Opérations Forestières

En vedette Sciage Scierie
Carrier et Bégin triple la production au rabotage

En janvier 2013, l’usine Carrier et Bégin a été rasée par les flammes. Christian Carrier s’est alors retroussé les manches pour rapidement reconstruire l’usine et il en a profité pour tripler la production au rabotage.


16 avril 2015
Par Alain Castonguay

Sujets
À la sortie de l’optimiseur de VAB Solutions.

C’est le 31 janvier 2011 que Christian Carrier est devenu propriétaire unique de Carrier & Bégin « malgré le contexte difficile ». Deux ans plus tard, un ex-employé congédié la semaine précédente est revenu sur le site un soir de beuverie, et il a mis le feu au bâtiment. Les pertes ont été évaluées à 6 millions de dollars.

Très rapidement, Christian Carrier s’est relevé les manches et la construction des nouvelles installations a été lancée quelques mois plus tard. Le rabotage a repris à Saint-Honoré dès le 27 novembre 2013. Mais il a attendu un an jour pour jour avant d’inaugurer les installations, tant que la production n’était pas à son goût. « Je voulais pouvoir dire devant tous nos invités que j’étais content des équipements. »

Quelque 150 personnes ont répondu à l’invitation de Christian Carrier et de sa conjointe, Julie Veilleux, lors de l’inauguration officielle le 27 novembre dernier. M. Carrier était visiblement très ému et il a eu droit à une chaleureuse ovation, ce qui lui a permis de retrouver contenance et de poursuivre son allocution. « Comme vous le savez, j’ai grandi dans cette entreprise et j’avais à cœur d’en prendre la relève. » Une fois passé le choc causé par l’incendie, il a dit craindre de ne pas trouver le financement exigé pour rebâtir la nouvelle usine de rabotage. « On avait le projet d’en construire une, mais pas si vite. »

Advertisment

Après avoir fait le tour de ses partenaires, il a lancé le chantier. L’entreprise a loué temporairement des installations dans une usine de Saint-Benoît-Labre pour continuer le rabotage et s’assurer de ne pas perdre le personnel ni ses clients. La première pelletée de terre du chantier a eu lieu dès le 22 avril 2013, moins de trois mois après l’incendie.

Laurent Pelletier, de la Banque Nationale du Canada (BNC), précise que l’institution financière n’a jamais cessé d’appuyer les entrepreneurs dans l’industrie du bois, malgré le contexte difficile. La BNC a collaboré au plan de relève au moment de l’achat par Christian Carrier. L’atelier de rabotage, confirme-t-il, était le goulot d’étranglement de l’entreprise, et les installations étaient désuètes. Après l’incendie, la Banque n’a donc pas hésité à participer au montage financier requis pour la reconstruction.

Le maire Dany Quirion a parlé avec beaucoup de sincérité de Christian Carrier, « son ami personnel », en soulignant que tous les membres du conseil municipal étaient présents à l’inauguration. « La municipalité de Saint-Honoré compte 1650 habitants. Cela n’arrive pas souvent qu’on souligne un investissement de 10 M$ », dit-il.

Visite de la nouvelle usine
Le nouveau bâtiment s’étend sur 42 000 pieds carrés, et la production au rabotage est passée de 600 à 1700 pieds linéaires à la minute, et pourrait même être plus élevée.

« M. Carrier voulait produire une grande variété de dimensions de pièces de bois, et ça comporte son lot de difficultés. Il faut séparer les essences, et elles ne se comportent pas toutes de la même manière quand on les transforme. Le pin est gommeux, le cèdre est abrasif, par exemple », explique France Gauthier, directeur de l’ingénierie chez Machinage Piché et chargé de projet à l’usine de Saint-Honoré. L’entreprise établie à Daveluyville, dans le Centre-du-Québec, compte de nombreux clients manufacturiers en Beauce.

De son côté, Sylvain Paiement, propriétaire de Fabrication RY, a présenté les équipements installés par son atelier de Longueuil, spécialisé dans la conception et l’entretien de machineries diverses dans les usines de rabotage. Depuis 2008, son atelier conçoit ses propres fendeuses et raboteuses. Le but premier de Carrier & Bégin était de remplacer la vieille génération de raboteuses qui était utilisée auparavant, et dont la conception remontait aux années 1960. L’ancienne raboteuse tournait au maximum à 700 pieds linéaires par minute. La refendeuse produisait de 50 à 100 pieds par minute. Cette machine prenait une pièce de bois de dimension 4X10 pour la refendre en 4X4.

La refendeuse installée à Saint-Honoré est d’une conception nouvelle et pensée pour les besoins de Carrier & Bégin. Avec sa scie circulaire, elle permet désormais de refendre jusqu’à 700 pieds linéaires par minute. Les anciennes scies à ruban exigeaient beaucoup plus d’entretien. La précision est également meilleure. « Christian voulait que je baptise cette refendeuse la Carrier. C’est un bijou », indique M. Paiement. Chez Carrier & Bégin, la particularité est que l’usine fournit aussi des pièces de dimensions inhabituelles, allant du 1X3 au 6X6.

