Opérations Forestières

En vedette Nouvelles Nouvelles de l’industrie Bioénergie Biomasse
Industrialiser le biocharbon pour stocker plus de carbone

Airex Énergie et le Groupe Suez souhaitent construire plusieurs dizaines d’usines de biocharbon partout dans le monde pour lutter contre les changements climatiques.


14 octobre 2021
Par Guillaume Roy


Sujets
L’usine de démonstration d’Airex Énergy à Bécancour a une capacité de production de 15 000 tonnes de granules torréfiées par année. Crédit AirEX Energy

Grâce au partenariat entre le Groupe SUEZ et Airex Énergie, une première usine commerciale de production de biocharbon sera construite au Québec ou en France en 2022 pour produire 100 000 tonnes par an. 

Alors qu’Airex Énergie possède déjà une usine de démonstration de production de biocharbon en granules à Bécancour, ce partenariat permettra de favoriser l’essor de ce produit en émergence, estime Sylvain Bertrand, directeur général d’Airex Energy. « Le Groupe Suez est une entreprise collecte des résidus organiques qui travaille en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, dit-il. Ensemble nous voulons valoriser ces résidus-là et développer la production industrielle du biocharbon. »

D’une part, Airex Energy fournit la technologie CarbonFX et le Groupe Suez, qui fait la collecte de résidus organique donne accès au marché mondial, tout en développant le marché du carbone volontaire avec la production de biochar.  

Advertisement

Selon Sylvain Bertrand, c’est la technologie CarbonFX, unique au monde, qui a charmé le Groupe SUEZ. « La production de biocharbon est très artisanale actuellement, dit-il, et peu d’usines arrivent à en produire de façon continue dans le monde. Avec l’expertise développée à Bécancour, on arrive avec un procédé éprouvé. »

« Grâce à ce nouveau partenariat avec Airex Énergie, nous proposerons à nos clients d’accéder à des crédits carbone de qualité, tout en aidant le secteur agricole à renforcer la résilience des sols et la sécurité alimentaire, souligne pour sa part Diane Galbe, directrice générale adjointe du Groupe SUEZ. Les propriétés du biochar, en matière de captation du carbone, mais aussi de fertilisation des sols agricoles ou encore d’optimisation de l’apport en eau aux cultures, en font l’une des solutions de séquestration du CO2 les plus demandées du marché. »

À l’heure actuelle, la presque totalité de la production de l’usine de démonstration de Bécancour est dédiée à la production de granules de biocharbon pour un client américain qui l’utilise à des fins énergétiques, comme combustible. 

Mais c’est plutôt le secteur agricole qui laisse présager la plus forte croissance pour l’entreprise au cours des prochaines années, estime M. Bertrand. « On doit augmenter la capacité de production pour développer le secteur pour l’amendement des sols », note Sylvain Bertrand.  

Biochar et agriculture
Le biochar est un charbon produit avec une source végétale, comme les résidus de bois, qui ajoute de la matière organique et qui permet de mieux retenir l’eau dans le sol. « Le biochar améliore la porosité du sol et il peut absorber plusieurs fois son poids en eau», explique Régis Pilote, chercheur chez Agrinova, un centre de recherche et d’innovation en agriculture. 

,Selon Sylvain Bertrand, le biochar est déjà en demande sur les marchés mondiaux et il y a une vague d’intérêt pour sa commercialisation. Étant donné que le biocharbon permet de séquestrer du carbone à long terme dans le sol, la production de crédits carbone sur le marché volontaire laisse également présager de bonnes opportunités d’affaires. « Plusieurs grandes entreprises dans le monde des technologies comme Microsoft, Apple ou Shopify visent la carboneutralité en misant sur des projets qui enlèvent physiquement du carbone de l’atmosphère, dit-il. Avec le biochar, il est possible de séquestrer près de 70% du carbone pour plusieurs centaines d’années. » Pour l’instant, ce sont les cultures spécialisées à haute valeur ajoutée, par exemple la culture en serre, qui sont visées.  

Davantage de recherches sont nécessaires pour développer les recettes de biochar idéales pour différents types de sol, mais le potentiel de développement est énorme, note Sylvain Bertrand. « Dans un monde idéal, on aura plusieurs dizaines d’usines en opération partout dans le monde dans 10 ans, dit-il. On sera en mesure de séquestrer de grosses quantités de carbone tout en améliorant la fertilité des sols. » La technologie sera ainsi déployée aux endroits ou le biochar est déjà en demande, notamment en Californie, en France ou en Italie. 

Airex Energy met de la pression pour que la première usine, d’une capacité d’environ 100 000 tonnes, par année soit construite au Québec, possiblement sur la Côte-Nord, en Mauricie ou dans Beauce-Appalaches. « On cible des endroits ou on peut assurer l’approvisionnement en travaillant avec une scierie située près des grands axes routiers et près du fleuve Saint-Laurent, pour limiter les coûts de transport et pour faciliter l’exportation », explique Sylvain Bertrand.