Opérations Forestières

Nouvelles de l’industrie
Éditorial: Créer plus de richesse en forê

Et si on lançait un énorme chantier de création de valeur en forêt pour réduire notre dépendance aux combustibles fossiles ?


19 septembre 2018
Par Guillaume Roy

En août dernier, j’ai eu la chance d’aller faire une tournée de reportage sur le terrain en Finlande, un pays où le bois est davantage valorisé qu’au Québec. Il n’est pas question de se sous-estimer en tant que société, mais alors que le Québec faisait le choix de développer de grands chantiers d’hydroélectricité à la Baie-James, la Finlande misait sur le développement des forêts et de la mise en valeur de ses sous-produits, notamment la biomasse.

C’est ainsi, que dès les années 1960, plusieurs villes et villages ont investi dans des réseaux de chaleur urbains. Par exemple, à Jyväskylä, une ville de 130 000 habitants, on retrouve aujourd’hui un réseau de chaleur de près de 500 km qui alimente les résidences privées, les commerces et les industries. Les clients ont le choix de leur source d’énergie, mais la chaleur produite avec la biomasse est offerte à coup compétitif. Résultat : la biomasse est mise en valeur massivement et on récolte systématiquement les branches et houppiers, même lors de la récolte en bois court, quand site de récolte se trouvent dans un rayon de 100 km d’une usine de transformation.

Le choix de la biomasse datant de plusieurs décennies, les infrastructures sont en place pour chauffer avec un tel système. Les rejets thermiques sortant des maisons et commerces sont même redirigés sous les routes du centre-ville pour les chauffer et faire fondre la neige en hiver (quelle bonne idée !).

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Au Québec on retrouve certes trois usines de cogénération qui produisent 87 MW au total, mais la majorité de la chaleur produite n’est pas valorisée à sa juste valeur. Comme le prétendent les maires de Chapais, de Saint-Félicien et de Senneterre (en p.42), la biomasse est bonne pour notre économie, mais il faudrait la valoriser davantage. Avec toute la biomasse que l’on trouve sur le territoire, il n’y a aucune raison d’utiliser encore du mazout lourd dans l’industrie. De plus, le choix de la biomasse est un choix beaucoup plus écologique que le gaz naturel, mais encore faut-il des réseaux de distribution bien rôdés pour récolter et livrer les quantités nécessaires au bon fonctionnement des chaudières 365 jours par année.

En Finlande, une loi fait d’ailleurs la promotion d’une foresterie mettant en valeur le bois sur le plan économique, écologique et social, détaillant la marche à suivre pour le débroussaillage et pour les éclaircies commerciales. Ce n’est donc pas surprenant de voir des forêts bien aménagées partout sur le territoire.

Le besoin de créer de la valeur en forêt a aussi pris de l’importance après la 2e Guerre mondiale, lorsque la Finlande, qui avait appuyé les Allemands, a dû payer une rançon à l’Union soviétique. Avec un pays partiellement détruit, les ouvriers sont partis en forêt pour récolter les arbres, rebâtir le pays et nourrir leur famille.

L’un deux s’appelait Einari Vidgren. Après avoir travaillé ardemment pendant plusieurs années, il a pu embaucher des travailleurs et lancer des chantiers de récolte en forêt. Déçu par la qualité des machines forestières disponibles à l’époque, il décide de construire ses propres machines avec les maigres profits qu’il pouvait cumuler. Après neuf mois de dur labeur, sa première machine sortait du garage. C’est ainsi que Ponsse a vu le jour. Près de 50 ans plus tard, l’entreprise finlandaise continue d’innover (p.10).

Au cours des prochains numéros, on vous donnera plus d’informations sur les initiatives finlandaises inspirantes, dont une coopérative de producteurs forestiers qui ont investi 1,2 milliard d’euros (1,8 M$ Can) dans une nouvelle usine de bioproduits !