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Foresterie communautaire: un modèle informel


7 juin 2021
Par Guillaume Roy

C’est en proposant une gestion différente des forêts à proximité des municipalités dans les années 1990 que des corporations locales de la MRC de Maria-Chapdelaine ont créé un nouveau modèle de foresterie communautaire. L’an dernier, ce modèle d’économie sociale, qui est un moteur de développement pour les petites municipalités, a permis d’investir 418 113 $ dans 50 projets communautaires dans le nord du Lac-Saint-Jean.

À une dizaine de kilomètres au nord de Saint-Edmond-Les-Plaines, une abatteuse est à l’œuvre dans un secteur ravagé par la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

« On fait la récolte dans le cadre d’un plan spécial du ministère, mais au lieu de faire un seul grand parterre de coupe, on fait plutôt de la récolte par mosaïque, explique Michel Bouchard, directeur général de l’Agence de gestion intégrée des ressources (AGIR). Ça nous permet de mieux répartir les coupes dans le temps et dans l’espace, de modérer l’intensité de récolte, en laissant de la forêt résiduelle, ce qui améliore le paysage. »

L’idée de gérer la forêt différemment est née dans les années 1990, quand le Centre local de développement (CLD) Maria-Chapdelaine avait lancé des consultations pour revitaliser les communautés, souligne Marc Laprise, un citoyen de Saint-Stanislas. « On a proposé de créer des corporations locales pour dégager davantage de revenus avec les forêts municipalisées et pour éviter qu’on se retrouve avec un jardin de souches au bout du rang », note l’homme qui a fait partie des initiateurs du concept.

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Une forêt récoltée par AGIR il y a moins de 10 ans jouxte la parcelle récoltée cette année.

Des corporations ont alors été créées dans huit municipalités forestières et ces dernières ont entamé des pourparlers avec les industriels forestiers de l’époque, dont Produits forestiers Alliance. « On leur a proposé un partenariat gagnant-gagnant pour la gestion de la forêt habitée, note Marc Laprise. Pour eux, c’était une opportunité pour éviter les conflits avec les citoyens et nous, ça nous permettait de créer de la richesse localement pour investir dans des projets communautaires. »

Au départ, les corporations locales ont obtenu des volumes « historiques », qui ont été renouvelés d’année en année, d’environ 83 000 mètres cubes, en négociant des ententes de gré à gré avec les industriels.

Des billes récoltées dans les forêts à 10 km de Saint-Edmond-les-Plaines.

En 2000, les huit corporations locales ont décidé d’unir leurs efforts pour développer l’expertise locale et opérationnelle en créant l’Agence de gestion intégrée des ressources (AGIR).

Une entente bonifiée

Au fil du temps, l’entente informelle avec l’industrie s’est poursuivie et elle a même été bonifiée, si bien qu’AGIR, qui agit comme entrepreneur général forestier sur les chantiers, récolte désormais plus de 190 000 mètres cubes par année. L’an dernier, AGIR a réalisé des contrats pour Produits forestiers Résolu, Remabec et Norbord. Selon Michel Bouchard, l’ouverture des fonctionnaires à Québec a aussi facilité la mise en place de ce modèle de foresterie communautaire unique au Québec.

Selon Michel Bouchard, le modèle de foresterie communautaire permet d’obtenir une plus grande acceptabilité sociale.

Étant donné que les forêts sont récoltées et aménagées en fonction des besoins du milieu et des différents utilisateurs, l’acceptabilité sociale est beaucoup plus grande, estime ce dernier.

Au final, la possibilité forestière est récoltée et le bois est livré à l’usine, mais les retombées dans les communautés sont beaucoup plus grandes. Bon an, mal an, plus de 200 000 $ sont investis dans les projets communautaires.

Les arbres morts sur pied seront probablement récoltés pour l’usine de cogénération prochainement.

