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Éditorial: Le temps d’investir

Le dernier budget du gouvernement du Québec envoie un message clair à l’industrie : c’est le temps d’investir


5 août 2016
Par Guillaume Roy

Rencontré lors du Congrès de Montréal sur le bois, André Tremblay, le président directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec était tout sourire. « On a dénoncé depuis longtemps l’augmentation coût de la fibre avec le nouveau régime forestier. Je pense qu’avec sa cellule d’intervention le gouvernement nous a compris », s’est-il réjoui quelques jours après l’annonce du budget.

Pour la première fois, le gouvernement a développé une plateforme spécifique d’investissement pour l’industrie forestière. Ce budget comprenait entre autres des mesures pour mieux répartir les couts de construction et d’entretien des chemins forestiers et une plus grande prise en charge des couts de lutte contre les insectes et les incendies par le gouvernement. Le gouvernement met aussi à la disposition des industriels les inventaires LIDAR pour l’ensemble du territoire, améliorant ainsi la précision de la planification forestière. Finalement, le gouvernement investit 22 M$ sur 5 ans pour l’innovation. Au total, ce sont plus de 230 M$ investis dans le secteur forestier.

C’est toutefois une mesure qui s’applique à tous les secteurs industriels qui est la plus importante selon André Tremblay, soit la réduction des tarifs hydroélectriques. « On donne une chance à l’industrie papetière et pour les panneaux, d’avoir des outils qui vont favoriser l’investissement. Il y a là un message clair que le gouvernement veut supporter la transformation de l’industrie », note ce dernier.

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Les sommes sont en effet très importantes, car les industriels peuvent bénéficier du tarif L moins 20%, jusqu’à concurrence de 50% de l’investissement total. Il faut dire que le secteur des pâtes et papiers et des panneaux consomment pour 600 M$ d’électricité annuellement. Il existe donc un potentiel pour aller chercher 120 M$ au gouvernement pour les quatre prochaines années, remarque André Tremblay. C’est ce qu’on appelle une solide bougie d’allumage. « Si tu ne pars pas ton skidoo avec ça, tu ne le partiras jamais », image le PDG qui estime que le gouvernement envoie un bon signal à l’industrie. Plusieurs usines de sciages ne profiteront pas directement de ce programme, mais ils en bénéficieront indirectement en assurant le marché pour la vente de copeaux. Qui sait, les investissements pourraient peut-être faire remonter les prix qui ont chuté au cours des dernières années.

C’est au Congrès de Montréal sur le bois que Laurent Lessard, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, a aussi fait l’annonce du Forum Innovation Bois. Lorsque questionné sur la vision qu’accorde le gouvernement à l’industrie forestière, ce dernier a admis que la forêt fait partie de ses priorités. Si la création d’un ministère sur la forêt indiquait déjà les visées du gouvernement, la faune et les parcs ne sont pas en reste.

« On ne peut pas aller seulement en forêt pour faire de la récolte forestière. Il faut faire de l’harmonisation des usages », note Laurent Lessard. Quelques semaines après le Congrès de Montréal, le ministre faisait d’ailleurs l’annonce d’un nouveau plan d’action pour protéger le caribou forestier. Dans ce plan, le ministre a entre autres fait l’annonce du maintien de 90% des forêts intactes et de la création d’aires protégées dans la vallée de la Broadback et dans les montagnes Blanches.

Si ces nouvelles ne tendent pas à réjouir les industriels forestiers, la protection de l’environnement et des espèces en danger demeure un outil primordial favorisant l’acceptabilité sociale pour l’exploitation du bois, une ressource écologique.

Pour compenser les pertes de possibilité forestière, Laurent Lessard a aussi annoncé l’établissement d’une nouvelle limite nordique et la fusion d’unités d’aménagement forestières. En y ajoutant une future stratégie d’aménagement intensif de la forêt, le Québec pourrait être en mesure de maintenir la production de bois au niveau actuel, voire même l’augmenter, tout en maintenant son rôle de leader en termes de protection de l’environnement. Tout le monde y serait gagnant.