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ÉDITORIAL – La biomasse : une filière d’avenir?

L’industrie forestière peut-elle espérer se relever de ses pires années avec l’intégration de la filière biomasse?


26 février 2013
Par Mariève Paradis

Sujets

La volonté politique y est avec le Plan d’action de la valorisation de la biomasse forestière résiduelle adopté en 2009 par le ministère des Ressources Naturelles et de la Faune du Québec (MRNF). Le Bureau de l’innovation et de l’efficacité énergétique (BIEE) ainsi qu’Hydro-Québec croient aussi en la possibilité de fabriquer de l’énergie à partir des produits forestiers non valorisés dans l’industrie forestière traditionnelle.

Or, il reste bien des défis, notamment économiques et politiques, avant l’arrivée d’une filière industrielle solide de biomasse forestière résiduelle au Québec.

Greenpeace publiait à l’automne 2011 un rapport intitulé « De biomasse à… biomascarade ». Ce rapport stipule que l’utilisation de biomasse forestière pour produire de l’énergie se révèle plus dommageable pour l’environnement et les populations que l’utilisation de centrales au charbon. Ce même rapport accuse les gouvernements fédéral et provincial de se lancer dans la production d’une énergie dite verte, mais qui est, selon leurs recherches, plus polluante que les énergies fossiles. Greenpeace ajoute que la production d’énergie à partir des déchets de l’industrie forestière compromet la biodiversité des forêts puisque ces déchets restent essentiels à la croissance des forêts. On y mentionne également que la demande en « déchets » ligneux dépassera largement ce que l’industrie forestière rejette. Selon Greenpeace, la filière de biomasse forestière résiduelle ne pourra pas fournir à la demande d’énergie croissante et des forêts entières devront ainsi être coupées pour produire de l’énergie.

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Pourtant, la possibilité de biomasse forestière résiduelle reste à peine exploitée au Québec. Les coûts de transport, de broyage et de séchage des bois issus de travaux sylvicoles rebutent plusieurs entrepreneurs à valoriser ces rejets. Même les industriels – petits et gros – préfèrent parfois laisser les souches et les écorces pourrir dans un coin de leur cour plutôt que de payer à fort prix leur déplacement. Par contre, si la demande en biomasse forestière résiduelle augmentait, il y aurait ainsi un attrait pour de nombreux entrepreneurs à la valoriser plutôt que d’en disposer.

De plus, un rapport du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), réalisé pour le compte de Recyc-Québec en février 2011, mentionne qu’il « est nettement plus intéressant de brûler le bois pour en retirer de l’énergie qui y est contenue et ainsi ne pas contribuer au réchauffement climatique » en enfouissant le bois résiduel provenant des déchets de construction ou de l’industrie forestière. Selon ce rapport, le CO2 émis lors de la combustion du bois est compensé par une quantité semblable de CO2 absorbé par les arbres en forêt, par le processus de photosynthèse.

Un autre défi sera de convaincre la population de la pertinence de la biomasse forestière résiduelle dans le paysage énergétique du Québec. Depuis des décennies, le Québec et le Canada, comme plusieurs pays dans le monde, tentent de réduire la dépendance aux énergies fossiles. On souhaite les remplacer par des énergies renouvelables comme l’hydroélectricité, l’éolien, le géothermique et le solaire. Or, chacune de ces énergies possède également des revers.

L’hydroélectricité inonde des régions entières, les turbines des éoliennes mènent un bruit d’enfer pour les populations à proximité et gâchent le paysage selon certains, le géothermique accentue substantiellement les coûts de construction et le solaire… je n’ai pas besoin de vous dire qu’au Québec, le soleil n’est pas notre plus grande ressource!

Il faudra tout de même continuer à chauffer nos maisons par temps froid – soit au moins huit mois par année! Ne dépendre que d’un seul approvisionnement énergétique peut engendrer des catastrophes. Le mieux est donc de développer de nouvelles sources d’énergie en étant prudent de les développer de façon res-ponsable. Et la biomasse forestière résiduelle y possède sa place.


Mariève Paradis
Rédactrice en chef
mparadis@annexweb.com