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Des branches alimentent les chaudières de la cartonnerie

Le Groupement forestier de l’Est du Lac Témiscouata fournit le combustible à Norampac - Cabano.


25 mars 2013
Par Martine Frigon

Sujets
De gauche à droite, Clarence Dubé, responsable de l’approvisionnement à la cartonnerie, et Luc Pelletier, directeur de Norampac à Cabano, où deux chaudières brûlent des résidus et des écorces dont la teneur en humidité ne doit pas excéder 50 %.

La récupération des résidus forestiers pour en faire de la biomasse représente une nouvelle voie d’avenir pour bien des industriels dans le but de diversifier les opérations. Pourtant, bien avant que n’apparaisse cette tendance, une initiative en ce sens voyait le jour dans l’est du Québec il y a déjà plus de quatre ans à l’instigation du Groupement forestier de l’Est du lac Témiscouata et de l’usine Norampac à Cabano, spécialisée dans les emballages de carton.

Plus de 23 000 tonnes de résidus forestiers, essentiellement des branches, sont maintenant récupérés pour produire la vapeur nécessaire aux opérations de Norampac – Cabano, une division de Cascades Canada, qui fabrique annuellement 220 000 tonnes métriques de papier cannelure.

Récoltée sur les terres publiques dans un rayon d’une centaine de kilomètres tout au plus, la biomasse forestière alimente ainsi deux chaudières. « Au-delà de cette distance, ce n’est pas très écologique ni vraiment rentable, de dire Clarence Dubé, responsable de l’approvisionnement pour la cartonnerie. Nous ne commencerons pas à déplacer des semi-remorques sur de très grandes distances; on n’économisera pas sur le CO2 ! » À cet effet d’ailleurs, les dirigeants de Norampac – Cabano ont acheté au printemps 2006 des terrains forestiers de 9 000 hectares dans le comté voisin de Kamouraska.

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Bien que le partenariat avec Norampac ait débuté il y a plus de quatre ans, le Groupement forestier de l’Est du lac Témiscouata a été retenu en 2009 par le ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec dans le cadre du Programme d’attribution de biomasse forestière. « Nous avons été reconnus pour récolter dans les unités d’aménagement 01151 et 01152. Avant on récupérait la biomasse par l’entremise d’un projet pilote », d’affirmer Pierre Dumont, originaire de Dégelis et responsable des opérations Forêt publique pour le Groupement.

La biomasse est issue des opérations de récolte effectuées pour six bénéficiaires de CAAF. Ce sont les entreprises Les Bardeaux Lajoie, Tembec Matane, Groupe NBG, Félix Huard, Norampac – Cabano, ainsi que Bégin et Bégin. Ces opérations engendrent annuellement un volume de 20 000 tonnes de biomasse, auquel s’ajoutent 3000 tonnes récoltées parmi les propriétaires de lots boisés privés membres du Groupement.

Bois courts et bois longs
Il fallait d’abord trouver une méthode de récolte rentable et efficace. Après bien des essais, l’équipe du Groupement a identifié deux méthodes (bois court et tiges entières) pratiquées par quatre entrepreneurs à l’emploi du Groupement, qui disposent la matière ligneuse en bordure des chemins forestiers. Un cinquième entrepreneur est affecté à la transformation à l’aide d’une déchiqueteuse.

Trois entrepreneurs fournissent du bois court. Le premier, Rosaire Laplante, possède deux abatteuses Tiger Cat (845D et 845 C) munies de têtes Logmax 7000, et des transporteurs Rottne Rapid 16 tonnes. Le second entrepreneur, Les Chantiers du Lac, travaille avec deux abatteuses Tiger Cat (845B et 860B) dotées de têtes Logmax 7000 et des transporteurs John Deere 1110D. Lionel Rousseau, le troisième entrepreneur en bois court, utilise une abatteuse Tiger Cat 822 ainsi qu’une Valmet 425 avec des têtes Logmax 7000, jumelées à deux transporteurs Ecolog (547 et 564).

La quatrième entreprise, Foresterie Berthier Beaulieu, récolte par arbres entiers au moyen d’une abatteuse Pentice 630 équipée d’une tête Gilbert 1252, de deux débusqueuses John Deere (748G et 738G) et de deux ébrancheuses John Deere (790E et 2054) avec des têtes Propac (613 et 453).

