Opérations Forestières

Nouvelles Nouvelles de l’industrie
Congrès du CIFQ : La reprise restera lente, mais la chimie verte peut sauver l’industrie

Les membres du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) sont réunis en congrès au Hilton Québec, les 13 et 14 mai. Dans l'après-midi de mercredi, trois conférenciers ont parlé de l'état des marchés, de l'innovation et de la compétitivité des scieries du Québec.


14 mai 2015
Par Alain Castonguay
Jean Hamel, chercheur chez FPInnovations Alain Castonguay

L’économiste Paul Jannke, de la firme américaine Forest Economic Advisors (FEA), a fait le point sur la situation du marché nord-américain du bois d’œuvre. Depuis le plafond des prix atteint au dernier trimestre de 2012 et au premier de 2013, à près de 500 $US les 1000 pieds mesure de planche (pmp), le prix du bois a chuté a environ 350 $ au premier trimestre de 2015. « Ça ne devrait plus baisser », lance M. Jannke, ajoutant qu’il avait prédit cette baisse du prix il y a 18 mois.

La demande de bois sur le marché nord-américain est plus faible que prévu, sur une base équivalente à environ 900 000 unités par année au premier trimestre. Les prévisionnistes s’attendent à ce que le marché de la construction se rapproche de la moyenne historique, à environ 1,5 million d’unités, d’ici trois à quatre ans.
Malgré la reprise économique aux États-Unis, la solidité du marché de l’emploi et le crédit qui devient plus accessible, il reste des facteurs qui restreignent la demande. Le nombre des nouvelles familles et de nouveaux couples qui alimentent le marché de la construction neuve demeure stagnant. D’autre part, les revenus des nouveaux travailleurs n’ont pas progressé, et leur capacité d’emprunt est réduite.
La production nord-américaine de bois d’œuvre, qui est passée de 75 milliards de pmp à un peu plus de 40 milliards en une décennie, devrait remonter. La demande devrait atteindre de 65 à 70 milliards d’ici 2020, prévoit l’économiste. Le Québec et l’Ontario pourront augmenter leurs parts de marché, contrairement à la Colombie-Britannique. « Mais il ne faut pas s’attendre à ce que les usines de ces deux provinces reviennent au niveau d’antan », dit-il.

Il ne faudra pas espérer une augmentation des exportations du bois canadien vers la Chine, laquelle sait faire jouer la concurrence entre les pays producteurs afin de maintenir le prix très bas sur son marché.

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Nouveaux produits et innovation
Jean Hamel, chercheur chez FPInnovations, constate que si l’industrie des pâtes et papiers a su développer de nouveaux outils et procédés au fil des décennies, elle n’a pas su réagir à temps au changement de son environnement d’affaires. La demande pour le papier journal a été coupée par trois en 20 ans. En 1995, les prévisions des experts pour 2015 variaient de 7,4 à 16 millions de tonnes. En 2013, la demande avait plutôt chuté à 4,5 millions de tonnes. « Ça a été pire qu’on le pensait, et ça s’est passé plus vite qu’on le croyait », dit-il.

Pourtant, des signaux étaient visibles il y a 20 ans. À la foire commerciale Drupa, tenue à Dusseldorf en Allemagne, l’affluence n’a cessé de chuter depuis deux décennies. Le salon, qui réunit les spécialistes des technologies d’impression du monde entier tous les quatre ans, comptait près de 450 000 visiteurs en 1992, mais a peiné à attirer 300 000 visiteurs en 2012.

L’industrie forestière n’a pas été la seule à ne pas voir venir les changements des besoins des consommateurs, poursuit M. Hamel. Des sociétés majeures actives dans des secteurs considérés comme plus innovants, comme Dell (ordinateurs), Future Shop (électronique), Blockbuster (location de films) et Nokia (téléphones cellulaires) ont elles aussi raté le virage imposé par les consommateurs.