L’optimiseur permet de récupérer le maximum de revenus de toutes les pièces qui sortent de la scierie, précise Simon Lebel, de VAB Solutions. On élimine les défauts comme les résidus d’écorce, les fentes, et l’on détermine la meilleure utilisation de chaque pièce en fonction des défauts naturels du bois. L’optimiseur de Carrier & Bégin était le 22e mise en fonction par VAB Solutions. Cette firme de Lévis a été fondée en 2004 par Marc Voyer et Jean Bérubé. C’est à l’étape du rabotage que l’on classe les pièces pour en déterminer la qualité et la valeur. Doté de caméras et de lasers, l’optimiseur fournit des données d’une grande précision sur chaque pièce de bois. Le système élimine complètement l’usage des spécialistes de la classification du bois. La période de rodage de l’optimiseur a été plus longue à Saint-Honoré à cause de la très grande variété de produits, plus de 100, qui y est usinée.

La firme Logitex a pour sa part conçu tous les panneaux de contrôle qui gèrent la production. Lancée en 2006 alors que la demande pour les produits du bois chutait aux États-Unis, elle se spécialise depuis 2010 dans les équipements d’usines similaires à ceux installés à Saint-Honoré. « Nous n’avons pas eu le choix de nous démarquer et d’offrir des produits différents », racontent Yves Poulin et Kenny Perron. « Ce sont des usines complètement automatisées, où les opérateurs font le moins de manutention possible. Il y a moins de personnel, et plus de technologie. On peut être fiers en Beauce d’avoir une usine aussi bien équipée que celle-ci », ajoute M. Perron.

Chez Signode, Sébastien Mercier a présenté le matériel qui sert à étiqueter et ficeler les paquets qui iront ensuite au séchoir. Chaque pièce a un numéro unique et l’on peut retourner consulter l’inventaire pour déterminer la nature du problème, s’il s’en présente un. Le système de Signode permet de conserver l’information sur un million de pièces, ce qui permet de remonter à plusieurs jours de production. Pour la certification environnementale, les anciens systèmes d’estampillage étaient faits en caoutchouc. Comme les usines tournent de plus en plus vite, la qualité d’impression au jet d’encre est désormais préférable. Le système d’impression est adapté au contexte industriel. La marque de Carrier & Bégin, ou encore celle des marques privées d’autres clients, est ajoutée sur toutes les pièces. S’il y a un problème, un signal est envoyé à l’opérateur qui vient régler l’imprimante. L’emballage est entièrement automatisé.

Besoin d’expansion
Les installations de Carrier & Bégin sont situées dans le parc industriel. La scierie est plus près du chemin, mais l’ensemble du site est de bonne taille, avec la cour à bois, les séchoirs et l’atelier de rabotage au bas du terrain. Malgré cela, Christian Carrier aimerait avoir un peu plus d’espace pour ajouter des séchoirs et avoir plus d’espace pour la cour à bois s’il arrive à ajouter un deuxième quart de travail au rabotage. Cela ne se fera pas nécessairement en 2015, poursuit-il, « mais dans l’industrie, on aime mieux planifier la croissance que la réduction des affaires. »

Le maire Dany Quirion confirme que la municipalité accordera une oreille attentive aux besoins de l’entreprise. Elle songe à relocaliser les voisins un peu plus loin pour favoriser l’expansion du site de l’usine de transformation du bois. « Nous travaillons à régler ce problème d’espace », dit-il. Le maire appuiera également les démarches de l’entreprise pour obtenir les permis requis.

Si l’on ajoute un quart de travail, où l’entreprise trouvera-t-elle le personnel? « Partout en Beauce, on cherche du monde. Toutes les usines ont des pancartes disant: “Nous recrutons”. On cherche des gens qui veulent travailler et qui sont bons, évidemment », lance Christian Carrier en riant.

La production
Christian Carrier précise que l’atelier de rabotage est en activité 44 heures par semaine, sur un seul quart de travail. Du rabotage à forfait est aussi effectué pour d’autres usines. À la scierie, la production est étalée sur 72 heures, du lundi matin à 6h jusqu’au samedi soir, à 18h30.

L’entreprise fournie du travail à 80 personnes, soit 22 de plus qu’avant l’incendie. « Avant, on avait un quart de 43 heures à la scierie, et deux quarts de 36 heures du côté du rabotage. Là, c’est la proportion inverse. Nous avons donc embauché 22 personnes de plus, du côté de la scierie. »

Entre le 1er décembre 2013 et le 30 novembre 2014, l’entreprise a transformé 46,34 millions de pmp, en sapin, épinette et pin rouge, dans des dimensions régulières ou non standards. Pour sa dernière année financière, Carrier & Bégin a réalisé des ventes totalisant 41,4 millions de pmp.

Environ 55 % des approvisionnements proviennent des forêts privées du Maine, le reste est acheté au Québec. « L’approvisionnement, c’est toujours un problème. Il y a beaucoup de concurrence entre les usines », précise-t-il. L’entreprise achète son bois dans un rayon de160 km autour de l’usine.

Quand les affaires allaient bien aux États-Unis, l’entreprise a déjà livré jusqu’à 85 % de sa production chez nos voisins. « Ça se tient désormais entre 6 et 10 %. Le reste est vendu au Québec, en Ontario et dans les Maritimes », dit-il.