La méthode qui a recours aux multifonctionnelles et aux transporteurs nécessite des pratiques plus délicates, selon Pierre Dumont qui travaille au Groupement depuis 23 ans. « Avec les transporteurs, les opérateurs doivent faire attention de ne pas ramasser trop de terre, sinon cela ne fonctionnera pas au déchiquetage; ça fait partie des essais/erreurs que nous avons expérimentés. »

Une déchiqueteuse plus puissante
L’entrepreneur Camille Beaulieu de Packington est, quant à lui, responsable des opérations de broyage. Nous l’avons rencontré alors qu’il procédait à la transformation des résidus de coupe à la suite des travaux de l’élargissement de la route 185 à proximité de Cabano. Il travaille avec une déchiqueteuse Woodsman 334, achetée neuve en 2006 par le Groupement. À son compte depuis une dizaine d’années, il était auparavant opérateur forestier. Son équipe est composée de son frère Lucien et de Marc-André Picard.

« Il y a davantage de contraintes à utiliser une déchiqueteuse comparativement à un broyeur : elle est très sensible aux corps étrangers et il faut déposer la matière ligneuse à un endroit propre pour éviter de ralentir notre production », explique-t-il. Pour être plus efficace, l’équipement a reçu des corrections mineures : « Nous avons ajouté un rouleau à l’entrée et rallongé le tablier pour le chariot d’alimentation, de dire Pierre Dumont ».

« Un chargement complet de la semi-remorque par la Woodsman 334, pèse 34 tonnes et prend une heure et demie, précise monsieur Beaulieu. » Pierre Dumont considère pour sa part que ce laps de temps est trop long. « Nous nous sommes aperçus que ce modèle était trop petit pour nos besoins. Le moteur John Deere 375 hp n’est pas assez fort et cela réduit notre productivité. Nous sommes d’ailleurs en processus d’acquérir une deuxième déchiqueteuse et son moteur sera plus puissant. »

L’entrepreneur en déchiquetage dispose aussi d’une chargeuse Prentice dont il a remonté le moteur l’année dernière et qui compte 10 000 heures de même que deux remorques et deux camions tracteurs Western Star datant res-pectivement de 1998 et de 2001. Alors qu’une remorque remplie se dirige vers l’usine Norampac, l’autre est chargée par la déchiqueteuse et la chargeuse.

Les chaudières de Norampac
Le partenariat entre le Groupement et la cartonnerie a débuté pour des raisons économiques en 2004. « Nous avons commencé par un projet pilote, lorsque les prix pour le mazout se sont mis à grimper, explique Luc Pelletier, directeur de Norampac – Cabano. » L’usine utilisait alors trois chaudières dont la principale était une Volcano installée en 1981, munie de cellules de combustion de type Wellons, d’une capacité de 65 000 lb/h. Deux autres chaudières à l’huile lourde no 6, d’une capacité de 80 000 lb/h chacune, venaient suppléer à la demande de l’usine.

La proportion de la vapeur produite était de 38 % avec les résidus et de 62 % pour l’huile lourde. Ceci occasionnait 140 000 tonnes (74,21 kg équivalent) de CO2. L’installation d’une deuxième chaudière à résidus en 2004, un investissement de 6,8 millions de dollars, a permis de réduire les émissions de CO2 et d’économiser sur les coûts d’énergie. Les dirigeants ont acquis une chaudière de marque Simoneau d’une capacité de vapeur de 100 000 lb/h, munie de cellules de combustion développées par Combustion Expert, une firme située à Trois-Rivières.

Les chaudières doivent suivre un programme rigoureux d’entretien préventif afin de les maintenir à leur maximum d’efficacité. Le directeur de l’usine de Cabano ajoute également que la gestion des cendres représente un grand défi. « On peut dire que nos deux chaudières brûlent annuellement un total de 167 000 tonnes métriques humides de biomasse. Sur une base journalière, ceci correspond à une utilisation de 473 tonnes métriques humides de biomasse, indique-t-il. »

