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Conversion à la biomasse à l’hôpital de Mont-Joli

Bon pour les finances et bon pour l’environnement!


6 novembre 2013
Par Guillaume Roy


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C’est la Coopérative forestière de la Matapédia qui a remporté le contrat d’approvisionnement de 3000 tonnes métriques vertes de biomasse annuellement.

Comment améliorer son bilan carbone en favorisant le développement durable? Pour l’hôpital de Mont-Joli, au Bas-Saint-Laurent, le chauffage à la biomasse s’est révélé la solution idéale qui leur permet de faire des économies annuelles de plus de 200 000 $, d’éviter l’émission 2783 tonnes de CO2, tout en favorisant l’économie locale.

Bon pour les finances et bon pour l’environnement! En quelques mots, ça résume bien l’opération de conversion de la bouilloire au mazout lourd vers une bouilloire à la biomasse effectuée par le Centre de santé et services sociaux de la Mitis à l’hôpital de Mont-Joli.

« L’organisation de l’hôpital a toujours eu une vision de développement durable. Jusqu’à récemment, l’hôpital était chauffé avec du mazout lourd, qui est très polluant et qui émet des gaz à effet de serre. On s’est demandé si on pouvait faire quelque chose pour améliorer notre bilan carbone. Plusieurs options ont été évaluées, mais le choix de la biomasse est ressorti comme étant la plus intéressante, car il y a déjà des fournisseurs présents, l’économie régionale nous permet de nous approvisionner facilement, et le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, par le biais de l’agence d’efficacité énergétique du Québec (renommée Bureau de l’efficacité et de l’innovation énergétiques depuis), nous permettait d’avoir une subvention pour ce genre de projet », explique la coordonnatrice des services techniques du CSSS de la Mitis, Nadia Drapeau.

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En décembre 2012, une bouilloire à la biomasse d’une puissance de 2000 kW*h, nouvellement installée dans un bâtiment adjacent à l’hôpital, prenait le relais du mazout lourd. Une chaudière électrique sert également pour le chauffage d’appoint ou lors de la maintenance. La conversion a nécessité des investissements de 2,3 M$, dont 1,1 M$ provenait d’une subvention de l’AEEQ. Un montant qui sera amorti sur cinq ans, grâce aux économies annuelles d’environ 234 000 $. De plus, ce sont 2783 tonnes d’émissions de CO2 qui seront évitées, soit l’équivalent de 1400 voitures de moins par an sur nos routes! « C’est bien de faire du développement durable, mais c’est encore mieux quand on peut y joindre des économies réelles », commente Mme Drapeau.

Pour mener à bien ce projet, l’expertise régionale a été mise à pro-fit. « La bouilloire à la biomasse de l’hôpital d’Amqui était déjà en fonction et on a commencé à travailler à partir de leur expérience, mais on a aussi travaillé avec Gestion Conseil PMI, qui nous a supportés tout au long de la préparation de notre projet de chaufferie à la biomasse », souligne Mme Drapeau.

Depuis quelques années, Gestion Conseil PMI, une firme de consultant en efficacité énergétique spécialisée dans le chauffage à la biomasse basée à Amqui et à Québec s’est forgé une solide réputation dans le domaine. Ils ont entre autres travaillé sur le réseau de chaleur de Causapscal les hôpitaux d’Amqui, de Maria et de Montmagny. «Plusieurs clients nous contactent pour réaliser des projets de conversion à la biomasse, car avec les subventions, c’est l’énergie la moins dispendieuse », soutient Renaud Savard, directeur de l’entreprise. Avec une subvention de 40 $ pour chaque tonne de carbone évité sur un horizon de 10 ans, ça représentait un montant de plus de 1,1 million de dollars pour l’hôpital de Mont-Joli (2783 tonnes de GES évitées par an).

Biomasse en vue
En 2011, le CSSS de la Mitis lançait d’abord l’appel d’offres pour l’approvisionnement en biomasse. « On voulait d’abord connaitre quels étaient la granulométrie et le fournisseur afin de présenter des données fiables au fabricant de chaudières », relate Nadia Drapeau. C’est la Co-opérative forestière de la Matapédia (CFM) qui a remporté le contrat d’approvisionnement de 3000 tonnes métriques vertes de biomasse annuellement.

L’initiative de l’hôpital de Mont-Joli a été bien reçue par le milieu, mais certains citoyens avaient tout de même des préoccupations. « On a fait des rencontres au conseil de ville. On a eu des demandes pour qu’on explique le projet, car il y avait des préoccupations par rapport aux émissions et à ce qui allait sortir de la cheminée, constate Mme Drapeau. Quand on leur a expliqué que c’est de la vapeur d’eau et qu’il y a des normes du ministère de l’Environnement à respecter, le projet a été très bien accueilli. » La norme à respecter pour le chauffage à la biomasse est de 150 mg/m3 de particules, alors qu’une cheminée ouverte (résidentielles) produit près de 400 mg/m3.

