Condamné à performer

Pour exploiter une entreprise rentable, les pertes de temps doivent être éliminées. C’est pourquoi Gratien Gagnon mise sur des équipements dernier cri.
Guillaume Roy
Janvier 12, 2017
Écrit par
Alexandre Leblanc, à gauche, aimerait bien racheter l’entreprise de Gratien Gagnon, à droite, au cours des prochaines années. Sur la photo, les deux hommes posent devant l’abatteuse Tigercat et la nouvelle tête 415X de Waratah.
Alexandre Leblanc, à gauche, aimerait bien racheter l’entreprise de Gratien Gagnon, à droite, au cours des prochaines années. Sur la photo, les deux hommes posent devant l’abatteuse Tigercat et la nouvelle tête 415X de Waratah.
Même si ce n’est que le 24 octobre, une vingtaine de centimètres de neige viennent de tomber dans les hauteurs du secteur Jacqueline-Launière de la réserve faunique des Laurentides. À ces latitudes, la forêt boréale domine et les arbres sont de petits diamètres.


Gratien Gagnon, propriétaire d’Entreprises GMS, est habitué à bucher dans ces terrains difficiles et abrupts où le bois est très dense. C’est que depuis quelques années, il travaille pour le Groupe Forestra, qui récolte principalement dans les monts Valins, dans la réserve faunique Ashuapmushuan et dans la ZEC Onatchiway.

En décembre 2015, l’entrepreneur forestier, qui compte une trentaine d’années d’expérience, a décidé d’investir dans de nouveaux équipements pour augmenter son efficacité et sa production. « Les coûts d’opération sont rendus tellement élevés, avec les coûts de la main-d’œuvre, que tu ne peux pas te permettre de perdre du temps », explique ce dernier.

C’est pourquoi il a acheté une tête Waratah 415X pour l’installer sur son abatteuse Tigercat 860, achetée en 2007. Au même moment, il a aussi investi dans un nouveau porteur Logset 8F. « Avec un cout d’opération de 300 $ de l’heure, tu récupères rapidement ton investissement quand tes machines marchent tout le temps », ajoute Gratien.

Et jusqu’à maintenant, les investissements portent fruit, car ses nouvelles acquisitions fonctionnent à merveille. Mis à part un léger problème de contrôle dans le moteur du porteur Logset, qui été réglé rapidement, il n’y a eu aucun temps d’arrêt imprévu.

En s’engageant dans la forêt pour observer les machines en action, on observe tout de suite l’importance d’avoir de l’équipement performant. La pente est si prononcée que l’ancienne version du porteur de Logset aurait eu de la difficulté à la monter, estime l’entrepreneur de La Baie.

Alain Girard, l’opérateur du porteur Logset 8F croit aussi que l’entreprise finlandaise a grandement amélioré le confort et la traction. « Ils ont ajouté une traction à boguey balancé qui offre une meilleure portée au sol », note ce dernier. Après 3082 heures d’opération et 4200 km parcourus depuis la livraison le 20 décembre dernier, Gratien Gagnon souligne aussi que le porteur de 16 tonnes consomme seulement 14 à 15 litres à l’heure, soit beaucoup moins que son ancien porteur 10F qui consommait 24 l/h. « C’est le format idéal pour mes opérations », dit-il.

En s’enfonçant encore un peu en forêt, on aperçoit l’abatteuse Tigercat, munie de la tête Waratah 415X, qui coupe le bois en longueur de 9 à 17 pieds pour les différents clients de Forestra, tels que Boisaco, Produits forestiers Résolu, Arbec ou encore la scierie de St-Hilarion. « J’ai été le premier à avoir cette tête en Amérique du Nord », lance fièrement M. Gagnon qui a amélioré sa productivité de 15 % depuis cet achat.

Après la vague Waratah, qui avait séduit plusieurs forestiers au début des années 2000, le manufacturier avait eu plus de difficulté à vendre des têtes d’abattage au Québec au cours des dernières années. Avec l’arrivée de la tête 415X, ça sera chose du passé selon Gratien Gagnon.  « Le système de mesurage est aussi précis que n’importe quelle autre tête avec une efficacité de 95 % ou plus. Les composantes ont aussi été renforcées et je n’ai pas eu besoin de faire de soudure sur la tête depuis que je l’ai achetée, il y a presque un an », dit-il.

