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Des forêts plus productives grâce à la génomique

Imaginez récolter des arbres 20 % plus gros et produire de la fibre de qualité supérieure qui permet une augmentation de 15 % de la valeur des produits qui sortent des usines.


La génomique pourrait permettre de récolter des arbres 20% plus gros. Guillaume Roy

Imaginez récolter des arbres 20 % plus gros et produire de la fibre de qualité supérieure qui permet une augmentation de 15 % de la valeur des produits qui sortent des usines. C’est exactement ce que nous réserve l’avenir grâce à la génomique.

Armand Séguin est microbiologiste pour le Service canadien des forêts. Depuis plusieurs années, il travaille de concert avec plusieurs spécialistes pour augmenter le rendement de nos forêts grâce à la génomique. « La génomique c’est l’étude de l’ensemble des gènes d’un organisme. C’est un peu comme si on compare la circulaire d’Ikea avec le catalogue complet. C’est possible de travailler sur certains gènes à la fois et se limiter à quelques candidats (les matelas en spécial sur la circulaire). Avec la génomique, on regarde l’ensemble des gènes impliqués dans un processus (par exemple, la résistance au stress hydrique chez les plantes), et pour se faire, on doit connaitre le nombre total de gènes potentiellement en cause (le catalogue en fait). » Bref, grâce à la génomique, c’est comme si on avait un gros catalogue où on pouvait choisir exactement quels attributs nous voulons favoriser dans les arbres que l’on souhaite planter dans nos forêts.

Depuis deux ans, des chercheurs qui travaillaient sur le projet de génomique Arboria au Québec se sont joints aux chercheurs du projet Treenomix, basé en Colombie-Britannique pour la réalisation du projet SmartForest. Ensemble, ils veulent pousser les connaissances plus loin afin de trouver les gènes et les marqueurs qui permettront d’améliorer la qualité et la quantité du bois récolté, de récolter des arbres beaucoup plus jeunes et de réduire les pertes dues aux maladies et aux insectes. « Au lieu de faire des croisements les yeux fermés, on a regardé dans les arbres qui sont déjà bien développés, quels sont les gènes qui font que cet arbre-là a des qualités de fibre ou de croissance avantageuse », explique M. Séguin.

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Traditionnellement, un cycle d’amélioration des arbres de plantations prend entre 15 et 20 ans, car on doit regarder l’arbre pousser pour constater quels sont les arbres les plus performants. « Grâce à la génomique, on ne sera pas obligé d’attendre les résultats des vergers à graines, car on est capable de dresser un diagnostic hâtif et de reproduire les plants dans un cycle de 2 à 5 ans », explique Nancy Gélinas, professeur au département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval. Alors qu’on a pu faire trois cycles d’améliorations au cours des 50 dernières années, on pourra désormais le faire en 10 ans!

Évidemment, tous les acteurs forestiers souhaitent avoir plus de bois pour faire rouler leurs usines. La génomique pourrait justement leur permettre d’augmenter le volume de chaque arbre de 15 à 20 % en un seul cycle d’amélioration. Selon les besoins sur le terrain, les améliorateurs pourront choisir de sélectionner des arbres résistants à la tordeuse des bourgeons de l’épinette ou du dendrochtone du pin. Il est aussi possible de sélectionner certaines qualités du bois, comme la densité, qui permettrait de produire des produits d’une plus grande valeur.

D’ici cinq ans, le projet SmartForest compte avoir créé les outils nécessaires aux améliorateurs pour que la technologie passe du terrain à la forêt. Pour l’instant, SmartForest travaille sur le génome de l’épinette, alors que les chercheurs américains travaillent sur le pin.

À terme, dans 50 ans, ces améliorations pourraient générer plus de 300 M$ supplémentaires au Canada. Il y aura des coûts pour le transfert technologique, mais même les scénarios les plus pessimistes laissent entrevoir des gains importants pour les communautés forestières et l’économie canadienne, conclut Mme Gélinas.