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Des déchets pour faire pousser des épinettes


23 février 2022
Par Le scientifique en chef

Sujets

Et si les résidus de scieries pouvaient favoriser la croissance des épinettes cultivées dans les pépinières?

Les derniers travaux d’Émilie Robert, biologiste et chercheuse au Centre technologique des résidus industriels et enseignante au Cégep de l’Abitibi- Témiscamingue, suggèrent de torréfier et transformer cette biomasse résiduelle en biochar, et de l’incorporer au sol de plantation.

Le biochar est connu pour retenir les éléments fertilisants comme l’azote, un nutriment essentiel à la croissance des plantes, et pour les relâcher graduellement. Une tonne de ce charbon a également la capacité de séquestrer jusqu’à trois tonnes de CO2! Le biochar permet en outre d’utiliser moins de tourbe comme substrat de croissance. Cela contribue à diminuer l’exploitation des tourbières, des écosystèmes vitaux pour la planète qui retiennent l’eau et le CO2, et qui abritent une riche biodiversité.

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Comme le biochar en vrac est très léger et poussiéreux, la chercheuse et son équipe ont eu l’idée de le granuler pour en faciliter la manutention. Et pour stimuler davantage la croissance des épinettes, ils ont également pensé imprégner les granules d’azote ammoniacal – ou sulfate d’ammonium – provenant des effluents des mines en exploitation. Ce type d’azote est déjà utilisé en agriculture sous forme solide et génère des gains de croissance appréciables. La transformation de l’azote ammoniacal est toutefois très dispendieuse et énergivore. Une utilisation directe des concentrés liquides pour la fabrication des granules de biochar pourrait donc représenter une solution fiable et moins coûteuse.

Après plusieurs tests en serre, les scientifiques ont conclu qu’une utilisation de 25 % de biochar en vrac dans un substrat de croissance assure un meilleur développement des plants. L’approche par granulation a produit de moins bons résultats (même avec l’ajout du sulfate d’ammonium), mais la biologiste a un autre projet pour les granules : elles pourraient servir de barrière pour empêcher les racines des plantes d’entrer en contact avec des sols contaminés.