Opérations Forestières

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Boucler la boucle

Cet homme d’affaires québécois a fait ses débuts dans le secteur forestier comme un opérateur d’une abatteuse. La vie l’a conduit de la forêt à la scierie et de la scierie à la forêt.


19 mars 2013
Par Connie Ness

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André Gagnon (à droite) gère les activités de scierie de l’entreprise, tandis que son fils, Nicolas, supervise l’exploitation forestière.

La compagnie d’André Gagnon se nomme Tronçonnage Gagnon inc. — un nom qui rappelle le premier service de l’entreprise. Pour avoir une idée plus précise de ses activités, il faudrait dire « Gagnon Exploitation forestière, construction routière, manutention et transport de bois de scierie ». Son entreprise fait tout cela et plus, avec une petite armée d’engins CAT et une flotte de camions de transport.

Il y a 30 ans, André Gagnon commençait dans la forêt comme opérateur d’une abatteuse. Dans la jeune vingtaine, il a impressionné son employeur, la Canadian International Paper Company (PIC), devenue depuis une filiale d’AbitibiBowater inc. On lui demande alors d’opérer un tracteur pour construire des chemins forestiers. En 1984, il achète sa première machine, un tracteur à chenilles CAT. Il fonde alors sa propre entreprise dans le petit village de Bois-Franc, à environ quinze kilomètres au nord de Maniwaki, en Outaouais, où lui et sa famille vivent encore aujourd’hui.

Au cours des 12 années suivantes, il étend ses activités de construction de routes. Lorsque ce travail ralentit, il achète une tronçonneuse et ajoute la manutention du bois aux services de son entreprise, en coupant du bois pour la Louisiane Pacifique (LP) dans sa scierie de Bois-Franc.

En 1999, il se trouve à la croisée des chemins. « Un partenaire d’affaires a quitté la scierie, et la compagnie m’a demandé si je voulais reprendre son travail de déchargement des camions et l’alimentation de la scierie. Cela signifiait l’achat d’un couple de chargeuses à mât articulé et quelques autres machines », raconte-t-il. Cette même année, Gagnon rachète son partenaire dans le transport, Coga Inc, une entreprise de camionnage lancé en 1997. Il signe un contrat pour le transport de produits finis de l’usine de LP, des panneaux de copeaux orientés de 4 pi x 8 pi (OSB).

Mais le forestier dans l’âme s’ennuyait de travailler dans le bois. En 2003, il retourne à la construction de routes pour LP et d’autres sociétés d’exploitations forestières. Il avait beaucoup de machines garées à l’époque, cette opportunité lui a donc aussi permis de remettre son équipement — excavateurs, tracteurs et niveleuses — au travail.

 À la croisée des chemins
L’automne dernier, André Gagnon arrive à un autre carrefour. LP était à la recherche d’un entrepreneur en exploitation forestière. L’entrepreneur s’interrogeait du temps qu’il possédait pour travailler en forêt à temps plein en plus du travail de scierie. De plus, il devait prendre cette décision à un moment où l’économie se montrait encore incertaine et où il devait investir de façon importante pour de l’équipement supplémentaire. 

André Gagnon avait de l’aide pour se décider — son fils Nicolas, qui s’est joint à l’entreprise quelques années auparavant. Le père, André, 53 ans est le preneur de risque. Pour sa part, Nicolas, 28 ans, est plus prudent et se donne plus de temps pour trancher. « C’est très bien parce que nous parlons beaucoup avant de prendre une décision. Parfois, il me dit “attends”, ce que je fais… la plupart du temps! », dit André Gagnon en riant.

Père et fils ont décidé que, malgré les risques, l’occasion était trop belle, et qu’ils ne pouvaient pas la laisser passer. À l’automne dernier, André Gagnon achète la machinerie dont il a besoin pour l’exploitation forestière : une abatteuse à chaînes CAT 541, deux débusqueuses CAT 545B et 545 C, un CAT 320C FM et un CAT 322 FM, configurés également comme ébrancheuses, un tracteur à chenilles CAT D6, une pelle hydraulique CAT 329 et une niveleuse CAT 140H. Il a également acheté deux camions de plus pour le transport du bois.

Les principaux clients d’André Gagnon sont maintenant LP et AbitibiBowater inc.  Pour LP, Tronçonnage Gagnon inc les approvisionne en bois, charge et décharge les camions, taille et manutentionne le bois dans la scierie en plus d’alimenter la scierie. L’entrepreneur loue ses chariots élévateurs CAT et chargeuses à LP pour le travail à l’intérieur du moulin et il entretient toute la machinerie. Puis, il transporte le produit fini via son entreprise de camionnage aux marchés de Toronto et de Montréal. Pour la scierie d’AbitibiBowater à Maniwaki, il décharge le bois et utilise quelques pelles pour manutention sur pneus M325C CAT pour alimenter la scierie. Il construit et entretient également des routes pour les deux sociétés.

Les travaux de scierie représentent 60 % des activités de Tronçonnage Gagnon inc, l’exploitation forestière compte pour 25 % et les travaux routiers sont évalués à environ 15 %. Le fils dirige les opérations en forêt, tandis que le père supervise les activités de la scierie et travaille étroitement avec des dizaines de mécaniciens dans le garage pour veiller à l’entretien de la machinerie.

Bons moteurs et bonnes composantes
Avec son tout premier achat d’équipement en 1984, et au fur et à mesure qu’il a ajouté les activités de construction de routes, de scierie et d’exploitation forestière, André Gagnon est resté avec CAT. Il a actuellement 36 machines CAT. «

Nous aimons Caterpillar. Ils font de bonnes machines qui donnent à l’opérateur ce dont il a besoin pour faire le travail. Ils ont de bons moteurs et de bonnes composantes », dit-il.

