Opérations Forestières

Nouvelles Nouvelles de l’industrie
De biomasse forestière à énergie


26 février 2013
Par Mariève Paradis
Une fois chauffés à très haute température, les déchets retrouvés dans la biomasse, comme la terre et le sable, se vitrifie. Devenus aussi dur que la vitre, il devient difficile de casser ces résidus dans les fours.

Alain Grenier et ses quatre employés parcourent la province avec deux broyeurs Morbark 3600 à la recherche de biomasse forestière. Tantôt appelé par des entreprises qui souhaitent s’en débarrasser, tantôt par d’autres qui veulent s’en procurer, Broyage Mobile Estrie travaille en intermédiaire.

Depuis six ans, Alain Grenier bosse dans la biomasse forestière, un domaine de l’industrie forestière qu’il croyait en montée vertigineuse. Encore sûr que cette filière naissante prendra son envol dans la province, il continue à couper, déchiqueter, broyer les restes des opérations forestières comme les écorces et les branches, les résidus d’usines de bois comme les souches, les découpures et les palettes. « J’ai voulu offrir un service aux petites entreprises, celles qui ne peuvent pas avoir d’installations de broyeurs ou de déchiqueteurs sur place », lance-t-il.

Alimentés par des pelles mécaniques à grappin fixes de marque Rotobec, les deux broyeurs, machines de 500 HP, travaillent sans relâche; sauf lors des entretiens réguliers à son garage de East Angus, tout juste derrière l’usine de Cascades. Les engins, achetés chez Équipements Cardinal, peuvent être armés de couteaux ou de marteaux, selon les besoins.

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Pour Alain Grenier, arriver à vendre la biomasse forestière résiduelle pour en faire de l’énergie signifie parfois beaucoup de travail, car elle doit être sèche et propre. « C’est un problème! Quand il y a de la terre, du sable ou du métal dans les rémanents que je dois broyer, non seulement la biomasse perd de la valeur auprès des acheteurs potentiels, mais elle risque d’abîmer mes équipements! », dit-il.

Même son de cloche pour Antoine Lapierre, contremaître de cours et chef mesureur chez Masonite International Corporation à Lac-Mégantic. Rencontrés à Lac-Mégantic, les deux hommes soulèvent les mêmes problèmes : l’impureté de la biomasse est difficile pour les équipements.

Masonite International Corporation à Lac-Mégantic fabrique des surfaces de portes de bois. Pour alimenter les presses et les séchoirs et pour chauffer l’usine ainsi que les bassins servant à faire de la vapeur, l’usine centenaire utilise de la biomasse, soit des écorces, du bois de palette, des résidus d’usines (délignures de placage) et autres résidus forestiers. « Avec la technologie et l’efficacité de l’usine, nous ne produisons plus assez de résidus pour alimenter nos chaudières. Nous devons donc acheter de la biomasse pour nous chauffer l’hiver! », mentionne M. Lapierre. Au total, c’est près de 3800 tonnes métriques de biomasses qui seront achetées pour alimenter les chaudières cette usine de Lac-Mégantic. Les résidus d’usine ne représentent maintenant que 50 % de l’approvisionnement des chaudières de l’installation.

Dans la cour arrière de Masonite, Broyage Mobile Estrie amène son équipement deux ou trois fois par année. Alain Grenier y broie les souches, les écorces, les palettes et autres produits de biomasse forestière utilisée chez Masonite.

Et lorsque cette biomasse contient des impuretés comme de la roche et du sable, les conséquences peuvent être désastreuses. « Nous devons nettoyer les fours deux fois par jour pour éviter la vitrification des résidus », explique M. Lapierre. Les impuretés chauffées, elles se durcissent et se condensent pour devenir un gros bloc de vitre. Les nouvelles installations de biomasse possèdent des planchers amovibles sous les fours permettant l’évacuation régulière des dépôts. Mais les fours chez Masonite datent de l’après-guerre et les remplacer représente des coûts exor-bitants. « Je manque de biomasse à bon prix, mais je ne peux pas me permettre de prendre des résidus forestiers impropres. Quand les coupes sont terminées dans le bois, la machinerie forestière râpe le sol pour entasser la biomasse forestière résiduelle. C’est là qu’elle accumule de la terre et du sable. Elle serait bonne à utiliser dans mes chaudières si elle était propre! », ajoute le contremaître de cours chez Masonite.

Alain Grenier de Broyage Mobile Estrie en rajoute : « Mettre de la terre ou tout autre contaminant dans la biomasse forestière résiduelle, c’est comme mettre de l’eau dans le réservoir à essence d’une voiture… même juste un peu, c’est tout le voyage de biomasse qui n’est plus bon à vendre! », ajoutant que cette biomasse prend majoritairement le chemin du compostage.

Des solutions?

Pour obtenir une chaleur et une énergie constante venant de la biomasse, les deux hommes s’entendent pour dire que la clé demeure dans un bon ratio des différentes sortes de biomasse. Il ne faut pas prendre que des écorces, que du bois de palettes, que des souches… chaque matériau a des bons et des mauvais côtés. Le bois doit être propre et sec… mais pas trop sec pour garder un certain contrôle sur la chaleur des fours.

Alain Grenier mentionne aussi une autre solution. « Une activité de broyage en forêt doit être prévue avant même que l’abattage ne se fasse. Chaque détail peut augmenter le coût et le temps de broyage vu la manipulation. Il faut abattre en pensant aux opérations de broyage qui suivront. Ainsi, la biomasse sera plus propre et plus rentable. »                      

Concurrence à la biomasse forestière résiduelle
Depuis le début des années 2000, la récupération du bois a augmenté de plus de 780 %. Selon Recyc-Québec, en 2000, le Québec recyclait 79 000 tonnes de bois; en 2006, c’était plus de 621 000 tonnes! Les centres de tri de la province ont flairé la bonne affaire. Le bois provenant des résidus de construction et de démolition est propre et sec; et les possibilités la vendre sont nombreuses : cogénération, panneaux de particules, briquettes pour foyers, litière, granules combustibles, compostage, etc. Or, ces marchés sont aussi ceux de la biomasse forestière résiduelle. Bien qu’il y ait une volonté politique de valoriser la biomasse forestière résiduelle, la filière de la biomasse à l’échelle du Québec se trouve encore à ses balbutiements. La province se retrouve donc actuellement devant un surplus de ces produits de biomasse, destinés, entre autres, à la production d’énergie.