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La crise mondiale

De quel bois on se chauffe ?


11 avril 2013
Par Guy Fortin

Sujets

L ’industrie est devenue encore plus frileuse et silencieuse sous le poids de la crise mondiale. Chaque forestier n’a fait que ramasser son bois mort au cours des dernières années. Puis, fait important, à la fin d’octobre un consensus survient entre des partenaires qui se côtoient en forêt, avec des intérêts pourtant si divergents en apparence. Une voix commune exige des modifications au projet de nouveau régime forestier du gouvernement.

Le premier ministre Charest peut bien dire que les partis de l’opposition « …ont ajouté des bûches dans le foyer » pour justifier ses prétentions d’élection, du côté du secteur forestier, le gouvernement n’a pas encore rallumé la flamme au cours des deux dernières années. Et le fait d’aller en campagne électorale ne fait qu’étirer encore plus la longue attente vers un nouveau régime forestier. Les régions forestières tremblent d’insécurité dans la tourmente économique mondiale.

Vers qui, vers quoi se tourner pour ranimer l’industrie ?

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Il y a bien le dollar qui plonge, et c’est jusqu’à un certain point bénéfique, mais la demande elle, est dans les bas-fonds. Si bien que les quelques transactions profitables se font à nos dépends par des industriels américains achetant quelques inventaires de 2 x 4 canadiens pour les revendre à profit chez eux sans toucher à leurs stocks.

D’autre part, le dossier de la biomasse qui, même s’il est porteur de promesse, se retrouve au milieu d’un « no man’s land », étant tributaire de l’exploitation. Cette même activité qui déterminera à qui appartiennent les branches, souches, cimes abandonnées en forêt. Mais actuellement, il y a bien peu de volume pour lancer une industrie.

Une seule voix
Non, ce qui s’est produit de plus important pour l’industrie au cours des derniers mois, est cette entente consensuelle survenue à la fin d’octobre sur les modifications à apporter au projet de renouvellement du régime forestier. Des utilisateurs de la forêt qui n’échangeaient que très rarement entre eux, pour ne pas dire qui s’évitaient, et qui maintenant parlent d’une voix unique pour exiger un nouveau régime qui garantisse une industrie compétitive : voilà un message clair.

Il s’agit d’un grand pas, une grande réussite pour tous ces acteurs : syndicats, aménagistes, papetières, scieurs, coopératives, pourvoyeurs, municipalités. En parlant d’une seule voix, on dit clairement au gouvernement de quel bois on se chauffe, et toutes les énergies vont dans la même direction. Plus de pourparlers en catimini avec le Ministère. C’est un peu comme si on sortait d’une léthargie et qu’on mettait toutes ses énergies à la concrétisation d’un objectif.

Au prix de plusieurs compromis et de beaucoup de bonne foi entre les parties à l’entente, les recommandations du regroupement font que le gouvernement ne peut plus s’esquiver et doit agir à court terme en vue d’une réduction des coûts de la matière ligneuse et en vue d’établir des conditions menant à des ententes de gestion intégrée des ressources dans les territoires fauniques.

De ces simples éléments déclencheurs à court terme, on ne peut qu’entrevoir la dynamique d’un processus de restructuration complète du secteur forestier québécois avec, par exemple, des instances décisionnelles régionales autonomes et fortes.

Le dialogue entrepris par les colocataires des forêts depuis le Sommet sur l’avenir du secteur forestier redonnera à coup sûr à l’industrie la compétitivité recherchée pourvu que le gouvernement dans l’immédiat, soit un peu moins préoccupé d’électoralisme et un peu plus d’actions régionales…    

Guy Fortin, éditeur