Le forestier est un peu gêné d’admettre qu’il n’essaie pas d’autres marques de machines quand vient le temps d’acheter de l’équipement. « Nous sommes très heureux avec ce que nous avons. » Il se dit aussi satisfait du service qu’il reçoit du groupe Hewitt, le concessionnaire CAT pour le Québec, les Maritimes et l’ouest du Labrador, et l’aide qu’il reçoit de Cat Financial.

« Je fais toujours affaires avec le programme de financement de CAT, parce que Cat Financial a un bon prix et ils sont flexibles », précise-t-il. « Si j’ai besoin de quelque chose, ils essaient toujours de m’aider. »

Travail d’équipe
M. Gagnon affirme désormais que les affaires sont « pas mal ». « Nous travaillons dur. Beaucoup d’heures. Nous devons examiner attentivement chaque décision d’affaires parce que c’est encore difficile cette année », mentionne l’homme d’affaires. « Mais nous sommes très chanceux parce que nous avons de très bons opérateurs. La plupart des employés sont avec nous depuis au moins 10 ans. »

Deux importantes raisons font que M. Gagnon attire et garde ses bons employés : sa générosité et sa flexibilité avec ses employés. « Nous essayons de travailler avec les gars. Ils sont nos amis. S’ils me demandent de partir tôt, je dis toujours oui. Quand la machine doit être réparée et des pièces achetées, on le fait tout de suite » explique-t-il. Mais, il ajoute que ça fonctionne dans les deux sens. 

« Quand je leur demande de venir m’aider, c’est toujours oui. Nous travaillons ensemble. Si un opérateur est bon, mais il ne travaille pas avec nous, je ne vais pas le garder. »

L’équipement joue également un rôle dans la rétention de bons opérateurs. André Gagnon achète de nouvelles machines tous les trois ou quatre ans, les équipements plus anciens deviennent des engins de secours en cas de bris ou de panne.

« Nous avons de bonnes machines. Les gars savent que nous avons de bonnes machines, et ils veulent travailler pour nous », dit-il. « La cabine est belle, le siège est confortable et la visibilité est bonne. Ce dont l’opérateur a besoin pour faire son travail, il l’obtient avec la machine. »

Il y a trois ans, l’entreprise a dû réduire les effectifs à 35 employés en raison du ralentissement dans l’industrie forestière. André Gagnon a pu réembaucher du personnel, et compte maintenant 60 salariés. « Nous allons peut-être passer à 70 cet été avec les contrats qui s’en viennent », dit-il, tout sourire à Denis Constant, le représentant de Hewitt qui lui vendait un autre tracteur CAT D6 pour les travaux routiers additionnels que LP lui demandait.

La famille est une grande partie de l’entreprise. Outre son fils Nicolas, son épouse Sylvie est la comptable de l’entreprise. Deux autres enfants, Sébastien et Fanny sont en ce moment à l’université, mais aident également avec l’entreprise. Un frère, un neveu et cinq cousins travaillent aussi chez Tronçonnage Gagnon inc.

Prix du carburant
Les plus grosses dépenses d’André Gagnon sont les salaires et le carburant. S’il pouvait changer une chose dans l’entreprise, ce serait le prix du carburant. « Il y a quinze ans, je payais environ 58 cents pour un litre. En ce moment, j’en paye peut-être 1.09 $ ou 1.10 $. L’année dernière, ç’a monté jusqu’à environ 1.35 $ le litre. C’est très dur de travailler quand le prix du carburant est élevé comme ça. »

Outre les efforts évidents pour économiser le carburant, l’entrepreneur ne sait pas ce qu’il peut faire d’autre. « Nous ne faisons rien de spécial. Nous devons juste travailler », dit-il.

Courses d’accélération
Cependant, il n’y a pas que le travail dans la maison des Gagnon. Pour le plaisir, le père et ses fils sont actifs dans les courses d’accélération de camions sur courte distance et les « Show & Shines », rassemblements et concours d’apparence de camions modifiés. Et voilà que leurs rôles sont inversés : le papa preneur de risque est relayé à la banquette arrière alors que Nicolas conduit un camion dix roues Peterbilt, activé par un moteur CAT, avec jusqu’à 80 000 lb chargées à la remorque.  

« Je ne peux pas conduire ce camion, moi! », M. Gagnon lance en riant. « L’an dernier, Nicolas a terminé premier dans le circuit québécois. En ce moment, nous faisons de la course au Québec seulement, mais si nous avions le temps nous pourrions aller aux États-Unis. Nous sommes sûrs que nous serions d’une rude concurrence. »
Alors que son fils fait de la course de camions modifiés, André Gagnon a passé les cinq dernières années à modifier son gros camion pour y ajouter sept téléviseurs, des sièges moulés, un plancher en bois, un toit rabaissé, des portes-suicide et une peinture personnalisée.

Boucler la boucle
Le forestier souligne l’importance de sa famille dans l’entreprise : « En ce moment, nous travaillons ensemble, car nous avons beaucoup d’employés. C’est trop pour une seule personne. Mais un jour, ils prendront la relève. »

Lorsqu’ils le feront, vous pourriez trouver André Gagnon de retour dans la cabine. « J’aimerais vraiment opérer un tracteur à nouveau… pour passer le temps. »

Connie Ness est journaliste indépendante basée à Raleigh, en Caroline du Nord et a produit cet article pour Canadian Forest Industries.


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