Opérations Forestières

En vedette Nouvelles Nouvelles de l’industrie Sciage Scierie
66 M$ investis en Gaspésie

Le Groupe de scierie GDS a investi 66 millions de dollars dans ses cinq installations de la Gaspésie.


31 mars 2022
Par Guillaume Roy


Sujets
Edi Savard a été embauché comme directeur de l’usine de Grande-Vallée quand il avait 24 ans, il y a de ça 11 ans. Photo credit: Guillaume Roy

C’est en 2019 que la ronde d’investissement du Groupe de scierie GDS a commencé. Jusqu’à aujourd’hui, l’entreprise familiale a investi 66 millions de dollars au total, dans ses trois scieries, son usine de rabotage et sa nouvelle usine de granules, a soutenu fièrement le président de l’entreprise familiale Sylvain Deschênes.  

En janvier dernier, Opérations forestières est allé visiter l’usine de Grande-Vallée, pour rencontrer les entrepreneurs derrière ce vaste projet visant à consolider sa place comme leader forestier en Gaspésie. 

À Grande-Vallée, c’est un investissement de 8,4 millions de dollars qui a été réalisé. La plus grande partie de cette somme, 7,2 M$, a été investie sur ligne de sciage, dont un nouveau système d’optimisation et de contrôle de EBI Electric, ainsi qu’une nouvelle sortie de la déligneuse à scie multiple de Comact. 

Advertisement

De plus, l’usine de Grande-Vallée a aussi investi dans un optimiseur au classage, dans une sarcleuse de Samuel Packaging, et de nouvelles têtes DK Spec pour l’équarrisseuse et la déligneuse. 

« La production a augmenté considérablement, mais le plus gros gain qu’on est allé chercher c’est au niveau de la consommation », explique Edi Savard, le directeur de l’usine. Avec les terrains montagneux et arides de la Gaspésie, le bois a souvent des défauts. Ainsi, l’optimisation 3D et le sciage courbe a permis de réduire considérablement la consommation de bois, tout en ajoutant de la constance. 

« Ça nous a aussi permis d’optimiser la valeur du panier de produits », renchérit Georges Deschênes, le vice-président des opérations.  

Toutes les installations du Groupe de scieries GDS ont été modernisées au cours deux dernières années. À Marsoui, ce sont 11,5 millions de dollars qui ont été investis dans la scierie, notamment pour refaire la sortie de la ligne de sciage avec Comact et l’optimisation EBI Electric. Un nouvel ébouteur Carbotech a aussi été installé.

À la scierie de Pointe-à-la-Croix, 4,2 millions de dollars ont été investis pour l’optimisation et le contrôle de la ligne de sciage, à nouveau avec EBI Electric. Le choix de fournisseurs communs aux trois usines permet de mieux connaître les équipements et de partager des solutions pour maximiser la productivité, note Sylvain Deschênes. « Ça nous permet d’uniformiser et de garder moins de pièces de rechange », dit-il. 

Tous ces investissements ont permis d’améliorer le rendement de chacune des usines. « On avait déjà un très bon rendement, autour de 3,7 mètres cubes au 1000 pieds, et on vise de descendre à 3,3 », ajoute ce dernier. Pour l’instant, cet objectif n’est pas atteint, mais les chiffres se sont déjà améliorés. 

« Notre bonne performance au fil du temps nous a permis de passer à travers les années plus difficiles », estime le président, heureux d’avoir fait les investissements avant la hausse des prix du bois d’œuvre, ce qui a permis de profiter pleinement de l’embellie. 

Investissements au rabotage
Un volume de 200 millions de pmp provenant des trois usines de GDS est séché et raboté à l’usine de Matane, soit l’équivalent de 85% de la production, alors que la balance est vendue sous forme de bois vert. L’usine de rabotage a reçu des investissements de 18,2 millions de dollars. L’usine a notamment réalisé un projet de recherche et développement sur un séchoir micro-onde à haute fréquence, en partenariat avec Hydro-Québec, FPInnovations et Séchoir MEC. « C’est un projet qui vise à uniformiser la qualité de séchage du bois, notamment parce qu’on transforme beaucoup de sapin », explique Sylvain Deschênes. 

 « Les planches passeront sur un tablier de 80 pieds de long pendant 10 à 15 minutes, avant d’être analysées par un lecteur optique, note ce dernier. Si le bois est sec, il va dans une case, sinon il retourne dans le séchoir micro-onde ». Les planches passeront un maximum de trois fois dans ce type de séchoir. « Ça va nous permettre d’augmenter le volume et la qualité du séchage, et éventuellement de faire des produits de niche à valeur ajoutée », poursuit-il.

