Opérations Forestières

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En forêt ou dans la cour, une organisation plus efficace peut faire économiser gros.


11 avril 2013
Par Sylvain Périard

Sujets
Les piles nécessitent une planification vigilante. Leur disposition et leur rotation influencent le temps de manutention et la qualité des billes.

Les dirigeants peuvent aider leur entreprise à survivre en ces temps difficiles en révisant leurs procédures habituelles de façon à récupérer ici et là « les argents oubliés dans la routine » (lire l’article intitulé « Sortir de la routine » paru dans le numéro d’août 2008). Il y a énormément de travail à faire en ce sens, et passablement d’économie à empocher. Les montants énumérés ci-après représentent l’économie annuelle minimum pour chaque changement effectué. Ces montants sont concrets, ils furent établis lors de mes différentes interventions d’optimisation.

Une fois que les anomalies et les faiblesses dans les procédures régulières ont été ciblées et documentées par un expert de la transformation, viens le temps de déterminer quel poste sera amélioré en priorité. Au cours de l’approvisionnement et dans la cour à bois, le même processus s’applique. Afin de provoquer un climat positif dans toute l’entreprise, je suggère de commencer par régler les problèmes nécessitants très peu ou pas d’investissement et ceux donnant des résultats immédiats.

Lors de l’abattage et des opérations subséquentes, certaines actions négligées peuvent faire grimper les coûts d’exploitation. Par exemple, les blessures infligées aux arbres debout, la coupe trop haute sur le tronc, quelques bons tronçons (restes de tige pour arriver à la bonne longueur) ou des tiges laissées au sol près du poste de tronçonnage, qui n’ont pas été récupérées à leur plein potentiel, deviennent des infractions lors des vérifications effectuées par le ministère. Elles se transforment en coût important, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de dollars par année.

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Surlongueur et blessure
Au poste de tronçonnage, la façon utilisée pour déterminer la longueur de coupe peut être déficiente. Chaque surlongueur qui excède de 2 cm équivaut à la perte d’une bille de 2,5 m à tous les 125 traits de scie. Si on compte le nombre de traits effectués dans un quart de travail, cela représente quelque 5800$ par année (selon un cas déjà rencontré) par tronçonneuse.

Les pointes des pinces de la chargeuse peuvent provoquer des blessures à la surface et à l’aubier, soit par déchirure ou par écrasement des fibres. Dans un cas comme dans l’autre, ces « ecchymoses » seront considérées comme des défauts qui abaisseront la qualité des pièces sciées lors du classement. Si, par exemple, une blessure sur une pièce de 3 pmp occasionne un déclassement d’une catégorie, soit de select à 1 commun, on peut estimer la perte minimum à environs 1,50 $. Cinq blessures par jour équivaudraient alors à 1 575 $ par année. Tout ça pour une pointe de pince défectueuse ou mal utilisée. Combien de pinces utilisez-vous?

Le transport des billes vers l’usine est un autre point à ne pas négliger. Là aussi il serait judicieux de vérifier si les montants payés en infraction en raison de poids excédentaires, ne justifieraient pas l’achat de balances intégrées aux camions. La disposition et la dimension des points de chargement des billes, de même que leur emplacement par rapport à la scierie ou à la papetière, sont aussi des procédures à examiner à la loupe. La planification de ces aires de travail peut grandement améliorer la circulation des machines et véhicules sur routes forestières, ce qui pourrait se traduire par une économie carburant de 4 355 $ par année.

Une enseigne dans la cour
Une planification particulière doit être apportée à la cour à bois. La circulation des équipements roulant y est primordiale. Cela nécessite la fabrication d’une grande enseigne où sont indiqués le numéro du canal de communication CB, le plan de la cour, la disposition et la numérotation des piles, les voies de circulation, les règlements internes et les consignes de sécurité. Cette enseigne sera installée dans un endroit très visible, près de l’entrée du terrain, ce qui permettra au camionneur d’arrêter, de communiquer avec le préposé au déchargement afin d’y recevoir les consignes et de desserrer ses câbles d’attaches. De telles améliorations auront pour effet d’augmenter l’efficacité de la circulation interne, de même que réduire le risque d’accident et les pertes de temps, une économie de 2 892 $ par année.

L’identification et la documentation de tous les travaux exécutés en temps réel par les opérateurs de chargeurs, permettront d’élaborer une stratégie de gestion en situation ordinaire et en situation extraordinaire, telle la période précédant le dégel. Ainsi, on pourra mesurer pour une charge, le temps de déchargement selon l’équipement utilisé, le temps de triage, de mesurage ou de ramassage et d’empilement de différentes essences dans les piles appropriées ainsi que le temps consacré à l’approvisionnement de la ligne de production. Ces informations permettront de récupérer les temps morts et de mieux planifier la main d’œuvre, une économie de 9 042 $ par année.

Les piles de billes nécessitent aussi une planification vigilante. Un document plastifié représentant la disposition et la numérotation des piles doit être disponible en tout temps. Les saisons auront un impact majeur sur la disposition des piles. Ainsi les essences sensibles à la chaleur et au soleil, tels les érables, bouleaux et autres, devraient bénéficier d’un arrosage ou d’une rotation plus rapide et très strict pour éliminer les pertes dues à la décoloration du bois, une économie de 1 256 $ à 15 197 $ par année.

Installer des poutres ou des tiges de moindre qualité sous certaines piles éliminera le bris des billes de fond prises dans la glace l’hiver, une économie de 1 767 $ par année.

Déterminer le volume annuel par essence consommé par l’usine, pourrait permettre de disposer stratégiquement ces essences de façon à réduire les déplacements des équipements de manutention, une autre économie possible de 1 150 $ par année.

Lors de la formation des nouveaux opérateurs, il srait très approprié de leur transmettre une méthode éprouvée pour reconnaître facilement et rapidement les essences, coupant ainsi le temps d’apprentissage de moitié, une économie de 767 $ par nouveau employé, par année.

Dans certains cas, il est recommandable de trier les billes par dimension afin de faciliter les opérations de sciage, permettant ainsi d’épargner 2 303 $ par année. Notons enfin que la position dans laquelle les billes seront déposées sur le convoyeur d’entrée pourrait aussi avoir une influence sur les bris mécaniques subséquents de ce convoyeur. Encore une action qui pourrait avoir des conséquences coûteuses.    


Sylvain Périard est consultant en transformation (speriard@videotron.ca)