Combustion Expert prend le relais
C’est la firme Combustion Expert, de Trois-Rivières, qui a remporté l’appel d’offres pour la conception, la fabrication, l’installation et le service après-vente de la chaudière à biomasse de l’hôpital de Mont-Joli. Les chaufferies à la biomasse sont la spécialité de l’entreprise qui s’occupe de tout, sauf de la fabrication de chaudières, qui est prise en charge par des sous-traitants comme le Groupe Simoneau de Boucherville.

C’est le modèle WX, de calibre industriel qui a été choisi pour répondre aux besoins énergétiques de l’hôpital, explique François Laroche, coordonnateur au marketing. « Ce système permet d’utiliser du matériel plus humide. Il tolère de taux d’humidité allant jusqu’à 58 % tout en demeurant efficace », dit-il. En fait, la chaudière peut bruler n’importe quel taux d’humidité, mais le rendement et l’efficacité seront diminués. Dans le cas de l’hôpital de Mont-Joli, la CFM livre de la biomasse à moins de 30% d’humidité.

« Nous sommes très fiers des installations de Mont-Joli qui fonctionnent très bien depuis la mise en marche », souligne M. Laroche. Nadia Drapeau note également que les opérations vont bon train depuis la mise en marche en décembre 2012. Les principaux ajustements sont venus de la fréquence de livraison de la matière première. Deux réserves de 45 tonnes de biomasse donnent environ quatre jours d’autonomie dans les grands froids alors que l’hôpital avait un réservoir de 113 000 litres de mazout qui donnait une autonomie de plus d’un mois!

Bas-St-Laurent : future capitale mondiale du chauffage à la biomasse?
Sept projets majeurs de chauffage à la biomasse sont déjà en fonction au Bas-St-Laurent. Si les quatre autres projets en branle se réalisent, on pourrait retrouver la plus haute densité au monde de chaudières à la biomasse au km2, souligne Renaud Savard, directeur de Gestion Conseil PMI.

Tout a commencé en 2007, alors que la Coopérative forestière de la Matapédia (CFM) s’est vu octroyer du financement dans le but de réaliser un laboratoire rural sur la mise en valeur de la biomasse forestière. « Le laboratoire rural nous a permis de développer une chaine d’approvisionnement qui est la moins couteuse possible. On faisait déjà du travail en forêt, alors il fallait intégrer ça à nos opérations », explique Simon Roy, directeur des opérations de la CFM. Il fallait tout mettre en place, de la récolte, au débardage, du conditionnement de la biomasse au déchiquetage.

Le projet pilote de l’hôpital d’Amqui (1500 tmv) allait permettre de tester toutes les opérations, de la forêt au kW*h. « Ça nous a permis de ramasser la biomasse et de faire nos preuves, car on devait livrer un produit standardisé au niveau de la granulométrie, de l’humidité et de la proportion de cendre que ça crée. Il fallait atteindre nos objectifs au moindre coût », ajoute Simon Roy.

Depuis, un réseau de chaleur a vu le jour Causapscal (504 tmv), une chaufferie a été installée à SEREX (un Service de recherche et d’expertise en transformation des produits forestiers – 115 tmv) et à la Coopérative forestière de la Matapédia Ste-Florence (75 tmv. Plus récemment, c’est la chaufferie de l’hôpital de Mont-Joli (3000 tmv) qui a été mise en fonction et plusieurs projets risquent de voir le jour au cours des prochaines années! Au total pour l’instant, la CFM livre 5200 tmv à 35 % d’humidité à ses clients annuellement.« Mais on pourrait facilement en vendre 35 000 tonnes », commente Simon Roy.

De plus, la coopérative a récemment acheté une broyeuse de biomasse Kesla c645 qui peut transformer 30 tonnes à l’heure en forêt ou dans la cour à bois. « Le système de grille interchangeable nous permet maintenant de mieux contrôler la granulométrie », explique M. Roy.

Tous les acteurs qui gravitent autour du chauffage à la biomasse attendent patiemment le renouvellement du programme d’aide à l’utilisation de la biomasse forestière, qui devrait voir le jour à l’automne.

« On retrouve aussi un centre de conditionnement, un bureau d’étude, un bureau d’ingénierie, un bureau de recherche et un centre de formation sur la biomasse dans la région, commente Renaud Savard. Et tout ça s’est mis en place en quatre ans. C’est très bon pour la région, car ça crée des retombées économiques directes. »