Opérations Forestières

Nouvelles de l’industrie
ÉDITORIAL: Pleine valeur

Pour bien vivre de la forêt, l’industrie est condamnée à valoriser pleinement la fibre, le tout, le plus efficacement possible.


4 février 2016
Par Guillaume Roy

La fibre coute cher et la possibilité forestière limite la quantité de bois disponible. De plus, l’équilibre économique est fragile pour toutes les entreprises du secteur forestier. Perdre un bon client qui achète un sous-produit, comme les copeaux, peut déséquilibre toute la chaine de valeur et mettre en péril la rentabilité économique d’une entreprise. Le manque de débouchés pour le bois feuillu, peut aussi être un énorme boulet pour les entreprises forestières et même pour  toute une région.

Dans les années 1970, les habitants de Sacré-Cœur, un petit village situé près de Tadoussac sur les rives du fjord du Saguenay, ont cherché à transformer localement la matière première. Après trois tentatives qui ont échoué, c’est un regroupement d’investisseurs et de travailleurs (sous forme de coopérative) qui ont réussi à rendre l’usine de sciage viable. C’est ainsi que Boisaco est né en 1985.

Mais rapidement, les gestionnaires de Boisaco, comme Guy Deschênes, président fondateur de l’entreprise, se sont rendu compte de leur état de dépendance envers les acheteurs de sous-produits. L’idée a alors germé de trouver des partenaires pour bâtir une autre usine qui mettrait en valeur les sous-produits de l’usine de sciage. Après plusieurs années et de multiples embuches, l’usine de fabrication de panneaux de portes Sacopan voyait le jour en 1999. Après un départ difficile, Masonite est devenu actionnaire de Sacopan en 2002, assu-
rant ainsi l’avenir de l’usine en ouvrant des marchés pour la vente des panneaux.

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Quelques années plus tard, une autre usine, Ripco, a été construite pour faire de la litère équestre avec des sciures et des planures. Puis en 2009, c’est l’usine Granulco, qui fabrique des granules de bois, qui s’ajoutait sur le site du complexe industriel de Boisaco. En 30 ans, Boisaco a ainsi construit un complexe intégré de mise en valeur de la fibre de bois (p.12).

Grâce à la vision des gestionnaires de Boisaco, la communauté forestière de Sacré-Cœur est loin d’être en déclin. Elle est même à son apogée. Malgré la crise, la diversification des activités du groupe a permis à l’entreprise d’être rentable, malgré les temps difficiles. Aujourd’hui, les entreprises sur le site transforment toutes les sciures et les planures, 30% des copeaux et 70% des écorces. D’autres projets, comme une usine de cogénération pourrait s’ajouter pour que tous les produits soient transformés sur place. Ce qui laisse croire qu’un avenir forestier prometteur pour ce petit village de 2000 âmes.

Pour se développer pleinement, de plus en plus communautés cherchent à valoriser pleinement la fibre de bois. Depuis plusieurs années, on entend donc parler de « centre de valorisation de la fibre », un concept mis de l’avant par le Centre de recherche industrielle du Québec.

Ce concept est sur présentement sur les planches à Val-d’Or, en Abitibi. En 2012, la fermeture de la scierie Norbord a non seulement privé d’emploi plus d’une centaine de travailleurs, mais elle a engendré une hausse des coûts de production pour la scierie Eacom, qui n’avait alors plus de preneur pour le feuillu. Tout un casse-tête pour la planification de la récolte, ce qui engendre des coûts inutiles.

Pour remédier à la situation, la Corporation de développement industriel de la région (p.24) à réussi à convaincre des partenaires industriels à se lancer dans un projet de parc forestier intégré , où un approvisionnement en bois serait séparé selon les essences et la qualité. Ce concept, qui rappelle le fonctionnement du site Vallières à La Tuque (Un site pour se partager la ressource, publié en septembre 2014), pourrait créer des synergies pour revigorer l’industrie forestière en Abitibi. Ne reste qu’à savoir si le gouvernement voudra octroyer les 320 000 mètres cubes demandés pour le projet.

On dit souvent que la nécessité est la mère de toutes les inventions. Au final, c’est la fermeture d’une scierie qui aura été la bougie d’allumage pour la création du parc forestier intégré. À Sacré-Cœur, c’est l’isolement qui avait incité les gestionnaires à innover en créant davantage de valeur localement.

Si la formule s’applique à Sacré-Cœur et à Val-d’Or, elle peut forcément s’appliquer à plusieurs endroits au Québec.