Opérations Forestières

Nouvelles de l’industrie
Éditorial: Aucun arbre n’a été coupé pour publier ce magazine

Au Québec, on ne coupe pas des arbres pour faire du papier. On le produit plutôt avec des résidus des usines de sciage.


12 avril 2017
Par Guillaume Roy

C’est un fait dont on ne parle pas assez. Alors que l’on coupait jadis les arbres spécifiquement pour faire du papier, seuls les arbres moribonds ou qui n’ont aucune autre utilité sont aujourd’hui broyés pour faire du papier. La raison : ce n’est plus rentable de le faire. Pour créer suffisamment de valeur, il faut d’abord scier le bois. C’est ensuite les résidus des usines, principalement avec les copeaux, mais aussi la sciure, que l’on fait du papier.

Pourquoi est-ce important ? Parce que cette image est à la base de la mauvaise réputation de l’industrie. Il ne faut pas se sentir mal quand on utilise du papier, car aucun arbre (ou presque) n’a été coupé pour le produire. L’industrie forestière a évolué et les copeaux de bois, un sous-produit du sciage, font partie de l’écosystème financier qui permet de rentabiliser les opérations.

Qu’arriverait-il si le papier venait à disparaître ? Il y aurait un manque à combler pour vendre les sous-produits du sciage, mais on ne couperait pas nécessairement moins de bois. Les copeaux trouveraient de nouveaux débouchés, pour faire des panneaux, des biocarburants, de la biomasse ou d’autres produits issus de la chimie verte. Il faudrait trouver un nouvel équilibre financier, car pour l’instant, c’est encore l’industrie papetière qui est prête à payer le plus cher pour les copeaux de bois (même si le prix est plus bas que par le passé).

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Mais on utilisera toujours du papier. Même si la consommation diminue, il y aura toujours de beaux magazines et de beaux livres imprimés qui font le bonheur de milliers de lecteurs qui ne souhaitent pas être dérangés par le tumulte des informations infinies en ligne. Il faut bien sûr éviter la surconsommation et favoriser le recyclage, mais personnellement, je n’ai aucune concentration quand je lis en ligne et j’ai de la difficulté à terminer un texte, même si c’est intéressant. Je suis pourtant un avide lecteur qui dévore des dizaines de magazines et livres chaque mois. Et dans 10 000 ans, quelles traces restera-t-il de notre passage sur Terre ? Des livres ou des iPad ?

La baisse de la consommation de papier est intimement liée aux nouvelles technologies. Des technologies qui bouleversent la consommation et la façon dont on conçoit les produits. Nous sommes désormais à l’ère 4.0, où les machines s’échangent des données pour améliorer sans cesse les performances. Et l’industrie forestière fait partie de la parade des manufacturiers innovants, comme le démontre Maibec avec son usine de Saint-Pamphile (textes en p. 20 et 26).

L’innovation mène vers différents chemins. Il y a bien sur les équipements forestiers qui sont toujours plus performants, mais il y a aussi les techniques de travail. Pour Michael Lavoie, un entrepreneur forestier, c’est en créant des synergies avec son équipe de construction de chemins et une nouvelle équipe d’abattage qu’il a pu innover (en p. 14). Même si cette façon de travailler promet des économies d’échelle, c’est une des premières entreprises à faire ce pas vers la diversification. Si bien que la démarche inspire déjà d’autres entreprises à en faire de même.

Mais parfois, l’innovation ou le changement n’est pas toujours synonyme d’avancée positive. Par exemple, est-ce que l’aménagement écosystémique est une innovation positive pour le Québec ? C’est ce dont nous parle l’ingénieur forestier Éric Alvarez avec son texte « L’héritage empoisonné de L’Erreur boréale » (p. 42) dans ce numéro.

Bonne lecture.