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Aire protégée confirmée sur la Péribonka: les réactions fusent


16 septembre 2021
Par Guillaume Roy

Le gouvernement a confirmé que les coupes forestières étaient annulées pour cette année dans le secteur Péribonka, en annonçant son intention d’y implanter une aire protégée. Alors que les environnementalistes se réjouissent de l’annonce, certains élus locaux remettent en question l’idée de mettre une « cloche de verre » sur le territoire.

Tous les acteurs interviewés étaient plutôt surpris de l’annonce faite conjointement par les ministres de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), Benoit Charrette, et le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Pierre Dufour, mardi matin, car des coupes forestières avaient été annoncées dans le secteur Péribonka au début de l’été.

La mobilisation citoyenne et la pression exercée par le Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka (CSRP), appuyé par Nature Québec, la Société pour la nature et les parcs du Québec (SNAP Québec) et l’Action boréale, semble s’être rendue à l’oreille du premier ministre François Legault, qui aurait tranché la décision, selon Sylvain Gaudreault, député péquiste de Jonquière.

« Cette décision démontre vraiment une division entre le MFFP et le MELCC, et au final, c’est le premier ministre qui a tranché, estime-t-il. Le MFFP doit arriver au 21e siècle et changer sa culture organisationnelle. Quand le gouvernement fixe des cibles de protection du territoire, il ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. »

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Bien conscient de l’importance de l’industrie forestière dans la région, Sylvain Gaudreault souhaite que le gouvernement investisse également dans l’innovation pour soutenir cette industrie vitale pour les communautés.

Thérèse Gagnon, une membre du CRSP, se réjouit de l’annonce faite mardi matin, mais elle estime qu’il faudra rester vigilant en ce qui a trait à la superficie du territoire qui sera éventuellement protégée. « Au départ, le projet d’aire protégé faisait près de 500 kilomètres carrés. Il a déjà été réduit de moitié et il pourrait encore être réduit après les consultations avec le milieu », dit-elle.

Louis Bélanger, ingénieur forestier et responsable des dossiers forêts chez Nature Québec, estime que le dossier de la rivière Péribonka était devenu un symbole national du manque d’intérêt du MFFP pour les aires protégées. « Ils ont démontré un blocage idéologique en ignorant les projets d’aires protégées dans la forêt commerciale », martèle-t-il.

Le Conseil régional de l’environnement et du développement durable (CREDD) du Saguenay-Lac-Saint-Jean, SNAP Québec, l’Action boréale, et la députée Émilise Lessard-Therrien, de Québec solidaire, se sont aussi réjouis de l’annonce du gouvernement.

Pas de cloche de verre

Le maire de Dolbeau-Mistassini et président de l’Alliance Forêt Boréale (AFB), Pascal Cloutier, déplore l’annonce faite par le gouvernement. « On n’est pas contre l’idée des aires protégées, mais ça n’a pas de sens de mettre une cloche de verre sur un territoire infesté par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, dit-il. Personne ne gagne si le bois meurt sans être récolté. »

Selon les données recueillies par l’AFB, la superficie couverte par le projet d’aire protégée représente 24 336 hectares, dont 22 683 hectares sont couverts par les forêts et 19 960 hectares sont disponibles à la récolte. De ce nombre, on retrouve 16 135 hectares de forêt mature, de 50 ans et plus. Cette superficie représente 2 000 000 mètres cubes de bois.

Le directeur général de la Scierie Girard, Jean-Pierre Girard, souligne qu’en protégeant le bois mort dans le secteur Péribonka, il faudra récolter des arbres ailleurs, ce qui créera une perte de bois. « Le ministère de l’Environnement doit arrêter de laisser croire à tout le monde qu’ils peuvent gagner une aire protégée en faisant un concours de popularité, dit-il. Ça prend une démarche scientifique pour établir les meilleurs territoires à conserver. »

Ce dernier souligne également que la foresterie ne doit pas être opposée au récréotourisme. « C’est l’industrie forestière qui ouvre des chemins pour donner accès au territoire », note-t-il. La Scierie Girard a par ailleurs proposé de participer à un plan de développement récréotouristique, mais « il n’y avait pas de projet réel ni de promoteurs », ajoute Jean-Pierre Girard.

Les coupes forestières n’auront pas lieu dans le secteur Péribonka et le gouvernement a annoncé la création d’une aire protégée après des discussions avec les acteurs du milieu.

Vers un projet pilote pris en charge localement?

Selon Luc Simard, préfet de la MRC de Maria-Chapdelaine et président du regroupement des communautés forestières de la Fédération québécoise des municipalités, l’annonce gouvernementale ouvre une opportunité pour créer une aire protégée gérée localement, par les communautés. « On ne veut pas juste être consulté. On veut être au centre du processus et être gestionnaire du territoire », dit-il, estimant que les communautés sont les mieux placées pour développer des projets récréotouristiques avec les acteurs locaux.

Ce dernier croit également que les communautés forestières seraient les mieux placées pour développer le concept d’aire protégée d’utilisation durable, tel que proposé par le gouvernement Legault récemment, où la forêt, par exemple, pourrait être exploitée sur une portion d’aire protégée. « C’est ce que l’on fait dans notre parc régional et on souhaiterait être partenaire du gouvernement pour faire un projet pilote en ce sens », dit-il.