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ResoMass offre un service de chauffage à la biomasse « clé en main » tout en développant l’économie locale.


25 février 2013
Par Myriam Gauthier

Sujets
Le directeur général de la Coopérative forestière de Girardville, Jérôme Simard, aussi président-directeur général de ResoMass, pose devant une bouilloire de biomasse Ökofen. ResoMass, qui offre un service «clé en main» pour l’ingénierie, l’installation et l’alimentation d’un système de chauffage à la biomasse forestière, est le distributeur exclusif de ces bouilloires autrichiennes au Canada. Coopérative forestière de Girardville

Mettre en valeur la biomasse forestière et l’économie locale en développant un réseau de partenaires dans chaque région. C’est ce que propose l’entreprise ResoMass du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui est la première au Québec à offrir un service complet d’ingénierie, d’installation et d’approvisionnement d’un système de chauffage à la biomasse.

ResoMass offre ce service « clé en main » depuis février 2011, moment de la naissance de cette entreprise à Girardville, une ville située au nord du lac Saint-Jean. L’entreprise, dont le siège social est maintenant à Saint-Raymond, à Québec, s’occupe de tous les aspects reliés à la mise en marche d’une bouilloire de biomasse dédiée à l’alimentation d’un système de chauffage.

Une entreprise intéressée par les avantages économiques et écologiques du chauffage à la biomasse devait auparavant contacter de nombreuses entreprises pour chacune des étapes de conception et d’installation. Ce casse-tête demandait souvent trop de temps et d’investissements aux personnes intéressées par le procédé.

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Le directeur général de la Coopérative forestière de Girardville, Jérôme Simard, a travaillé pendant quatre ans pour mettre sur pied ResoMass, qui intègre toutes ces étapes. L’entreprise a vu le jour grâce à un partenariat avec le Groupe Pétrosol de Chicoutimi (vente d’équipements pétroliers) et avec une société d’investissements privés ayant sont siège social à Saint-Félicien.

« On voulait mettre en valeur nos ressources, éviter la fuite des capitaux régionaux et faire en sorte que les ressources qui sont déjà sur le territoire demeurent sur le territoire, explique M. Simard, qui est aussi le président-directeur général de ResoMass. Pour l’instant, le bois qui reste dans les scieries n’a pas de valeur. Il faut aider notre industrie en mettant de l’argent dans nos scieries et en récupérant les résidus de bois pour les utiliser autrement. »

Ce bois est donc récupéré et valorisé en étant transformé en copeaux ou en granues qui servent à alimenter les bouilloires de biomasse en énergie. Jérôme Simard et plusieurs de ses collègues ont visité l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande et la Suède pour en apprendre davantage sur le chauffage à la biomasse.

L’entreprise dessert une clientèle industrielle, institutionnelle et commerciale. Elle offre un service d’expertise complet. ResoMass coordonne notamment l’évaluation, l’ingénierie, la mécanique du bâtiment, l’installation, le service après-vente ainsi que le transport des copeaux ou des granules de bois. « C’est comme avec Hydro-Québec : le client n’a qu’à tourner le thermostat selon ses désirs et on s’occupe du reste », image Jérôme Simard.

Bouilloires Ökofen
À ce jour, ResoMass a vendu et installé quelque 150 bouilloires autrichiennes Ökofen de biomasse au Québec et dans les Maritimes. ResoMass est le distributeur exclusif des bouilloires Ökofen pour tout le Canada. Au Québec, les ventes se sont concentrées au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Mauricie, à Montréal et dans la région de Québec.

ResoMass a toutefois mis sur pied un modèle d’affaires particulier au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle a fondé, avec certains partenaires locaux, l’entreprise CFG Énergie, qui forme un regroupement de fournisseurs régionaux. CFG Énergie se charge de recruter les entreprises qui détiennent l’expertise pour réaliser les différentes étapes de mise en marche des bouilloires de ResoMass.

L’entreprise compte appliquer ce modèle d’affaires à d’autres régions prochainement. « On veut mettre sur pied d’autres réseaux de fournisseurs dans les autres régions du Québec en se basant sur l’exemple de CFG Énergie au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mentionne Jérôme Simard. ResoMass agira comme comme coordonnateur national en s’occupant de l’ingénierie, de la commercialisation des bouilloires et comme standard de qualité. »

Adaptation et innovation
Le personnel de la plupart des petites et moyennes entreprises qui travaille pour ResoMass doit suivre une formation au siège social de l’entreprise pour offrir un service certifié et standardisé par la compagnie. « Cela nous permet de former des représentants de ResoMass qui offriront tous le même service », ajoute Jérôme Simard.

Dans tous les cas, les entreprises doivent innover et s’adapter à la réalité du nouveau marché de la biomasse. La Coop des Deux Rives, de Normandin, au Lac-Saint-Jean, utilise maintenant un de ses camions utilisés pour la livraison de la moulée animale en vrac pour transporter les granules de bois.

« C’est assez semblable à transporter et cela nous permet de diversifier nos services tout en développant de nouveaux marchés dans l’économie régionale », explique le président du conseil d’administration de la coopérative agricole, Gérald Rousseau.