M. Hamel cite aussi l’exemple d’un autre secteur industriel qui a vécu une profonde transformation: l’industrie photographique. Dès le début des années 1980, les sociétés Fuji et Kodak savaient que l’ère numérique allait éliminer la pellicule sur film. Elles ont pourtant mis beaucoup de temps à s’ajuster. « On prévoyait un lent déclin de la demande de pellicule, sur une période de 20 ans. Le marché s’est plutôt effondré en un peu d’une décennie. »

Kodak montrait des revenus de 12,7 milliards $ en 1993, et employait alors 91 800 personnes. Vingt ans plus tard, elle déclarait faillite. Chez Fuji, avec des ventes de 8,9 milliards $ en 1994 et plus de 26 500 employés dans le monde, on a survécu et prospéré en favorisant l’innovation. Le fabricant a même cannibalisé son propre marché en concevant des appareils d’imagerie numérique.

La recherche et le développement (R&D) permet de créer de nouveaux produits afin de valoriser les propriétés du matériau bois. Chez FPInnovations au Québec, on a collaboré avec Domtar pour lancer la première usine de production de nanocellulose cristalline (NCC). Avec Kruger, elle a œuvré au démarrage de l’usine de production de filaments de cellulose (FC), moins de cinq années après la découverte de ses propriétés. FPInnovations a aussi un brevet exclusif sur le procédé de séparation de la lignine avec West Fraser.

L’utilisation des composés du bois comme substituts à la pétrochimie est un marché prometteur, assure M. Hamel. Il a énuméré une série d’applications possibles. La plupart des nouveaux produits que l’on tirera du bois serviront à combler des marchés plus petits, calculés en centaines de milliers de tonnes, et pas en dizaines de millions, mais l’industrie forestière a déjà tous les atouts pour se lancer, conclut-il.

Analyse comparative
Russell Taylor, professionnel forestier de la Colombie-Britannique, dirige le groupe International Wood Markets depuis 1992. Une partie de son exposé a porté sur le marché chinois et les relations particulières entretenues avec ses fournisseurs russes, qui lui livrent des billots ou du bois sommairement transformé. Le marché chinois est inquiétant, selon les commentaires qu’il a entendus des principaux acheteurs de bois du pays. Ceux-ci expriment ouvertement leur inquiétude sur le déclin potentiel du marché. Ses prévisions sur l’état du marché en Amérique du Nord ressemblent à celles de Paul Jannke.

À la demande du CIFQ, M. Taylor mène une analyse de la compétitivité des usines du Québec comparativement aux producteurs d’autres provinces, États ou pays (29 au total). Comme il l’a constaté en Afrique du Sud ou en Australie, où il a mené des études dans le passé, la prédominance de la forêt comme source d’approvisionnement des usines cause des anomalies particulières sur la productivité des usines.

Au début des années 2000, le Québec était l’endroit où les redevances (droits de coupe) payées par l’industrie étaient les plus basses. En 2012, il se trouvait au 7e rang. Il n’y a pas de quoi se réjouir, poursuit-il. Les arbres prélevés au Québec sont parmi les plus petits, avec un diamètre moyen d’à peine 12 cm. Les distances de transport sont parmi les plus longues, et la taille des usines contribue à limiter la rentabilité des installations. Si l’on inclut l’ensemble des coûts de production, le Québec ne se classe qu’au 26e rang.

En décomposant tous les intrants, le Québec se classe parfois au milieu, mais plus souvent en queue de peloton. Quant aux bénéfices avant impôts, intérêts et amortissement (BAAIA), le Québec était au dernier rang en 2008 et 2010, avant de se rapprocher du 20e rang en 2012 et 2014. Concrètement, l’industrie du sciage a perdu de l’argent de 2006 à 2012, explique M. Taylor. Il ne dispose encore que des chiffres préliminaires pour l’année 2014. Les résultats finaux de son analyse seront remis au Conseil en août 2015.

 


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