L’opérateur de l’abatteuse, Alexandre Leblanc, croit aussi que les améliorations propulsent à nouveau les têtes Waratah dans les leaders de l’industrie. « Le système de mesure est très précis. Et le logiciel de contrôle tactile est plus convivial que ce que l’on retrouve sur les têtes Ponsse », souligne l’homme qui a testé les deux têtes. La nouvelle valve proportionnelle, qui prend seulement le débit d’huile dont elle a besoin, permet aussi de réduire la consommation d’essence. Au lieu de tenir l’arbre avec les pinces, ce sont les quatre rouleaux d’alimentation de la nouvelle tête Waratah 415X qui tiennent l’arbre en place. Résultat : il n’y a presque plus de friction, ajoute M. Leblanc, qui travaille pour Entreprise GMS depuis un an.

La tête est aussi très polyvalente pour couper aussi bien le bois feuillu que les résineux. Un avantage de taille pour faire récolter le bois aussi bien dans les secteurs de forêts intactes, où la coupe adaptée est de mise, que dans les secteurs de CPTTM ou pour la coupe totale.

Selon Yvon Beaulieu, représentant pour Waratah dans l’Est du Canada, la tête 415X répond particulièrement bien au besoin des entrepreneurs québécois, car elle permet entre autres d’accumuler plusieurs tiges à la fois. De plus, la tête possède une nouvelle valve qui augmente les performances de sciage, dit-il.



Planifier la relève entrepreneuriale
En fait, Alexandre Leblanc, 42 ans, est venu rejoindre l’équipe de Gratien Gagnon avec un but en tête : prendre la relève de l’entreprise forestière au cours des prochaines années. « J’ai toujours voulu être à mon compte », dit-il. Pour Gratien, qui a maintenant 58 ans, c’était important de trouver quelqu’un de confiance pour préparer le transfert d’entreprise.

Mais un tel transfert ne se fait pas en peu de temps, car rares sont les travailleurs qui peuvent investir plusieurs centaines de milliers de dollars rapidement. C’est pourquoi Gratien et Alexandre sont en train d’élaborer un plan de transfert d’entreprise. Gratien Gagnon souhaite donc financer son employé pour faire un transfert graduel des actifs pendant six ans, au moment où il souhaite prendre sa retraite, lorsqu’il sera âgé de 65 ans.

Avec un porteur qui peut transporter jusqu’à 3000 m3 par semaine, Gratien pourrait ajouter une deuxième abatteuse, comme il l’a déjà fait dans le passé, mais ça ferait une bouchée trop grosse à avaler pour la relève.

Gratien Gagnon souhaite léguer une entreprise performante à Alexandre. Avec son équipe de quatre employés qui travaillent quatre jours par semaine, à raison de 14 heures par jour,

la production de l’équipe de cinq personnes a atteint 1150 mètres cubes par semaine cette année, une hausse de 15 % par rapport aux dernières années.

Pourquoi travailler seulement quatre jours par semaine ? « Avec tous les frais, un employé de plus me couterait près de 60 000 $ par an. J’ai calculé que c’était préférable de travailler seulement quatre jours, parce que ça nous permet aussi d’avoir une meilleure qualité de vie », ajoute M. Gagnon.

Défis à venir
Ayant commencé à travailler en forêt à l’âge de 16 ans, Gratien Gagnon a vu évoluer le monde forestier depuis plus de 40 ans. Depuis ce temps, la technologie a repoussé les limites de la performance en améliorant les rendements. Pourtant, les profits ne sont pas en hausse pour les entrepreneurs, qui doivent constamment améliorer leurs équipements pour demeurer rentables.

Pour Gratien Gagnon, la recette gagnante est d’opter pour des machines à la fine pointe de la technologie. En six ans, il a fait deux fois ce changement et les résultats sont concluants.

C’est en fait la deuxième fois en 6 ans que Gratien Gagnon opte pour de nouvelles machines. « Avec les marges de profit qui plafonnent à 1,5 ou 2 %, les entrepreneurs doivent être ultraproductifs s’ils veulent survivre », dit-il.


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