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Investir dans la relève entrepreneuriale

Avec des banques frileuses et le manque de relève en forêt, la Coopérative forestière de la Matapédia souhaite faciliter l’achat de machinerie forestière.


3 octobre 2013
Par Guillaume Roy


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Il y aura plus de 10 000 hectares d’éclaircies commerciales à faire d’ici quelques années au Bas-St-Laurent.

Dans un peuplement de sapin d’environ 75 ans en plein cœur de la vallée de la Matapédia, Steve Lemieux teste sa nouvelle machine Ponsse Fox dans une coupe totale. Depuis l’automne, Steve et son cousin, Jean-François, opèrent une toute nouvelle machine grâce à un nouveau mode de financement mis de l’avant par la Coopérative forestière de la Matapédia (CFM). « Étant donné que l’achat de nouvelles machines forestières est difficile à financer, on est allé chercher le financement au nom de la coopérative », explique Simon Roy, directeur des opérations de la CFM.

Avec la main-d’œuvre vieillissante, la CFM n’avait d’autre choix que de trouver des moyens de financer l’achat de machine pour favoriser la relève d’entrepreneurs forestiers. Pour se faire, la Coop a lancé un appel d’offres où les jeunes membres étaient invités à soumettre leur candidature dans le but d’obtenir du financement pour devenir propriétaire de leur propre machinerie forestière. « C’est quelque chose que j’avais toujours eu en tête, mais avec le contexte forestier, les banques sont fri-leuses quand vient le temps de prêter de l’argent pour de la machinerie forestière. Quand l’opportunité d’avoir du financement avec la coop s’est présentée, on a sauté sur l’occasion », remarque Steve Lemieux, 31 ans, qui est maintenant le plus jeune entrepreneur de la CFM.

Pour Steve et Jean-François Lemieux, ce financement a permis de lancer leur propre entreprise : les entreprises forestières Lemieux. « On est très satisfaits de notre investissement et on n’a aucun regret. C’est bon pour nous et c’est bon pour la coopérative, car il y a plusieurs entrepreneurs qui vont prendre leur retraite prochainement », souligne M. Lemieux. Simon Roy abonde dans le même sens. « Pour la CFM, c’est la première fois qu’on utilise ce modèle-là (la Coopérative des Hautes-Laurentides utilise également ce procédé). Les membres que l’on a sont presque tous des membres fondateurs, mais ils en ont plus de fait qu’ils ne leur en restent à faire. De notre côté, ça nous rassure, car les entrepreneurs s’engagent avec nous pour longtemps. Ça les aide que la coop ait facilité le financement. C’est bénéfique pour les deux ». Le prêt consenti par la coopérative devrait être complètement remboursé d’ici cinq ans, moment à partir duquel les entreprises forestières Lemieux deviendront complètement propriétaire de la Ponsse Fox.

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Simon Roy fait lui aussi partie de la relève de la coopérative. Âgé d’à peine 26 ans, ça fait trois ans qu’il travaille pour la coopérative et il est déjà le directeur des opérations. « Je suis allé étudier à Québec, et je suis content de revenir travailler dans mon domaine dans ma région », commente-t-il. Il faut dire que la coopérative a su lui faire une place de choix afin d’attirer un jeune ingénieur forestier dans ses rangs.

Éclaircie commerciale mécanisée
Après le passage de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, beaucoup de plantations ont été réalisées au Bas-St-Laurent dans les années 1980 et il sera prochainement le temps d’aller effectuer des éclaircies commerciales mécanisées. « On a un massif de jeunes forêts de 25 à 30 ans dans lequel on a investi et que l’on devra traiter au cours des prochaines années », estime Simon Roy. Dès cette année, il y aura environ 3000 hectares de forêt à traiter, puis 5000 en 2014 et plus de 10 000 hectares par année de 2016 à 2018, explique Laurent Gagné, biologiste pour la Conférence régionale des élues (CRÉ) du Bas-Saint-Laurent. « Les superficies à traiter se stabilisent vers 2020 alors qu’il y aura environ 5000 hec-tares par an à éclaircir », dit-il. Un phénomène si important au Bas-St-Laurent, que la CRÉ organise le colloque « L’éclaircie commerciale : un outil de développement économique et d’aménagement forestier durable », le 4 septembre prochain à St-Blandine.

