Opérations Forestières

Nouvelles Nouvelles de l’industrie
La relance de l’industrie selon Luc Bouthillier

Le gouvernement québécois a profité du Rendez-vous national de la forêt québécoise, à la mi-novembre, pour annoncer l'injection de 430 M$ dans la relance de l'industrie forestière. La vision du professeur au Département des sciences du bois et de la forêt, Luc Bouthillier, sur ce secteur économique qui a perdu près de 40 000 emplois depuis 2006.


12 décembre 2013
Par Le Fil Pascale Guéricolas

De quelle façon l’industrie forestière s’est-elle restructurée en 7 ans?

L’avenir reste assez incertain. Lors du Rendez-vous, le gouvernement a annoncé des investissements notamment dans le secteur de la chimie verte qui permet à certaines centrales en Ontario et aux États-Unis, par exemple, de remplacer le pétrole par la lignine, un composant du bois. Dans la construction, on a redonné au bois ses lettres de noblesse. Avec des réalisations comme l’agrandissement du PEPS ou le stade TELUS-Université Laval, des entreprises comme Nordic Bois d’ingénierie partent à la conquête du marché des poutres en bois lamellé-collé. Ou encore, la construction d’une tour de 10 étages à Québec, avec du lamellé-croisé, annonce l’arrivée d’un nouveau matériau extrêmement stable. Il s’agit de preuves que le bois constitue un produit d’avenir. Cependant, l’avenir des pâtes et papier, et de ses 45 usines au Québec contre 63 il y a 5 ans, demeure plus inquiétant. Le papier journal reste le vaisseau amiral de ce secteur, alors que chacun sait qu’il n’est pas promis à un brillant avenir. Il existe de nouveaux produits intéressants, mais il va être difficile de passer du banc d’essai scientifique à la phase d’industrialisation, car des milliards de dollars sont nécessaires. Or, ni l’industrie ni le gouvernement, dont ce n’est d’ailleurs pas la tâche, n’ont ces fonds, et les institutions financières se montrent très, très prudentes. Il faut donc se tourner vers des firmes spécialisées dans le capital de risque, plus intéressées par le rendement à court terme que le développement d’une industrie sur 10 ans.

Certains syndiqués du secteur de la foresterie se plaignent d’une dégradation de leurs conditions de travail depuis que 25% de la ressource forestière du Québec est vendue aux enchères. Qu’en pensez-vous?

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Je crois qu’il s’agit avant tout d’un problème administratif. Les entreprises de transformation, comme Résolu ou White Birch, sous-contractent la récolte de la matière première à des entrepreneurs qui se sont qualifiés pour la vente aux enchères. Si, auparavant, les entreprises devaient payer leurs employés selon les conventions collectives, ce n’est plus le cas pour les droits de récolte acquis aux enchères. En fait, si un entrepreneur verse davantage de redevances à l’État avec les enchères, tout en vendant le bois au même prix à ses clients, il faut qu’il paye moins ses employés. Ce n’était pas le but du nouveau régime forestier, et le gouvernement a bien pris note de ce problème lors du Rendez-vous. Par ailleurs, j’ai l’impression qu’un autre de ses objectifs a aussi perdu de son importance. Au départ, Claude Béchard, lorsqu’il était ministre québécois des Ressources naturelles, voulait donner accès à la forêt publique à des entrepreneurs qui avaient des projets mais pas de bois. Dans le même temps, pourtant, certains propriétaires d’usine qui possédaient des droits de coupe gardaient leurs usines fermées. La vente aux enchères devait permettre d’attirer de nouveaux joueurs dans la transformation pour favoriser le renouvellement de l’industrie. Or, ce n’est pas tout à fait ça qui s’est produit…

Comment se porte la santé de la forêt au Québec après 150 ans de récolte forestière?

On n’a pas vu apparaître de désert… Par contre, la forêt a rajeuni, et les écosystèmes ont beaucoup changé, tout comme les habitats fauniques. Le nouveau régime forestier prévoit d’ailleurs que la foresterie s’inspire du fonctionnement inhérent aux écosystèmes. Mettre en œuvre cette bonne idée pose tout un défi. Des manuels de pratiques de sylviculture sur la forêt de feuillus et la forêt de résineux, éprouvés par de la bonne recherche, ont été publiés ces derniers mois. Les opérations de récolte, qui affectent 300 000 hectares de forêt par an, vont permettre d’améliorer ce type d’aménagement. La façon dont on se comportait en forêt en 1999, lorsque L’erreur boréale est sortie [le documentaire réalisé par Richard Desjardins], et ce qui se passe aujourd’hui 15 ans plus tard, c’est assez différent. La forêt est relativement en bonne santé. Par contre, il faut s’interroger sur ce qu’on fait avec notre vieille forêt au Nord, jamais exploitée, là où se trouvent les réserves de bois mûr, mais aussi les caribous forestiers, l’espèce emblématique de la diversité forestière qui déteste être dérangée.

Source : Le Fil