois l’innovation et la réussite commerciale. Parti de rien, Taimi a su convaincre un forestier à la fois, bâtissant sa réputation avec chaque nouvelle conquête, avant de se lancer à la conquête de la planète.

La naissance de Taimi
« Notre technologie vient corriger les faiblesses présentes dans les swivels à billes ordinaires », explique Michel Taillon, inventeur de la technologie, qui a longtemps été directeur de l’ingénierie chez un manufacturier de machines fo-restières, avant de lancer Taimi en 2006.

« À la place des billes, on retrouve une rondelle de friction en plastique qui tourne dans l’huile », détaille Sébastien Tremblay, directeur général de l’entreprise. De plus, la longue portée du manchon permet d’obtenir une grande surface de contact pour une distribution des charges optimale. Entre le manchon et l’écrou, on retrouve une mince rondelle cylindrique, fabriquée à partir d’un polymère autolubrifiant, qui permet de mieux absorber les chocs provenant des systèmes hydrauliques.

La première fois que Sébastien Tremblay a vu la « swivel », il savait que ce produit avait un avenir prometteur. Mais avec un produit plus cher que ce que faisait la compétition, aucun historique, aucun client prestigieux, Taimi devait convaincre l’industrie que ses produits en valaient l’investissement. « Pour convaincre les forestiers, on leur disait : “achètes-en un, mets-le à l’endroit où tu as le plus de problèmes et attends.” Même s’il le mettait au pire endroit, il durait beaucoup plus longtemps », souligne M. Tremblay.

Les distributeurs Wajax et Hydromec, situés à proximité de Taimi, basé à St-Prime au Lac-Saint-Jean, ont été les premiers à croire dans le produit. « Quand ils nous ont présenté le concept, on y a cru tout de suite. Le produit est si simple et efficace, que je me demande pourquoi personne n’y a pensé avant », mentionne Pierre Bouchard. « On se demande si le produit n’est pas trop bon, lance à la blague Jean Trottier d’Hydromec. Le produit marche si bien qu’on vend aujourd’hui cinq fois moins de “swivels” qu’avant. »

Dès le départ, il était clair que Taimi devait exporter pour en vivre. Rapidement, l’entreprise a obtenu des brevets dans plus de 34 pays, un investissement majeur pour une entreprise en démarrage alors que peu de ventes avaient encore été conclues!

En 2008, Taimi a réussi à convaincre Komatsu, un premier grand manufacturier d’équipement forestier, à utiliser ses produits. « Tout juste avant que le marché s’écroule, se souvient M. Tremblay. Même s’il n’y avait presque plus de ventes, on a décidé de se concentrer sur ce qu’on avait : un premier gros manufacturier qui nous fait confiance. Ça nous a donné beaucoup de crédibilité. »

Avec ce contrat en main, Taimi est allé chercher un autre gros contrat avec Gates, une énorme multinationale, qui n’offrait pas de raccords tournants à l’époque. Convaincu par l’équipe de Taimi qui soutenait « avoir les meilleurs swivels sur le marché », Gates a effectué des tests d’usures, qui ont débouché sur des résultats impressionnants. Les raccords tournants de Taimi résistaient à 6 fois plus de cycles d’utilisation que son plus proche rival et à 12 fois plus que le suivant!

Pendant, ce temps, Ponsse avait également commencé à réaliser ses propres tests. Après quatre ans de mise à l’épreuve, les « swivels » sans billes de Taimi sont maintenant utilisés sur toutes les nouvelles machines de Ponsse. La puissance de la nouvelle machine Scorpion, qui opère à des pressions de 4350 psi, est entre autres redevable aux produits de Taimi qui permettent de résister à des charges hydrauliques supérieures. Les machines sont ainsi plus fiables, moins polluantes et plus rapides!

« Il y a 15 ans, des swivels à billes fonctionnaient relativement bien avec des pressions de 2800 à 3000 psi, mais elles ne font pas le travail avec les machines d’aujourd’hui qui fonctionnent avec des pressions de 4000 à 5000 psi », explique Sébastien Tremblay.

Après des tests aussi rigoureux par des géants de l’industrie, ce dernier espère que « les nouveaux clients n’auront pas besoin d’autant de tests pour croire en nos produits ». Et pour l’instant, leur historique semble lui donner raison.