Par exemple, 70 000 $ ont été investis dans le projet de centre d’escalade et le restaurant à Saint-Stanislas. Les revenus forestiers ont aussi servi à financer des programmes d’aide alimentaire, des projets d’embellissement, le centre de jeu GÉANT à Normandin, la bibliothèque à Sainte-Élizabeth-de-Proulx, la réouverture de la Maison du père Noël à Girardville, l’épicerie du village à Notre-Dame-de-Lorette, le parcours d’hébertisme à Saint-Edmond-les-Plaines et la patinoire à Saint-Augustin, pour nommer quelques exemples.

En 2019-2020, AGIR a généré des revenus records, permettant d’investir 418 133 $ dans les communautés. Chaque corporation a alors reçu entre 16 000 et 107 000 $, un montant énorme pour des petites municipalités, dont certaines comptent à peine quelques centaines d’habitants, souligne Marc Laprise, qui est le président d’AGIR depuis 2008.

Les parcelles de récolte près des villages sont plus petites que celles plus au nord.

Plus de 25 ans après sa mise en place, le modèle développé par les corporations, qui a été soutenu par le milieu, est devenu une source de fierté.

« Les gens voient souvent le côté négatif de la foresterie, qui n’a pas toujours bonne presse. Pour nous, la forêt est une ressource qui peut être bien aménagée, de manière durable, tout en étant une bonne source de revenus », conclut Marc Laprise.

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Les communautés au centre de la foresterie de l’avenir

Alors que Québec étudie un premier projet pilote formel de forêt de proximité dans la MRC d’Abitibi-Ouest, la Colombie-Britannique a déposé, cette semaine, une politique de modernisation du régime forestier qui donnera encore plus de pouvoir aux communautés forestières dans la gestion des forêts.

« La Colombie-Britannique a 10 ans d’avance sur le Québec en ce qui a trait à la foresterie communautaire », note Luc Bouthillier, professeur spécialisé en économie forestière à l’Université Laval.

Le Québec doit aller dans le même sens, estime-t-il. « Il faut oser, parce que l’avenir est là, dans la foresterie communautaire, car elle permet une prise de conscience à l’échelle des communautés et c’est un modèle plus efficace qui peut régler un paquet de problèmes. »

En somme, la foresterie doit bénéficier à toute la population et la gestion forestière doit être adaptée selon les besoins locaux. D’autant plus que les changements climatiques auront un impact grandissant, au cours des prochaines décennies.

« Les communautés locales sont les mieux placées pour voir les changements et implanter des modalités de changements », ajoute le professeur, qui croit que Québec devra faire preuve d’humilité en déléguant davantage de pouvoir aux régions forestières.

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Les communautés au centre de la foresterie de l’avenir

Alors que Québec étudie un premier projet pilote formel de forêt de proximité dans la MRC d’Abitibi-Ouest, la Colombie-Britannique a déposé, cette semaine, une politique de modernisation du régime forestier qui donnera encore plus de pouvoir aux communautés forestières dans la gestion des forêts.

« La Colombie-Britannique a 10 ans d’avance sur le Québec en ce qui a trait à la foresterie communautaire », note Luc Bouthillier, professeur spécialisé en économie forestière à l’Université Laval.

Le Québec doit aller dans le même sens, estime-t-il. « Il faut oser, parce que l’avenir est là, dans la foresterie communautaire, car elle permet une prise de conscience à l’échelle des communautés et c’est un modèle plus efficace qui peut régler un paquet de problèmes. »

En somme, la foresterie doit bénéficier à toute la population et la gestion forestière doit être adaptée selon les besoins locaux. D’autant plus que les changements climatiques auront un impact grandissant, au cours des prochaines décennies.

« Les communautés locales sont les mieux placées pour voir les changements et implanter des modalités de changements », ajoute le professeur, qui croit que Québec devra faire preuve d’humilité en déléguant davantage de pouvoir aux régions forestières. Guillaume Roy, journaliste de l’Initiative de journalisme local