Le chauffage à l’aide de la biomasse forestière nécessite une matière n’excédant pas 50 % d’humidité durant la période hivernale. Cette méthode a d’ailleurs nécessité certains ajustements. « C’est un peu de la recherche et déve-loppement que nous avons fait avec les gens du Groupement. L’opération de chaudières à biomasse demande beaucoup de rigueur dans la gestion de l’approvisionnement. Il faut maintenir des inventaires suffisants en fonction des saisons et selon les opérations des scie-ries auxquelles nous achetons des écorces, explique Luc Pelletier. »

Avec l’expérience, lui et Pierre Dumont abondent dans le même sens : peu de volume de résidus et la récolte de la biomasse en forêt n’est pas rentable. Il faut donc un approvisionnement significatif. Les responsables du Groupement et de Norampac – Cabano se disent amusés de lire certains articles dans la presse régionale à travers la province. « Nous n’avons pas fait de conférences de presse pour annoncer le partenariat en approvisionnement de biomasse forestière en 2004! Nous avons tout simplement décidé d’aller de l’avant!, de dire le directeur de l’usine, bien surpris de voir toutes les annonces qui affluent depuis deux ans. Avec le Groupement forestier du l’Est du lac Témiscouta, nous sommes des précurseurs dans ce domaine!    

Le Groupement forestier de l’Est du lac Témiscouta mise sur le partenariat
Lancé dans la vague de l’organisation communautaire des années 60 et 70, le Groupement forestier de l’Est du Lac Témiscouata regroupe 490 membres propriétaires de lots privés. Pour garder le Groupement à flot, ses dirigeants ont misé sur la diversification des activités de même que sur une association avec des entreprises afin de s’assurer une clientèle régulière.

Le Groupement est partenaire dans Bégin et Bégin, une scierie de bois franc située à Lots-Renversés au Témiscouata, ce qui lui assure des contrats de coupe pour le feuillu. Avec cinq autres entreprises, il a aussi acquis en 2003 une participation dans la scierie de Rivière-Bleue appartenant auparavant à Bowater, renommée par la suite Scierie NRG. « Nous n’avons pas à aller sur le marché des appels d’offres et ce partenariat consolide nos opérations », explique Pierre Dumont, responsable des opérations Forêt publique pour l’organisme.

Le Groupement est également mandaté par les entreprises Bardeaux Lajoie, Deniso Lebel, Tembec Matane et Félix Huard pour effectuer de la récolte. « Nous faisons des travaux de récolte principalement par coupe partielle (60 %), par éclaircie précommerciale (14 %) et des travaux reliés au reboisement et à son entretien (26 %)», explique Martin Bélanger, ingénieur forestier et responsable du volet Forêt privée. »

Du côté de l’aménagement forestier, le Groupement participe à un projet axé sur le suivi de l’impact de la récolte de la biomasse forestière en forêt privée, en partenariat avec le Service canadien des Forêts et des partenaires de la région du Témiscouata. Concrètement, 85 sites de deux hectares sont identifiés dans lesquels seront déposés des parcelles de suivi de fertilité. « Pourquoi 85 sites ? Parce qu’il y a différentes méthodes d’exploitation, de dire Martin Bélanger. » Ceci tombe pile avec la fourniture de biomasse pour alimenter les deux chaudières à vapeur de la cartonnerie Norampac. Une activité de diversification qui « nous permet de consolider nos opérations », souligne Pierre Dumont. Les résultats de ce projet sont attendus en janvier 2011.

Il y a tout de même moins de travail qu’il y a quelques années. « Comme tout le monde dans l’industrie, nous avons perdu d’importants volumes de récolte », admet Pierre Dumont. En général, les activités en forêt publique se terminent vers la mi-janvier. Les entrepreneurs engagés par le Groupement se rendent par la suite travailler au nord du Nouveau-Brunswick, situé non loin de là, principalement pour la compagnie Irving. « Ainsi, tout le monde peut travailler! », ajoute monsieur Dumont.

Le Groupement forestier de l’Est du Lac Témiscouata est également engagé dans une des premières forêts modèles au Canada. Il a aussi reçu une certification FSC sur 40 512 hec-tares (63 116 m3) de son territoire en 2002. Le Groupement fait partie, entre autres, du Syndicat des producteurs de bois du Bas-Saint-Laurent, du Regroupement des sociétés d’aménagement forestier du Québec (RESAM) et de l’Agence pour la mise en valeur des forêts privées du Bas-Saint-Laurent.