ALPA Equipment, basée à Balmoral au Nouveau-Brunswick, qui a lancé les machines forestières Landrich en 2010, n’a pas hésité à intégrer les produits Taimi dans la conception de ses machines. « Par expérience, on savait que c’était un produit fiable », souligne Brian Lavallée, directeur de production.

À l’autre extrémité du pays, en Colombie-Britannique, l’entreprise Southstar a fait le même choix lors du démarrage de l’entreprise en 2011. « Nous avons conçu nos têtes d’abattage avec les produits Taimi. Le design des blocs hydrauliques est parfait pour nos besoins. C’est un produit qui dure longtemps et c’est facile de remplacer les joints pour nos clients », mentionne Brad Matthews, un des cofondateurs de Southstar.

Pour une entreprise comme Gilbert, les raccords tournants de Taimi évitent plusieurs inconvénients. « Nous avons intégré le bloc hydraulique directement dans nos têtes d’abattage. Ça augmente la
fiabilité du circuit hydraulique et ça permet d’éliminer les fuites. C’est un produit révolutionnaire quand on le compare à ce qui se faisait avant », commente Daniel Paré, directeur de l’ingénierie.

L’innovation est un moteur de développement pour Taimi qui cherche constamment à trouver des façons d’améliorer la performance de la machi-nerie hydraulique. Après le raccord tournant initial, l’entreprise a lancé des blocs hydrauliques, une cartouche tournante insérée dans un bloc hydraulique, diffé-rentes dimensions de raccords et autres. La plus récente innovation, une « swivel » à 90 degrés 20 % plus compacte, sera mise en marché au cours de l’été 2014. « Il y avait une demande pour ce genre de produit pour aller sur les grappins et les dévidoirs de boyaux », explique M. Tremblay, qui souligne que Taimi est aussi en mesure de faire des produits sur mesure pour ses clients.

Aujourd’hui, Taimi exporte des raccords tournants dans 21 pays auprès d’une centaine de distributeurs et de manufacturiers. Près de 60 % de son chiffre d’affaires provient de l’exportation, alors que 15 % provient des ventes au Québec et 25 % du reste du Canada. Cette présence croissante à l’internationale a permis à l’entreprise de maintenir une croissance annuelle de plus de 20 % au cours des dernières années. Taimi vise encore plus haut et souhaite doubler son chiffre d’affaires d’ici trois ans, en s’imposant davantage sur le marché américain, entre autres choses.

« Notre travail est de plus en plus reconnu et on commence à nous demander conseil pour améliorer d’autres machines », ajoute ce dernier. Récemment, des chercheurs de l’université Cambridge, en Angleterre, qui travaillent sur un véhicule révolutionnaire ultra secret, a même fait appel à leur service pour régler leur problème hydraulique!

Spécialisé dans la machinerie fo-restière, Taimi souhaite conquérir d’autres marchés où l’on utilise plusieurs composantes hydrauliques. En 2009, l’entreprise a d’ailleurs réglé un problème majeur sur un tourne bille de l’usine de sciage de Résolu à Girarville. Six mois après l’installation de la machine, des fuites forçaient constamment des arrêts de productions, jusqu’à ce que des « swivels » Taimi furent installés. Les marchés pétrolier et minier sont aussi dans la mire des entrepreneurs de St-Prime.

Modèle d’affaire à l’européenne
Taimi a réussi à innover avec ses produits, mais aussi avec son modèle d’affaires peu commun en Amérique du Nord. Au lieu de tout produire, l’entreprise a plutôt constitué un consortium d’entreprise pour la fabrication des raccords tournants. Les 11 employés de Taimi s’occupent donc de la conception, de l’assemblage et de la vente, alors que la fabrication et le marquage au laser sont octroyés à des sous-traitants locaux.

« On ne voulait pas faire compétition à des entreprises du milieu qui avaient déjà une grande expertise dans le domaine. La collaboration nous semblait plus efficace pour renforcer le secteur au lieu de l’affaiblir. De plus, ça nous permet de partager les risques, ce qui nous permet d’être les premiers à pouvoir repartir en production après une crise », explique Sébastien Tremblay, directeur général de Taimi. L’entreprise s’approvisionne presque à 99 % de produits québécois. « Ça fait partie des valeurs de l’entreprise ».


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