La coopérative compte évaluer les besoins précis de ce type de livraison et adapter son camion dans les prochaines années. « Nous allons voir comment on peut faire pour améliorer l’efficacité du camion, ajoute-t-il. Pour l’instant, c’est encore difficile à déterminer, car cela fait environ huit mois que nous transportons de la granule. »

Économies
Les entreprises qui remplacent leur système de chauffage au mazout par un système central de chauffage à la biomasse réalisent la plupart du temps des économies. Elles varient cependant d’un bâtiment à un autre en fonction de sa grandeur et des besoins spécifiques en chauffage.

Le président-directeur général de ResoMass, Jérôme Simard, précise que les coûts reliés à l’installation et à l’utilisation d’un système de chauffage à la biomasse sont plus avantageux que ceux d’un système alimenté au mazout. « Les coûts d’immobilisation des infrastructures représentent 50 % de la facture mensuelle d’un utilisateur et l’autre 50 % est relié au prix des copeaux ou des granules, explique-t-il. Dans un système au mazout, 90 % de la facture est reliée au prix du combustible, qui fluctue énormément. »

Guy Harvey, le propriétaire du garage Transport Guy Harvey de Girardville, a été le premier à tester le système de chauffage à la biomasse de ResoMass l’an dernier. « Je venais d’acheter ce garage et le système de chauffage était déficient, raconte l’entrepreneur forestier qui fait affaire en partie avec la Coopérative forestière de Girardville. J’avais entendu parler du projet et j’ai décidé d’essayer. Je sais qu’on traverse une période difficile dans l’industrie forestière et ce genre d’initiatives peut nous aider. »

Après presque un an d’opération, M. Harvey estime qu’il a sauvé quelque 1000 $, soit entre 10 % et 15 % de sa facture habituelle en énergie en utilisant un système fonctionnant aux granules « Ça me coûte moins cher et ça me donne un système de chauffage plus puissant et efficace, ajoute-t-il. Je ne pensais même pas réaliser des économies au début. »

Guy Harvey a aussi pu bénéficier des subventions du gouvernement provincial offertes pour encourager le passage du mazout à la biomasse. Le projet pilote du Programme d’aide à l’utilisation de la biomasse forestière pour le chauffage du ministère des Ressources naturelles et de la Faune compensait jusqu’à 50 % des coûts de l’implantation du système de chauffage. Il a pris fin en mars 2012 et sera évalué prochainement par le ministère.

Réticences
Ce ne sont cependant pas toutes les entreprises qui sont prêtes à délaisser le mazout pour passer au chauffage à la biomasse. Certaines personnes demeurent réticentes et craignent que l’approvisionnement en copeaux ou en granulés soit déficient en raison des difficultés que connaît l’industrie forestière.

ResoMass a déjà pensé à ce problème et a mis sur pied un regroupement d’achat local de copeaux et de granules. Les matériaux sont conduits dans un centre où ils sont déchiquetés et ensuite chargés dans le camion de livraison qui remplit les silos qui accompagnent chaque bouilloire.

Le groupe d’achat permet aussi de stabiliser le prix d’achat du matériau. « Le prix demeure compétitif souligne M. Simard. Si nous avons une augmentation dans le prix des copeaux ou des granulés, on peut le voir venir à l’avance et essayer de le résorber, au contraire du prix du mazout. »

Pour l’instant, la promotion du service de biomasse « clé en main » offert par ResoMass s’effectue surtout par le bouche-à-oreille. « Les passionnés se renseignent, démarrent leur projet, et en parlent à d’autres, mentionne Jérôme Simard. Sans faire énormément de publicité sur notre concept, on connaît un boum commercial exponentiel depuis peu. »

Une vision d’avenir
ResoMass espère bientôt augmenter son apport à l’économie locale en fabriquant elle-même ses bouilloires de biomasse. L’entreprise s’est fixé un objectif de vente de 200 bouilloires avant de passer à cette nouvelle étape.

« On fabriquera nous-mêmes les pièces des bouilloires Ökofen et on les assemblera ici, après avoir signé une entente avec la compagnie, rapporte Jérôme Simard. On pourra alors écrire “ResoMass” sur les bouilloires. »

L’entreprise compte ensuite continuer d’élargir son marché au sein du Canada avant de tenter sa chance à l’extérieur des frontières. Les possibilités sont grandes en Amérique du Nord, car l’énergie produite par la biomasse est un créneau encore peu développé contrairement à l’Europe où la biomasse est présente depuis une vingtaine d’années.

À court terme, ResoMass prévoit démarrer un projet de cinq ans d’un montage financier de plus de 100 millions de dollars. Il vise à élargir le marché québécois de l’entreprise en participant au démarrage d’entreprises « satellites » dans d’autres régions.

Ce projet inclut aussi l’adaptation de machinerie forestière capable de récolter sur le terrain les arbres et les branches qui pourraient servir à faire de la biomasse. Cette machine préparerait le terrain à de nouvelles plantations, tout en récupérant le bois disponible sur place « On n’a pas le choix, il faut intégrer cette opération à d’autres, car on perdrait de l’argent en envoyant de la machinerie récolter exclusivement du bois pour la biomasse », laisse tomber Jérôme Simard.