GDS a aussi investi plus de 2 millions de dollars dans un projet de recherche de raboteuse intelligente, réalisé en partenariat avec Produits Gilbert et FPInnovation. « On veut améliorer la qualité du produit avec des lecteurs optiques et l’intelligence artificielle », explique Sylvain Deschênes, dans le but de minimiser les interventions humaines. 

De plus, un dépoussiéreur de Rodrigue Métal, d’une valeur d’un million de dollars, a aussi été installé. En avril, des équipements d’emballage et d’empilage de Carbotech, d’une valeur de 5,3 M$, seront installés à la sortie de l’usine. « On va doubler la ligne d’emballage et d’empilage pour éviter les arrêts si une composante brise », note le président, en spécifiant que tout le bois de GDS passe par là. 

Finalement, 18 M$ ont aussi été investis dans l’usine de granules de Lac-au-Saumon (voir autre texte pour les détails). 

Besoin de main-d’œuvre
Selon Georges Deschênes, les futurs investissements de GDS seront dictés par le manque de main-d’œuvre. « On a changé notre façon de penser les projets, parce qu’on cherche davantage à réduire nos besoins de main-d’œuvre que de sauver des coûts, parce qu’il manque de monde », dit-il.  

GDS est tout de même en bonne situation, car l’entreprise, qui emploie près de 200 personnes, a su conserver son expertise à travers la crise en continuant à opérer. 

Comme tout le monde, GDS recherche constamment des employés, notamment de la main-d’œuvre spécialisée. « Nos besoins sont plus grands pour les usines de Matane et Marsoui », dit-il. 

Pour assurer la pérennité des opérations sur deux quarts de travail, le groupe vient d’embaucher une ressource qui sera dédiée au recrutement international.  

Aller chercher plus de bois sur la terre ferme
Depuis deux ans, le Groupe de scierie GDS a cessé d’aller chercher près de 100 000 mètres cubes de bois par année sur l’île d’Anticosti. « Les opérations étaient très compliquées, notamment pour le débardage et il y avait du bois accessible sur la terre ferme », souligne Steve Leblanc, vice-président aux approvisionnements. 

Ce volume, qui était destiné à l’usine de Grande-Vallée, provient maintenant de terrains privés et de bois mis aux enchères, notamment pour la récupération du bois de tordeuse des bourgeons de l’épinette, ajoute ce dernier. Cette usine transforme près de 200 000 mètres cubes de bois par année. 

Les usines de Marsoui et de Pointe-à-la-Croix ont un approvisionnement similaire d’environ 200 000 mètres cubes. En tout et partout, on retrouve environ 65% de sapin et 35% d’épinette noire. 

Environ la moitié de l’approvisionnement total provient de garanties d’approvisionnement. Étant donnée la diversité des sources, la protection éventuelle de l’habitat du caribou forestier ne devrait pas trop empiéter sur les volumes des usines. Celle de Marsoui pourrait être plus touchée. 

La moitié du bois est vendu au Canada et le reste aux États-Unis, ce qui permet à l’entreprise de conserver un historique de vente, au cas où des restrictions s’appliquent un jour en lien avec ce critère. 

Une histoire de famille
Le Groupe de scierie GDS, c’est une histoire familiale qui s’étale sur quatre générations, alors que l’aïeul, Georges Deschênes a ouvert une première usine de feuillus à Dégelis en 1947. Le temps venu, chaque nouvelle génération s’est intégrée dans l’entreprise, avec la venue de Guildo, puis Sylvain et plus récemment, Georges et Frédéric. 

Au fil du temps, la famille a possédé plusieurs entreprises, notamment dans la récolte de bois dans le Maine, ou encore pour la transformation du cèdre. C’est dans les années 1980 que se fait l’acquisition de l’usine de sciage de Pointe-à-la-Croix, puis dans les années 1990 que s’ajoutent les usines de Marsoui, de Grande-Vallée et de Matane. 

Au milieu des années 2000, le groupe possède jusqu’à 15 usines en Gaspésie, au Bas-Saint-Laurent et sur la Côte-Nord. La crise du bois à la fin des années 2000 forcera l’entreprise à rationaliser ses opérations, délaissant la transformation du cèdre et concentrant ses activités sur trois usines de sciage et une pour le rabotage. 

En 2022, GDS, qui célèbre donc son 75e anniversaire, vient de conclure une des plus grandes phases d’investissement de son histoire. L’entreprise a notamment assuré la pérennité de ses opérations en construisant une usine de granule pour écouler ses propres sous-produits.