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La forêt : un organisme géant

Les arbres ne croissent pas en compétition, mais plutôt en collaboration les uns avec les autres.


22 février 2013
Par Mariève Paradis

Sujets
La professeure Annie DesRochers explique les résultats de ses recherches lors d’une visite sur le terrain.

En mai dernier, la professeure-chercheure de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), Annie DesRochers, recevait une nouvelle bourse du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CSRNG). Elle pourra continuer ses recherches sur les racines des arbres de la forêt boréale qui ébranlent les fondements mêmes de l’exploitation forestière telle qu’on la connaît.

La première étude s’est étalée sur presque dix ans. Les travaux d’Annie DesRochers, professeure à la Chaire en aménagement forestier durable à l’UQAT et Émilie Tarroux, alors doctorante en sciences de l’environnement à l’UQAT, ont mené vers des découvertes assez surprenantes. Les racines des arbres (principalement le pin gris) se greffent entre elles pour partager les ressources. Ce partage aide à la croissance de tout le peuplement comme un organisme géant. « Nous avons pu démontrer que couper un arbre n’aide pas son voisin à mieux pousser. Il devra soutenir et alimenter les racines des arbres coupés », explique la professeure dans son bureau du campus d’Amos, ajoutant que cette découverte explique en partie le rendement plutôt discutable de l’éclaircie commerciale.

Les deux femmes mentionnent d’ailleurs rapidement la collaboration de scierie Landrienne et Matériaux Blanchet en Abitibi dans leurs travaux. « Nous avons pu travailler sur leur CAAF. Ils nous ont aidées à trouver les sites les plus vieux pour trouver des arbres greffés », raconte Émilie Tarroux.

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Émilie Tarroux rajoute : « La souche peut rester vivante jusqu’à 10 ans après la coupe! J’ai pu l’observer en regardant les cercles de croissance et le système racinaire qui l’alimentait. » Selon cette découverte, pour obtenir une plus grande croissance des peuplements, il faudrait couper les petits arbres et garder les plus gros qui seront capables de subvenir aux besoins du système de racines. « Les arbres s’associent entre eux. Il ne faut pas les considérer comme des individus en compétition l’un contre l’autre », précise la professeure.

Cette étude a aussi démontré que les racines des arbres se greffent davantage entre elles dans les milieux stressés où il y a un manque d’eau ou de nourriture, de vents plus importants ou des périodes de froid après le dégel. Émilie Tarroux mentionne également que la greffe des racines est un phénomène commun chez d’autres espèces comme l’épinette noire, le pin rouge, le cèdre, le sapin, le peuplier baumier et le peuplier faux tremble. C’est en comparant des arbres où il y a eu greffes de racines et des arbres qui n’en avaient pas que le plus étonnant est arrivé. « Nous avons remarqué qu’il y avait une meilleure croissance chez les greffés que chez les non greffés. On ignorait que la greffe des racines avait un effet sur la croissance des arbres », explique fièrement Annie DesRochers. Même quand les arbres sont plus éloignés les uns des autres, comme dans le cas d’une plantation, des greffes ont été constatées. « C’est comme si c’était un besoin de l’arbre. C’est préjudiciable pour la croissance immédiate, mais c’est comme si les greffes garantissaient la survie de l’espèce », suppose la professeure.

La suite des recherches
Avec la subvention obtenue en mai dernier, Annie DesRochers souhaite poursuivre ses recherches sur les racines. « On ne connaît presque rien sur les racines des arbres. On souhaite connaître les effets à long terme des greffes sur les éclaircies et sur la résistance au chablis. Il y a beaucoup de phénomènes qui pourraient être expliqués par les racines », explique la professeure DesRochers.

Des résultats préliminaires d’une autre étude pourraient aussi avoir des conséquences importantes pour l’exploitation forestière. Cette étude démontrerait qu’il serait plus efficace d’élaguer toutes les petites tiges d’un diamètre de moins de six centimètres, peu importe la distance, plutôt que de débroussailler à tous les 2,5 mètres, peu importe le diamètre des tiges. Pour les deux femmes, ces recherches démontrent la fragilité de la forêt, mais permettent aussi de la voir d’une façon différente. C’est pourquoi l’envie de la comprendre en profondeur (par les racines) prend tout son sens.   


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