À terme, dix à douze machines spécialisées pour faire des éclaircies commerciales pourraient être nécessaires pour effectuer les travaux. « On a tellement de plantation à traiter qui s’en vient, et ça ne se fait presque plus manuellement, car c’est moins rentable. Il faut trouver une manière de faire un travail mécanisé », croit M. Roy. La Coop, qui recherchait tout de même une machine polyvalente en mesure de faire de la coupe totale, désirait donc qu’un de ses entrepreneurs membres fasse l’acquisition de la machine Ponsse Fox. Une « petite machine » de 560 000 $ pour la multifonctionnelle seulement, pour un investissement total d’environ 1 M$ avec toutes les options et accessoires.

Productive, polyvalente et efficace
Malgré sa forme étroite qui lui permet de se faufiler dans les éclaircies commerciales, la Ponsse Fox, qui est munie de huit roues, est terriblement stable et permet d’accéder aux terrains les plus difficiles. C’est une machine polyvalente qui allie confort et stabilité, soutient Jean Trottier, représentant d’Hydromec, un des distributeurs de la marque Ponsse au Québec. « C’est une machine très productive et très rapide. C’est impressionnant de voir son efficacité pour un moteur de quatre cylindres qui développent 197 hp. En plus, elle permet de faire des économies de carburant, car elle consomme seulement 10 l/h dans l’éclaircie commerciale et environ 16 l/h pour la coupe totale », explique-t-il.

Pour Steve Lemieux, la Ponsse Fox est avant tout une machine vite et rentable. « Elle consomme presque juste des vapeurs de fuel », dit-il en riant. En fait, la consommation combinée du Ponsse Fox et du porteur Tigercat 1014, qui travaillent ensemble en forêt, est plus faible que la consommation d’une grosse abatteuse multifonctionnelle. Sa stabilité est également un atout important. « Même quand on va chercher des arbres de chaque côté au bout du bôme, ça ne bouge pas », ajoute M. Lemieux. Finalement, la versati-lité de la machine fait en sorte qu’elle peut opérer en coupe totale et pour faire des éclaircies, ce qui maximise son utilisation.

Pour les premiers secteurs de coupe, les arbres avaient été martelés, mais « on souhaite rendre l’entrepreneur plus autonome, pour que ce soit lui-même qui fasse la sélection des tiges », explique M. Roy. À terme, la machine devrait être en mesure d’éclaircir un hectare de forêt par chiffre de dix heures de travail, en moyenne. « On veut donner de l’ouvrage à temps plein dans l’éclaircie commercial pour cette machine-là et s’il y a de la place pour d’autres, tant mieux », dit M. Roy.

Cette année, les éclaircies commerciales ont commencé au mois d’août, car l’entreprise Cedrico, qui alloue le contrat, estime que les blessures faites aux arbres sont moindres lorsqu’il y a moins de montées de sève dans les arbres, soit plus tard en saison. « La rentabilité de la machine est équivalente en coupe totale et en éclaircie, mais le travail dans les éclaircies commerciales est moins dur sur la machinerie et on consomme moins de carburant », commente Steve Lemieux.

Dans les peuplements matapédiens, la CFM récolte sapins, épinettes, pins gris, mélèzes, bouleaux de sciage et de pâte, peupliers de sciage et de pâte, bouleaux jaunes, érables et cèdre, pour un total annuel avoisinant 240 000 m3. Ces neuf essences qui trouvent des débouchés dans plus de dix produits différents, car l’industrie est très intégrée au Bas-St-Laurent. À chaque produit, son usine. Pour les entrepreneurs, ça signifie une gestion rigoureuse des différentes piles de produits pour optimiser les opérations.

Fondée en 1994, la Coopérative forestière de la Matapédia est une coopérative de travailleurs qui regroupe 75 membres actifs pour réaliser des opérations forestières et pour opérer l’usine de bois de palette Bois CFM (faites à base de peuplier) Elle est, entre autres, très active pour la mise en valeur de la biomasse forestière. En forêt, la machinerie utilisée appartient aux membres. Pour les propriétaires de machinerie, la Coop signe deux contrats distincts, soit un pour la location de la machine (exclusif aux membres) et un autre en tant que travailleur, au même titre que tous les autres membres.


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